LE CHOIX DES DOUZE
2 Co 9, 6-11 ; Mc 3, 13-19
Jeudi de la quatrième semaine de l'Épiphanie – C
(2 février 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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orsqu'on parcourt ces deux chapitres de saint Marc on est surpris à la fois par l'autorité qui se dégage de la personne de Jésus et par le souci qu'Il a de faire taire ceux à qui Il s'est révélé. Ce silence qu'Il impose, que ce soit au démon ou même à ceux qu'Il a guéris, comme s'Il craignait que l'engouement de la foule qui l'entoure ne se méprenne sur ce qu'Il est réellement et sur ce qu'Il est venu faire. Il y a déjà comme le début du drame qui va se jouer tout au long de l'évangile : Il n'est pas compris.
Or, nous vivons une autre présence de Jésus, différente de celle que les apôtres ont connue, même au sommet de la montagne alors qu'Il les instituait, cette présence qu'on appelle la présence par l'Esprit. D'ailleurs cette montagne sur laquelle Il les choisit est celle sur laquelle, à la fin de l'évangile, Il leur annoncera la venue de l'Esprit après son départ. Nous vivons une autre présence beaucoup plus intime, beaucoup plus forte En fait, nous avons plus de chance que les apôtres eux-mêmes pour suivre et imiter Jésus.
On pourrait faire dire au Christ ces quelques mots : "En fait, vous n'y comprenez rien. Je pourrais rester avec vous pendant sept cents ans et vous expliquer les choses sur un tableau noir ou sur tous les tableaux du monde, l'intelligence vous manquera toujours. Il faudra que je quitte la scène pour revenir invisiblement. Alors là, avec la finesse et la subtilité d'une mère, mon Esprit vous sera donné. Et le point d'insertion de mon influence sur vous n'est pas assez profond tant que vous avez affaire à Moi du dehors. Il faut que vous ayez affaire à Moi du dedans." C'est notre cas aujourd'hui. Le Christ disparaît pour laisser la place à son propre Esprit. Et il pourrait ajouter : "Il faut que je vous donne mon Esprit pour que vous compreniez mes commandements autrement. Vous les comprendrez matériellement, grossièrement et vous les déformerez et j'obtiendrai de vous une caricature de ce que je voudrais obtenir, malgré votre bonne volonté. Alors, au revoir ! A tout à l'heure ! Je reviendrai dans votre cœur d'une manière beaucoup plus déchirante et je vous enlèverai votre cœur de pierre pour vous donner un cœur de chair qui, enfin, comprendra. Un cœur qui comprenne, voilà ce qui vous manque !"
Cette obéissance que nous devons à l'Esprit, qui est la garantie de la présence du Christ en nous, se fait plus intime, se fait du dedans. Contrairement au long chemin qu'ont parcouru les apôtres en mettant leurs pas dans ceux de Jésus pour mieux comprendre qui Il était et ce qu'Il était venu faire. Nous qui sommes à leur suite, nous qui héritons, de ce long travail opéré dans les apôtres, nous vivons sur un autre mode, le mode de l'Esprit. Et Jésus est présent en nous par cet Esprit. Nous pouvons nous inviter mutuellement à devenir plus obéissants à cet Esprit, à savoir que c'est Lui qui nous aidera à mieux nous régler sur ce que le Christ veut pour nous pour que sa volonté soit faite.
AMEN