JÉSUS ET LE SABBAT
He 3, 7-14 ; Mc 2, 18-28
(29 janvier 1987)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ette page d'évangile nous rapporte plusieurs altercations entre Jésus ou ses disciples et les pharisiens, après plusieurs interventions de Jésus et en particulier la guérison du paralytique au cours de laquelle le Christ revendique le pouvoir de pardonner les péchés, pouvoir réservé à Dieu. Il y a eu aussi l'appel du publicain Matthieu, et enfin ce geste des disciples qui, un jour de sabbat, arrachent des épis pour se nourrir, violant ainsi la loi absolue du repos, telle que l'interprétaient de façon particulièrement restrictive les pharisiens. Jésus a donc posé un certain nombre de gestes qui choquent les pharisiens et qui provoquent leur indignation. Ils se trouvent en face du quelqu'un qui ne suit pas à la lettre la Loi, qui n'observe pas de façon rigoureuse, toutes les prescriptions. A ces attaques Jésus va répondre et ce que nous venons d'entendre contient trois éléments de réponse que je vais reprendre en sens inverse de l'énonciation qui en a été faite.
Tout d'abord, Jésus affirme que le sabbat, ainsi que toutes les institutions de la Loi, ne sont pas une fin en elles-mêmes, mais qu'elles ont pour but, et le sabbat en particulier, la sanctification de l'homme. "Le sabbat est fait pour l'homme et non pas l'homme pour le sabbat !" le but de Dieu c'est que l'homme parvienne à la rencontre de Dieu, au bonheur, et que par conséquent, l'homme vive conformément à cette nature que Dieu a déposée en lui, conformément à la volonté de Dieu qui l'appelle à son amour. Le sabbat et la Loi sont faits pour l'épanouissement spirituel de l'homme et non pas comme une sorte de loi arbitraire qui pèserait sur lui et qui l'écraserait. C'est dire que tout ce qui est de l'ordre des prescriptions, des commandements, tout cela doit être juge, doit être regardé à partir du but profond qui est le désir de Dieu que l'homme devienne saint. C'est la première réponse que Jésus donne aux pharisiens. Elle est décisive, elle s'applique à nous aussi, à la manière dont nous vivons les commandements de Dieu, les commandements de l'Église, à la manière dont nous vivons ce que nous appelons la pratique, toutes choses qui doivent toujours être centrées sur l'essentiel, c'est-à-dire sur notre sanctification, c'est-à-dire sur la présence en nous, la présence rayonnante de l'amour de Dieu.
La deuxième réponse que donne Jésus, c'est qu'il y a en Lui une nouveauté radicale. "On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres, on ne coud pas une pièce neuve à un vieux vêtement." On ne mélange pas le neuf et le vieux, c'est-à-dire qu'il y a dans la personne de Jésus un renouvellement radical de toute chose. Et là Jésus va plus loin que dans la simple manière d'interpréter les lois en fonction de la sanctification de l'homme, Il annonce le caractère décisif, unique, révolutionnaire en quelque sorte, de sa présence, car Jésus est venu pour transformer toute chose, y compris la loi ancienne, y compris les prescriptions issues de Moïse. Toute la vie de l'homme est renouvelée. Jésus demande donc aux pharisiens, comme à ses disciples, comme à tous ses auditeurs, d'être attentif à ce renouvellement qui jaillit de son cœur parce qu'il jaillit du cœur de Dieu. A plusieurs reprises dans l'évangile Jésus reviendra là-dessus. "Il faut savoir lire les signes des temps !" dira-t-il et il faut savoir reconnaître la présence du doigt de Dieu. Quand Dieu est parmi nous cela se manifeste par cette sorte de renouveau radical, de transformation de toute chose, par cette mise à neuf de toute notre vie, de toute notre manière de vivre et de toute la société dans laquelle nous vivons. Reconnaître en Jésus ce ferment de nouveauté, voilà la deuxième réponse que Jésus donne, réponse qui, elle, choque directement les pharisiens car s'il y a un renouveau dans le Christ, c'est donc que la Loi qui a précédé n'était qu'une préparation, qu'elle est susceptible de vieillissement, qu'elle est donc susceptible d'être réformée, renouvelée, transformée de l'intérieur. Toutes choses que les pharisiens refusaient car ils se figeaient dans une position acquise, refusant de voir la venue de Dieu et refusant de se laisser remettre en question et renouveler intérieurement. Ceci aussi s'adresse à nous. Est-ce que nous sommes attachés à un certain nombre de pratiques, à un certain nombre d'idées ou est-ce que nous laissons Dieu surgir en nous comme quelque chose de neuf quelque chose de nouveau qui nous remet radicalement en question ?
Enfin, Jésus dit une troisième chose à propos de la discussion sur le jeûne entre ses disciples et les pharisiens. Il se proclame comme l'Époux, l'époux de l'humanité. S'il y a ce renouvellement dans toute la vie des hommes, c'est parce que Dieu est venu épouser l'humanité. Dieu est venu nous épouser, chacun d'entre nous. La relation de Dieu avec nous est radicalement neuve parce que c'est, cette relation conjugale, cette relation d'amour au sens le plus profond et le plus exact du terme.
Dieu, véritablement, nous aime d'amour et c'est cela qu'Il nous révèle, et c'est cela qui fait que plus rien ne peut être comme avant, et que les choses ne peuvent plus être simplement considérées dans leur matérialité ou dans leur légalité, mais que tout est porté à une profondeur nouvelle.
Cette phrase de Jésus est même la seule ou, dans sa bouche, apparaît explicitement ce titre d'Époux. Ailleurs, l'évangile ou le Nouveau Testament nous disent de Jésus qu'Il est l'Époux, mais c'est Jean-Baptiste qui le dit, ou saint Paul, ou encore saint Jean dans son Apocalypse. Ici c'est le Christ Lui-même qui, explicitement (car Il l'avait fait de manière implicite par ses gestes aux noces de Cana), c'est le Christ qui, en toutes lettres, se proclame l'Époux. Est-ce que nous savons nous laisser aimer par Dieu assez profondément pour que toute notre vie soit renouvelée, pour que tout soit remis à neuf et pour que nous comprenions que tout ce que nous faisons, que tous les gestes que nous accomplissons ne prennent leur sens qu'à partir de cette révélation de l'amour de Dieu qui vient véritablement transformer notre vie, de fond en comble ?
AMEN