SOUFFRANCE ET PÉCHÉ
Gn 17, 15-22 ; Mc 2, 1-13
(30 janvier 1986)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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ans cet évangile, le Seigneur nous invite à modifier notre regard sur l'homme, sur sa misère et sur sa souffrance. En effet, dans notre cœur d'homme, nous avons tendance à établir des liens entre le péché et la souffrance. On retrouve cela à plusieurs reprises dans les réflexions des disciples, et notamment par exemple à propos de l'aveugle-né : "Maître, qui a péché : lui ou ses parents pour qu'il soit né aveugle ?" Ici encore, on peut supposer avec un regard humain que, sans doute des gens autour de Jésus devaient penser des choses pareilles, que ce paralytique était ainsi malade et souffrait à cause de son péché. Ceci, c'est notre vue humaine qui nous fait voir un lien entre les deux comme si le péché devait être la cause de la souffrance que nous éprouverions.
En réalité, il y a véritablement un lien entre la souffrance et le péché, mais pas nécessairement un lien comme nous l'entendons nous, parce que le péché causerait la souffrance, comme si la mesure même dont nous souffrons ou dont nous sommes affligés de divers maux serait fonction de notre péché. En fait, la souffrance est dans la condition humaine non pas individuellement selon chaque pécheur mais dans la condition humaine en général, un des aspects qui nous rappellent que nous sommes des pécheurs, et que ce mal qui ronge notre corps est pour ainsi dire le sacrement du péché qui peut ronger notre cœur, et qu'il y a un lien entre les deux. Non pas que tel pécheur endurera nécessairement telle souffrance, mais notre corps qui traduit toujours l'état intérieur de notre cœur, notre corps souffre parce que notre cœur souffre.
Seulement le lien entre les deux, Jésus le voit autrement, parce qu'Il le voit avec toute la profondeur de sa miséricorde et de sa mission de salut. C'est pourquoi Il inverse le problème et Il dit : Si je suis venu sauver, je suis venu sauver l'homme tout entier, et je ne peux pas accorder le salut plénier au cœur, sans également accorder le salut plénier au corps. Et le sens même du miracle de la guérison du paralytique est tout entier là. Jésus se manifeste comme le sauveur de l'homme tout entier. Il va sauver le cœur de cet homme en lui remettant tous ses péchés, et Il va sauver le corps de cet homme en le remettant sur pied. C'est un miracle, c'est un signe, c'est une anticipation. Aujourd'hui, lorsque nous allons recevoir le sacrement de Pénitence, cela ne nous guérit pas automatiquement de nos rhumatismes ou de nos lumbagos. Ce serait trop beau ! Mais c'est le signe de ce qui arrivera, c'est-à-dire que le jour même où nous paraîtrons devant Dieu, le Seigneur accomplira totalement en nous l'œuvre de sa grâce et de sa Pâque et nous restaurera tout entiers dans notre intégrité, à la fois spirituelle et physique. Tel est le sens de la Résurrection : la résurrection, c'est que tout l'homme soit sauvé et que ce qui auparavant était le signe de la souffrance qui était dans le cœur, c'est-à-dire notre souffrance humaine, désormais va se changer en joie, et le bonheur même que nous aurons à vivre dans un corps de gloire sera le sacrement de l'accomplissement du salut de Jésus Christ dans notre cœur "quand Il sera tout en tous."
AMEN