TRAHISON
1 S 13, 5-15 ; Mc 3, 13-19
Mercredi de la quatrième semaine de l'Épiphanie – B
(1er février 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Des ennemis redoutables
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rères et sœurs, c'est un peu un hasard de la répartition des textes liturgiques, mais il est frappant dans les textes que nous venons d'entendre, d'une part cette histoire un peu compliquée du roi Saül, et d'autre part l'institution des douze, de constater qu'il y a un problème fondamental qui est abordé, très différent, très éloigné l'un de l'autre, mais c'est un peu le même problème.
Premier cas, le plus facile, celui de l'institution des douze. Jésus choisit douze hommes appelés ensuite apôtres, parce qu'il a l'intention de leur confier la gestion politique, administrative du peuple de Dieu. Or, dans les douze, il y en a un qui va le trahir, Judas, on le note à la fin du récit. On a gardé ce souvenir qui était sans doute très choquant pour la première communauté chrétienne : comment Jésus avait-il pu se tromper au point de choisir dans son conseil des ministres quelqu'un qui allait le vendre et le trahir ? Il ne suffit pas d'avoir reçu un poste, il ne suffit pas d'avoir été choisi pour être à la hauteur de l'élection. Dans l'Église, on le sait, il y a eu souvent des gens qui ont été choisis, soit par des élections, soit par des tractations et qui n'ont pas été à la hauteur de leur tâche. C'est choquant, cela nous perturbe surtout dans le domaine religieux, de la foi, tout devrait être impeccable et ce n'est pas le cas ! Hélas, je n'en veux pour preuve que ce qui s'est passé récemment dans le clergé. Que des prêtres choisis pour être des gens qui éduquent, qui aident les gens à se tourner vers Dieu, soient des prêtres pédophiles. C'est dramatique, mais si l'Église n'a pas les gens qu'il faut pour structurer, cela ne marche pas. Cela n'excuse rien.
La deuxième chose concerne l'histoire de Saül. Samuel le vieux prophète pense que la seule personne qui devrait régner sur le peuple, c'est Dieu. Lui-même ne s'est jamais pris pour un roi, or il se voit imposé par Dieu de devoir choisir quelqu'un qu'il juge ne pas convenir pour la fonction royale. La situation est menacée, le territoire est menacé par des ennemis : les Philistins. Ce sont des ennemis d'autant plus redoutables qu'ils sont spécialisés dans la fabrication de l'armement, dans les métiers de forges, c'est la technologie militaire de pointe de l'époque. Il faut se défendre et le réflexe des israélites est de choisir un chef, d'où l'insistance auprès de Samuel pour qu'il choisisse un roi.
Or, ce chef n'est pas à la hauteur parce qu'il exerce son pouvoir sous la contrainte, mais aussi dans son attitude d'obéissance aux ordres de Dieu. Il avait reçu l'ordre d'attendre pour riposter aux attaques des Philistins, que Samuel vienne offrir un holocauste pour demander de soutenir l'armée. Saül n'attend pas sept jours parce qu'il voit que certains membres de son armée commencent à fuir. Il prend sur lui de remplacer le prophète qui tenait la fonction sacerdotale, il désobéit par manque de confiance en Dieu. Comme roi, il s'attribue des pouvoirs qu'il n'a pas. Sous prétexte d'arranger les choses vis-à-vis de Dieu, il les envenime.
Dans ce récit, on attend du roi qu'il agisse dans les limites de ses prérogatives, qu'il fasse son métier de roi mais qu'il ne se mêle pas des choses qui ne le regardent pas ! C'est une fois de plus la fragilité et la faillibilité du poste qu'on occupe : il ne suffit pas d'avoir reçu la mission pour être à la hauteur de la tâche et pour répondre dans la parfaite obéissance et la vraie liberté de la docilité aux ordres du Seigneur.
Nous n'avons plus à être ni rois d'Israël ni membre des douze, c'est vrai, mais dans notre vie personnelle, c'est souvent un peu la même chose. Nous avons reçu la grâce, la mission d'être chrétien, nous avons reçu la charge de témoigner, nous avons reçu toutes les responsabilités de notre baptême, et nous sommes faillibles. Il ne suffit pas d'avoir reçu l'appel, il ne suffit pas d'avoir reçu la mission, on peut toujours être en deçà et on peut toujours être pécheur. Le problème du mal et du péché est toujours beaucoup plus compliqué qu'on ne le pense. Ce n'est pas simplement ceux qui n'ont pas de responsabilités qui sont pécheurs par faiblesse ou par lâcheté, c'est aussi très souvent ceux qui ont reçu de grandes responsabilités (chaque chrétien a reçu une très grande responsabilité), celle d'être porteur de l'évangile, et nous ne sommes pas toujours à la hauteur.
AMEN