TENDRE LA MAIN VERS DIEU

2 S 6,1-11 ; Mc 3, 1-12

(30 janvier 2002)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

L

a liturgie d'aujourd'hui nous propose des textes qui vont bien ensemble, même s'ils disent presque l'inverse ! Mais ils vont bien ensemble comme dans une partition, comme deux voix qui s'accordent, comme des notes qui sont faites pour jouer l'une avec l'autre, ils vont bien ensemble comme des notes complémentaires qui résonneraient en jouant dans la justesse de chacune des voix, pour traduire cette image de Dieu vers laquelle nous courons tous. Mais quelle image de Dieu ?

Le premier texte, c'est le livre de Samuel. David a réuni toute l'élite d'Israël, trente mille hommes, et on décide de transporter l'Arche vers Jérusalem. On organise la procession, vous avez remarqué le détail, on a un chariot neuf, il s'agit de prendre une bonne voiture pour transporter l'Arche, il y a deux boeufs et deux conducteurs. Ce transport de l'Arche est vécu dans un transport, dans le transport de joie de toute cette foule qui danse. Le peuple juif a gardé cette habitude de la danse, il a cet amour de la danse, et certaines danses sont encore pratiquées par le peuple à l'occasion des fêtes. Mais là, c'est une danse un peu tumultueuse, ils dansent de toutes leurs force, alors on imagine une danse un peu frénétique, un peu sauvage. Tout le monde danse, il y a des instruments, il y a de la joie, et aussi quelque chose qui est de l'ordre d'une espèce de folie de Pentecôte, d'ivresse. Et puis, tout à coup, les bœufs se mettent à danser aussi, ce n'était pas prévu! et le chariot manque de verser. Uza, un des deux conducteurs pose la main sur l'Arche et il est foudroyé à l'instant. Dieu dans sa Toute-puissance, Dieu terrible, Dieu dont les décrets sont complètement insondables, Dieu incompréhensible, Dieu au-delà de toutes nos voies, Dieu dans sa Toute-puissance qui arrête la vie d'un homme parce qu'il a voulu arrêter la chute de l'Arche. Dieu aurait-Il préféré la chute de l'Arche ? Impossible à savoir, mais on est confronté là à quelque chose qu'on ne saisit pas, cette Toute-Puissance de Dieu, et la réaction de David est d'être fâché après Dieu car il a perdu un ami, et ensuite, il a peur, parce qu'on ne va pas toucher ainsi l'Arche, et qu'il ne pourra pas accueillir l'Arche chez lui. Il ne pourra jamais s'approcher de ce Dieu-là, il ne pourra jamais mettre la main sur ce Dieu-là. C'est peut-être cela ce qui est dit à travers cet épisode ? Le Dieu, c'est le Dieu Tout-Puissant, on ne pourra jamais mettre la main sur Lui, on ne pourra jamais le saisir, on ne pourra jamais le contenir ni en faire un Dieu domestique. Là c'est un Dieu qui est à peine apprivoisé, et on ne peut pas l'apprivoiser en fait !

Le texte de l'évangile, c'est assez beau dans la correspondance : Jésus dit à l'homme : "Etends la main". Le geste qui avait provoqué la mort d'un homme, procure ici la guérison. Et sa main a été guérie. Ce qui est encore plus bouleversant, c'est que la foule s'approche, cette foule qui est affamée de guérison, qui a une soif incroyable d'être touchée par Dieu pour pouvoir être guérie. Ce Dieu qui est si proche, mais qui est tellement faible, parce qu'on craint un moment qu'un mouvement de foule le serre tellement qu'il en meure, on craint pour sa vie, à cause de la foule qui le presse...autre sorte de danse de personnes malades qui ont soif de guérison. Et Ici, c'est Dieu extrêmement faible, si faible qu'on craint pour sa vie à cause de la foule.

Ces deux textes, l'un qui nous parle d'une Toute-puissance, d'un Dieu sur lequel on ne peut pas poser la main, et au contraire un Dieu tout faible.

Je crois que notre révélation chrétienne c'est d'avoir conjoint ainsi la toute-puissance à la toute-faiblesse. Dieu en est-Il moins Dieu ? Non, je crois qu'il y a aussi la grandeur de Dieu d'y avoir conjoint la toute-faiblesse et qu'il n'en est pas moins Dieu pour autant, et on est encore plus grand d'avoir conjoint ainsi la toute-puissance qui ne se laisse pas toucher et la toute-faiblesse qui elle, se laisse presser de tous côtés.

Entrons dans cette Eucharistie, dans ce mémorial de la Passion du Sauveur, qui par amour pour nous est allé jusqu'à partager notre faiblesse la plus intime, la plus forte, et puis de ce Dieu qui se donne encore en nourriture pour nous. Entrons avec ce sentiment un peu contradictoire mais qui nous dit la grandeur d'un amour.

 

 

AMEN