QUE CHOISIR ?

1 R 3, 1-3 ; Mc 2, 18-28

(27 janvier 1993)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

J

eûner ou ne pas jeûner, arracher des épis le jour du sabbat pour les mâchouiller en se promenant ou ne pas en arracher parce que c'est le jour du sabbat, faire ceci ou ne pas faire cela, que choisir ? Que faire ? Question quotidienne et bien embarrassante à la conscience des chrétiens, que ce soit pour des choix ponctuels, passagers ou pour des orientations plus importantes. Et ainsi notre conscience, notre volonté, notre liberté balancent entre ces fameux pourquoi auxquels nous n'arrivons jamais à donner de réponse satisfaisante. Alors on se dit : "Appliquons la Loi, au moins on sera sur d'être juste". Ou bien : N'appliquons pas la Loi, mais donnons à ce choix d'autres valeurs qui "justifieront" ce que la Loi ne justifie pas. Et ainsi, nous avançons toujours, d'une façon ou d'une autre, en nous arrangeant avec notre conscience en pensant que cela résume le bien.

A partir de cet évangile, les questions ou la question ne se posent pas de la façon précédente. Il ne s'agit pas de savoir s'il faut jeûner ou ne pas jeûner, de faire ceci le sabbat ou de ne pas le faire, Pourquoi ? Parce que dans les deux propos de Jésus Il balaie cette forme de questions, et donc de réponses, en disant dans l'un et l'autre cas : "L'Époux est là" ou n'est pas là. "Le Fils de l'Homme est Maître du sabbat !" Qu'est-ce que cela veut dire ? C'est la présence de Jésus, et uniquement cela, qui est le lieu de notre choix. Que vous jeûniez ou pas, peu importe ! Que vous marchiez ou fassiez tel choix le jour du sabbat, peu importe, dit Jésus. L'essentiel c'est que Je suis là. Et que, désormais, votre relation à la Loi, votre re­cherche du bien, les raisons de votre choix et ses ap­plications ne sont pas ici ou là, comme le Royaume de Dieu, d'ailleurs parce que, Moi, Je suis là.

Si nous nous débattons bien souvent dans nos choix en y épuisant nos faibles énergies, c'est parce que le terrain de notre combat n'est pas le bon. Dans la foi chrétienne, dans la vie chrétienne, le choix se fait en fonction de la présence du Christ, et donc aura comme qualité notre relation d'intimité avec Lui. Nous avons souvent l'impression qu'il nous faut courir deux lapins à la fois : le bien à faire et le Christ à ai­mer. Ceci ne convient pas à la foi chrétienne. Ce n'est pas d'abord le bien à faire qu'il faut chercher, c'est d'abord le Christ à aimer, et c'est Lui et Lui seul qui nous apprend le bien véritable à faire. C'est, je crois une disposition fondamentale, permanente et néces­saire de la vie chrétienne. Et je le dis, là encore, quel que soit l'objet même de notre choix.

Alors vous allez me dire : Si nous choisissons la présence du Christ Lui-même, et à cause de son amour, il y a peut-être des choses que la Loi ne per­met pas. Et après ? saint Augustin disait : "Aime et fais ce que tu veux !" Il n'a pas dit : Obéis à la Loi et fais ce que tu veux. Il a dit : "Aime et fais ce que tu veux !" Evidemment, on peut interpréter cette phrase en disant : puisque c'est par amour, je peux le faire. Mais qu'est-ce que cela veut dire "par amour" ? Dans l'évangile d'aujourd'hui, l'amour, c'est Jésus Lui-même. La phrase de saint Augustin : "Aime et fais ce que tu veux !" signifie, reconnais la présence de ton Dieu. Aime-le comme Il t'aime et tu feras ce que tu veux, c'est-à-dire que ta volonté sera apte à l'amour, au choix, et naturellement, choisira le bien. Non plus par obéissance à une loi, fût-elle bonne, mais par amour de Quelqu'un.

Que cette eucharistie nous rappelle à l'ordre, mais au véritable ordre qui est celui qui vient du Christ qui ordonne Lui-même toute chose au Bien, dans la mesure où nous-mêmes sommes totalement ordonnés à sa présence.

 

 

AMEN