SOLIDAIRES DU PÉCHÉ ET DU PARDON

2 S 11, 14-27 ; Mc 2, 1-13

(29 janvier 1992)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

D

ans cette page d'évangile, Jésus se sert du miracle de la guérison du paralytique pour revendiquer le pouvoir de lui pardonner ses péchés et par là-même, comme l'avouent les phari­siens, pour affirmer sa divinité. "Qui peut remettre les péchés sinon Dieu seul ?" Je voudrais attirer votre attention sur un détail. Quand ceux qui apportent le paralytique voient qu'ils ne peuvent pas pénétrer jus­qu'à Jésus, ils montent sur le toit et enlevant une par­tie de la toiture, en chaume sans doute, ils descendent le malade devant Jésus. Alors "Jésus voyant leur foi dit au paralytique : "Mon enfant, tes péchés sont re­mis !"

Donc Jésus remet les péchés du paralytique non pas d'abord en fonction de sa foi à lui, mais de la foi de ceux qui le portaient. Il y a donc comme une sorte de communication entre la foi qui est dans le cœur de ceux qui portent le paralytique et le cœur du paralytique lui-même puisque c'est dans son cœur à lui que les péchés sont remis. Ceci nous invite non pas à aller nous confesser les uns à la place des autres, mais à comprendre que nous ne sommes pas seule­ment débiteurs de nos propres péchés mais aussi des péchés de nos frères et que lorsque nous nous appro­chons du Seigneur comme des pécheurs s'approchent de la miséricorde qui pardonne, nous ne devons pas venir seulement "chacun pour soi" comme si les rela­tions avec Dieu étaient des relations étanches. Non seulement nos péchés communiquent car bien souvent nous sommes cause de péché les uns pour les autres, non seulement par les tentations que nous proposons à nos frères mais aussi par l'exaspération que nous pou­vons produire dans leur cœur ou bien simplement par cette communion des saints renversée qui fait que nous faisons baisser, par nos propres fautes, le niveau d'amour qui est dans le cœur des autres ou de l'huma­nité tout entière et ainsi il y a une sorte d'entraînement souterrain, secret qui fait que le mal se propage, que le péché se répand comme une tache d'huile, non seulement donc parce que notre péché est solidaire du péché de nos frères dans la culpabilité, mais aussi parce que nous sommes solidaires dans le pardon et dans l'intercession et dans la manière dont nous nous présentons devant Dieu comme des pécheurs.

Nous ne devons pas venir devant Dieu sim­plement au titre de nos propres péchés mais aussi au titre du péché de nos frères. Nous devons faire péni­tence, nous devons nous humilier et demander par­don, nous devons implorer la miséricorde de Dieu non pas seulement parce que nous avons péché, mais parce que nos frères pèchent eux aussi et que nous sommes comme dit saint Paul "chargés de porter les fardeaux les uns des autres". Je crois que cela peut donner à notre façon de vivre, et en particulier de vivre le sacrement de Pénitence une dimension plus large, plus profonde. Nous sommes liés les uns aux autres à ce niveau de profondeur et nous devons sup­plier intensément le Seigneur, faire pénitence devant le Seigneur, nous confesser pécheurs devant le Sei­gneur non pas seulement pour nous-même mais aussi au nom de tous ceux qui nous entourent. C'est d'ail­leurs ce que Jésus Lui-même a fait quand Il s'est ap­proché du baptême que Jean-Baptiste donnait pour le pardon des péchés et il est bien précisé que chacun, en se faisant baptiser par Jean, confessait ses péchés, se confessait pécheur. Jésus, Lui qui était sans péché, est venu se confesser pécheur de nos propres péchés et c'était le début du chemin de la Rédemption, du che­min de la croix. Et bien Jésus nous invite non pas à nous substituer à Lui, non pas à monter sur la croix mais à participer à cet acte rédempteur par lequel Il a pris sur ses épaules tous les péchés du monde. Nous devons nous sentir responsables des péchés de nos frères ; nous devons avec le Christ porter sa croix, nous devons avec Lui être participants de cet acte rédempteur. C'est une immense grâce que le Seigneur nous fait, c'est un immense honneur qu'Il nous ac­corde que de pouvoir avec Lui souffrir, faire péni­tence et nous reconnaître pécheur au nom de nos frè­res du monde entier.

Soyons ainsi proches les uns des autres, non seulement pour prier les uns pour les autres, mais aussi pour nous sentir responsables, en profondeur, des actes de nos frères et même de leur péché.

 

 

AMEN