IL N'EST PAS BON QUE L'HOMME SOIT SEUL !

Gn 2, 18-25

(31 janvier 2001)

Homélie du Frère Yves HABERT 

Autun - Musée Rolin : Ève 

I

l y a comme vous le savez, deux récits de création, le premier dans le premier chapitre de la Genèse, beaucoup plus récent que le second. Le premier est celui qu'on a lu dans la grande vigile de Pâques, quand Dieu crée par sa Parole, quand Dieu crée par séparation, quand Dieu prend six jours pour créer quand Il a réservé le sixième à l'homme et la femme. Le second récit, plus proche sans doute des textes mythologiques qui nous rappellent les récits précolombiens de la création où l'on disait : "au commencement, était le canard". Le canard plongeait et cherchait de la terre au fond de l'eau. Le premier récit, celui de la grande vigile sainte qui crée par séparation lumière ténèbre, les eaux au-dessus du ciel et celles du dessous, et quand Dieu crée l'homme, il le crée tout de suite homme et femme, marquant d'emblée les différences sexuelles. L'homme est d'emblée sexué, c'est homme et femme qui sont à l'image de Dieu. Et aussitôt après, dans le verset qui suit, l'homme qui ressemble à Dieu dans son intériorité, est ressemblant aussi dans son extériorité, dans cette capacité de donner la vie, puisque Dieu transmet à l'homme et la femme l'ordre de procréer, et il les bénit dans leur fécondité.

       Mais dans le récit plus ancien l'homme est créé seul. Dans le premier, on insistait sur la différence sexuée, ici on insiste sur l'unité du genre humain. On insiste sur cet homme : "Et il n'est pas bon que l'homme soit seul", et Dieu n'accorde pas sa bénédiction à l'homme seul. Dieu présente à l'homme toute une série d'animaux, mais l'homme ne va pas trouver de répondant et de semblable. Il nomme les animaux, pour avoir prise sur eux. Il est tout de suite distinct des animaux, mais il ne trouve pas de répondant, de semblable.

       Il y a alors dans le récit, quelque chose qui est assez extraordinaire, comme il s'agit d'une naissance, de quelque chose d'un peu nouveau, de quelque chose qui est très proche, puisque c'est un semblable, à ce moment-là Dieu va faire comme une espèce d'anesthésie générale, Il fait tomber une torpeur sur l'homme qui va s'endormir. Dieu va prendre une côte, quelque chose qui pourrait donner son assurance à l'homme, une certaine solidité. Si Dieu ne lui donne pas sa bénédiction, peut-être que l'homme va avoir une certaine fragilité, on pourrait dire aussi cœur, alors il s'agirait de l'affectivité de l'homme, on pourrait dire aussi côté, on pourrait dire aussi en quelque sorte, répondant. Tous les termes sont symboliques, et l'on connaît aussi le poids du mot cœur, avec le cœur ouvert du côté de Jésus, l'Église qui naît à la croix, en Jean chapitre dix-neuvième, et comme les consacrés à Dieu on les appelle des amis blessés de l'époux, puisqu'il y a cette espèce d'appel d'air.

       Donc, l'homme n'assiste pas à la naissance de sa femme, pour nous dire combien l'autre est un mystère, est caché, et comme aussi Dieu a envie de faire les présentations, Il a envie de présenter la femme à l'homme pour que l'homme la reconnaisse, et c'est le mouvement avec ce cri d'Adam : "Vraiment celle-ci est l'os de mes os et la chair de ma chair". Et dans toute rencontre d'amour, il y a au préalable cette reconnaissance de l'autre comme unique, l'autre n'est pas fabriqué en "clone", mais "celle-ci est l'os de mes os et la chair de ma chair". On ne parle d'enfant, on ne parle pas de fécondité, par contre on parle de "quitter", comme on a voulu par cette naissance assez mystérieuse qui est cachée à l'homme, comme on a voulu éviter le piège de la fusion, en cachant cette naissance pour créer une communion, et là on retrouve le premier récit de la création, en même temps, il faut quitter son père et sa mère. Il y a un commencement radical, même dans cette société très patriarcale il y a "l'homme quittera son père et sa mère et ils formeront une seule chair".

       Et après, il y a cette phrase où l'homme et la femme n'auront pas honte de leur nudité, l'un devant l'autre. Cette nudité, c'est peut-être aussi une certaine pruderie de la part du peuple juif, de ceux qui ont écrit ces textes, mais aussi je crois, une certaine façon de regarder l'autre sincère, sensible, intacte de découvrir l'autre, cette nudité qui est en fait la façon de regarder l'autre sans le juger, sans lui coller un masque et sans nous-mêmes revêtir ce masque.

       Puisons, relisons ces textes de création qui nous parlent tellement de l'amour, et confions à Dieu toutes ceux qui se préparent à se marier, qui se préparent à la grande aventure inaugurée par Adam et Ève.

       AMEN