UN MIRACLE EST UN SIGNE

Gn 17, 1-8 ; Mc 1, 40-45

(29 janvier 1986)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

U

n miracle est un signe adapté à l'intelligence. Un signe, donc il signifie autre chose, et quelque chose de plus grand, que ce que le récit, en apparence, nous livre. Livré à l'intelligence, c'est-à-dire qu'il faut pour nous, sonder car c'est bien là le lot de l'intelligence humaine que de sonder la réalité afin d'y découvrir le mystère de Dieu.

En effet, le problème du secret de Jésus qui impose silence à ceux qu'Il guérit, nous l'expliquons souvent par le manque de crédibilité de sa mission ou la crainte qu'Il aurait d'être mal compris. En l'occur­rence, pour ce récit, il en est un peu autrement. Il s'avère que si Jésus demande au lépreux de faire si­lence, il lui demande aussi d'aller voir le prêtre et de faire les rites prescrits par Moïse. C'est vrai que la volonté de Dieu n'est pas nouvelle.. Et le lépreux fait bien quand il fait appel à la volonté de Dieu : "Si tu le veux, guéris-moi !" et Jésus lui dit : "Je le veux ! Sois guéri !" Cette volonté est ancienne et elle s'est déjà inscrite dans l'Ancienne Alliance, dans l'ancienne Loi, dans l'Ancien Testament, dans finalement tout ce ca­dre que Dieu a mis en place progressivement et pa­tiemment, afin que le salut soit proclamé.

Finalement, un miracle, ce n'est pas quelque chose qui vient comme suspendu en l'air, sans aucun rapport avec ce qui précède ou avec ce qui suit. Tout au contraire, il est là comme un signe, révélant ce que, déjà, Dieu a mis en place, et en même temps signi­fiant déjà la fin. Le cadre que Dieu a mis en place, ce cadre de lois, ce cadre de commandements, ce cadre de prescriptions, Dieu ne vient pas le nier, car ce se­rait se nier Lui-même et nier l'action qu'Il a faite au­près du peuple juif qui est le peuple qui doit porter ce témoignage aux nations.

Ainsi, le lépreux, s'il a bien compris que la volonté de Dieu était de le sauver et de sauver tout le peuple juif, tout emporté par sa joie d'être guéri, en oublie finalement qu'Il a accomplir cette Loi, elle n'est pas pour autant abolie, même si effectivement, par la suite, Jésus se déclarera comme la nouvelle Loi.

Il en est ainsi pour chacun de nous. Dieu n'interviendra pas en nous comme par miracle, mais Il s'occupe, Il se préoccupe du cadre même de notre vie qui sert de matière à son intervention. Nous voudrions souvent que Dieu intervienne par un coup de baguette magique et qu'ainsi les choses s'améliorent. Il n'en est rien, car c'est notre vie en tant que telle qui est déjà tissée de l'intervention de Dieu. Déjà, avant même que nous ayons pris conscience que Dieu vient en nous et qu'Il agit afin de nous sauver, c'est ce cadre même et cette matière humaine dont nous sommes tissés qui sert à Dieu. Alors, laissons-nous guider, laissons-nous grandir en cette foi que Dieu a com­mencée avant que nous en prenions conscience. Lais­sons-nous, dans ce cadre même de l'Église dans lequel nous sommes maintenant, appeler, conduire, sans vouloir pour autant que Dieu intervienne de façon un peu magique.

 

AMEN