LES PREMIERS DOUTES AU SUJET DU CHRIST
Pv 8, 12-21 ; Mc 3, 30-35
(30 janvier 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ette page d'évangile nous montre, dans l'entourage de Jésus, la présence de doutes sur sa mission. Il y a d'une part des scribes venus de Jérusalem et les proches parents de Jésus, sa famille. Toute sa famille est inquiète parce que Jésus est tellement entouré par la foule, tellement harcelé et harassé que Lui et ses disciples n'ont plus le temps de manger. Et, réfléchissant à ces événements à un niveau trop humain, les siens veulent prendre Jésus pour le ramener à la raison, en se disant : "Il ne se rend pas compte, il perd le sens."
Marie sa mère était avec ses frères, c'est-à-dire avec ses cousins et ses cousines, à la recherche de Jésus. Jésus va les inviter à aller plus profond dans leur parenté avec Lui. Etre parent de Jésus, être sa mère, son frère ou sa sœur, ce n'est pas seulement avoir des liens du sang avec Lui, mais c'est écouter et comprendre la Parole, la volonté de Dieu. ''C'est celui qui fait la volonté de Dieu qui est pour moi un frère, une sœur ou une mère." En disant cela Jésus n'a pas rejeté ni ses frères, ni sa mère puisque Marie, au pied de la croix, sera là, près de Lui, pour faire la volonté de Dieu, pour accepter ce sacrifice, et puisque les frères de Jésus se retrouveront, toujours avec Marie au milieu des apôtres en attendant la venue de l'Esprit Saint au jour de la Pentecôte. Et c'est même un "frère" de Jésus, un de ses parents, Jacques, qui sera le premier évêque de l'Église de Jérusalem et une des figures dominantes de l'Église naissante. Donc, les uns et les autres, et Marie tout d'abord, comprendront cette parole de Jésus. Ce ne sont pas seulement les liens de la chair et du sang qui comptent, mais bien plus profondément ce lien spirituel qui est d'écouter la Parole de Dieu. Et après avoir peut-être considéré les événements de manière trop humaines, Marie et les frères de Jésus apprendront à ne plus se soucier de la santé de Jésus parce qu'Il a trop de travail, mais à découvrir la mission que Dieu lui confie et à lire en profondeur les actes et les paroles de Jésus.
Il en va tout autrement de l'autre groupe de ceux qui doutent du Christ, car là il ne s'agit pas d'un effet de l'affection familiale, mais d'un doute hargneux et radical, les scribes, venus de Jérusalem pour épier Jésus, pour voir si l'on peut prêter créance ou s'il faut sévir contre ce prophète dont on a entendu parler Jusqu'à Jérusalem, ces scribes, immédiatement portent leur verdict : "C'est par le prince des démons que Jésus fait ces miracles". Et Jésus de leur répliquer que "tout péché peut être remis sauf l'aveuglement volontaire devant l'action de l'Esprit Saint." Quand l'Esprit est à l'œuvre c'est-à-dire quand la bonté de Dieu, quand la douceur de Dieu se manifeste par la tendresse dans la guérison, par la proximité avec ceux qui sont malades, pauvres ou possédés du démon, quand l'Esprit de Dieu est manifestement là, puisque c'est le bien qui est opéré puisque c'est la délivrance qui est apportée, puisque c'est la liberté du cœur qui est donnée, alors ne pas reconnaître cette présence de l'Esprit, c'est un péché qui ne peut pas être pardonné parce que c'est un péché de malice volontaire, c'est le refus de voir la lumière, c'est le refus de l'évidence divine. Et ces scribes qui cherchent Dieu uniquement à partir de la lettre de la Loi et qui ne savent pas ouvrir les yeux sur la présence de l'amour et de la tendresse de Dieu, il n'y a rien à faire pour eux, parce qu'ils ne sont pas guérissables : leur péché est un péché volontaire.
Il arrive aussi que des hommes se ferment, c'est-à-dire se ferment à l'évidence de la présence de la bonté de Dieu. Que le Seigneur nous préserve de ce péché, de cet aveuglement. Il n'est pas question d'abord, dans ce que dit le Christ d'adhérer à ceci ou à cela et de faire siens les éléments du Credo. Ce n'est pas de cela que parle le Christ. Ce qui est irrémissible, ce qui est impardonnable, ce n'est pas d'avoir des doutes sur la foi, c'est de ne pas reconnaître la bonté de Dieu quand elle est à l'œuvre chez les hommes. Peut-être que nous-mêmes quelquefois, nous jugeons sévèrement telle ou telle personne sans savoir reconnaître l'œuvre d'amour, l'œuvre de Dieu qui est en elle. C'est à ce moment-là que nous sommes pécheur d'un péché qui ne peut pas être pardonné, parce que nous ne savons pas voir. Nous avons des yeux et nous ne voyons pas, des oreilles et nous n'entendons pas.
Que le Seigneur nous délivre de ce pharisaïsme qui nous aveugle parfois.
AMEN