SE GLORIFIER DE SES ÉPREUVES
2 Co 6, 4-10 ; Mc 3, 1-12
(1er février 1989)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Jean de Malte : Christ en croix
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ous avons entendu l'apôtre Paul qui, à un moment où la validité de son ministère était contestée dans sa communauté de Corinthe, veut prouver que son ministère est véritable. Comment le prouver ? Il pourra, par la suite se recommander des visions ou des manifestations plus spéciales du Christ Ressuscité, mais au démarrage il explique que son ministère se recommande essentiellement par les épreuves et les difficultés qu'il endure.
Cela peut nous paraître surprenant qu'un homme se prévale, sinon de ses échecs de ce qui est toujours est prêt à tenir en échec son ministère. Pourquoi effectivement, saint Paul dit-il que la recommandation de l'authenticité de son ministère est ce qui, toujours se met en travers, s'oppose et voudrait l'empêcher de l'exercer ? C'est que le ministère de tout apôtre du Christ, le nôtre comme celui de saint Paul, a cette particularité d'être un envoyé et malgré toutes les difficultés, les problèmes qui se posent, Paul cependant reste ministre. Ce qui est la manifestation que l'annonce de sa parole ne vient pas des moyens humains qui sont à sa disposition mais puisque, malgré les difficultés, la Parole de Dieu est annoncée par lui, c'est que cette Parole vient d'ailleurs.
Il faut même aller plus loin. C'est que le ministère apostolique lui-même entier dans ce paradoxe d'un homme qui n'est rien par lui-même, qui ne peut se recommander de rien en ce qui concerne ses propres ressources ou ses propres capacités, mais qui cependant n'est quelque chose que par la puissance de la Parole qui lui donne effectivement d'annoncer l'évangile. Il y a là quelque chose qui, pour nous, devrait être extrêmement instructif.
Notre propre annonce de la Parole de Dieu n'est pas simplement le fait d'accomplir un travail de courroie de transmission d'un savoir ou de connaissances religieuses. Il est d'abord ce statut de notre existence de croyant qui mesure sans cesse tous les échecs, tous les refus, et là saint Paul parle seulement des refus qu'il rencontre, mais nous-mêmes, nous pourrions ajouter à cette liste nos propres refus intérieurs que nous vivons et que nous éprouvons, et qui cependant en est amené à constater que la Parole de Dieu est malgré tout proclamée. Et même que cette Parole de Dieu n'est pas proclamée en dehors de lui, mais par lui et en lui, dans sa pauvreté même. C'est là ce que saint Paul veut nous dire. On le tient pour pauvre alors qu'il est riche de Dieu. On le tient pour triste alors qu'il est rempli de la joie du salut et de l'évangile. On le tient pour vil alors qu'il est honoré de la présence même de Dieu qui, en lui et par lui, annonce son évangile.
Il en va de même pour nous. Si nous ne comptions que sur nos capacités ou sur nos réussites pour annoncer l'évangile, nous serions sans doute très loin du compte et nous n'aurions pas beaucoup de raisons d'être satisfaits. Par contre, si nous acceptons en toute vérité, qu'au cœur même de notre pauvreté, au cœur même de toutes ces incapacités qui se révèlent à nous, Dieu, en réalité, nous prend et fait de nous, malgré tout, ses messagers, je crois que nous commençons à comprendre ce que signifie être "envoyé". Etre envoyé, ce n'est ne pas se fonder sur soi-même, mais accepter d'être fondé sur Celui qui nous envoie.
Qu'en cette eucharistie nous demandions à Dieu la grâce de mieux réaliser à la suite et à l'exemple de Paul, ce que signifie "être apôtre".
AMEN