LA PRIÈRE ET LA JOIE
Ph 4, 4-9 ; Mc 10, 13-16
(31 janvier 1990)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Au gré du vent
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ans le passage de l'épître aux Philippiens, saint Paul nous demande deux choses. La première c'est de nous réjouir, de nous réjouir sans cesse. Et la deuxième c'est "en toute occasion, de recourir à la prière, une prière toute pénétrée d'action de grâces". La prière et la joie sont deux composantes essentielles de la vie chrétienne. Elles s'unifient dans un même motif "le Seigneur est proche !" le Seigneur est proche non pas seulement dans le temps, parce que le retour du Seigneur est proche. C'est une interprétation possible de ce texte. Mais le Seigneur est proche, dès maintenant, parce qu'Il est là, présent, au cœur de notre vie. Présent à l'intérieur de notre être, au plus profond de nous-même. C'est parce que le Seigneur est proche que nous devons, sans cesse, recourir à la prière, parce que la prière c'est précisément cette conversation intime, constante, cœur à cœur, entre nous-même et le Seigneur. Prier ce n'est pas seulement demander ceci ou cela, ce n'est pas seulement présenter un certain nombre de requêtes, prier c'est parler avec le Seigneur de toutes sortes de choses, de ce dont nous avons besoin bien sûr, mais aussi de ce qui nous rend heureux, de ce qui se passe dans notre vie, des différents événements, des difficultés que nous avons, lui parler de notre péché, lui parler de nos chagrins, lui parler aussi de notre bonheur. Bref, prier c'est se rendre compte de cette présence de Dieu au centre de notre vie et de communiquer avec Lui, de communier avec Lui en tout ce qui se passe dans notre existence. Rien de notre vie n'est trop petit pour être partagé avec Dieu, car le Seigneur est si proche, si intimement présent en nous et Il nous aime tellement que tout ce qui nous arrive l'intéresse et que tout ce que nous sommes, tout ce que nous faisons mérite d'être fait avec Lui, d'être partagé avec Lui. C'est cela la prière.
Et cette prière, elle est en même temps une joie car cette présence du Seigneur qui nous aime, si près de nous, remplit notre cœur, notre existence de la vraie joie. La joie ce n'est pas le plaisir, ce n'est pas l'accomplissement de nos besoins, de nos désirs ou de nos fantaisies, la joie c'est cette profonde satisfaction, cette exultation radicale qui vient de ce que l'amour de Jésus nous remplit de sa présence et nous comble. Et parce que le Seigneur est proche, nous sommes heureux, comme on est heureux d'être avec ceux qu'on aime, comme on est heureux d'être auprès de ses parents, auprès d'un ami. C'est ce bonheur qui remplit et pénètre notre prière. C'est pourquoi saint Paul dit que cette prière doit être pénétrée d'action de grâces.
L'action de grâces c'est non seulement le remerciement, mais c'est une sorte d'exultation du cœur au milieu même de la prière. Une prière remplie d'action de grâces c'est une prière toute remplie de joie. Alors parce que le Seigneur est là, nous sommes heureux d'une part, et nous lui parlons de tout d'autre part. Et ce double mouvement, celui de la joie et celui de la prière, s'enracine dans cette même cause et se répand à travers toute notre vie.
C'est cela que saint Paul nous demande, c'est cela que les saints ont connu, c'est cela que nous devons essayer de partager les uns avec les autres, afin que la joie de notre cœur se communique au cœur de nos frères, afin que la prière et la certitude de la présence de Dieu qui habite notre esprit se communique aussi à tous ceux qui nous entourent. Qu'en cette eucharistie nous grandissions dans la joie et dans la prière en nous rendant mieux compte de cette présence vivante du Seigneur en nous.
AMEN