LE DIEU QUI NOUS RASSEMBLE
Gn 17, 1-10 ; Mc 3, 1-12
(30 janvier 1996)
Homélie du Frère Yves HABERT
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rères et sœurs, notre Jésus est un provocateur-né, et sa provocation tient à sa prétention à être l'Egal de Dieu, à se prétendre au-dessus de tous pour signifier de manière inimaginable la proximité de Dieu avec les hommes, proximité qui s'opère de façon absolument unique et merveilleuse. Avec Dieu tel qu'Il se révèle en son Fils, il n'y a plus d'inconnaissable. Il n'y a plus d'arrière-cour, de cachette où Dieu se terrerait. Car Dieu s'est révélé pleinement dans son Fils. " Qui me voit, voit le Père."
Cette prétention de Jésus vise fondamentalement à rassembler tout le peuple dans l'unité. Elle va pourtant amener aussi la division. "Qui n'est pas avec moi est contre moi, qui ne rassemble pas en moi disperse." La prétention de Jésus va cristalliser autour de Lui à la fois le rassemblement et la division. Il va rassembler de façon incroyable les malades, les infirmes, les foules qui viennent à Lui. Il est d'ailleurs obligé de se cacher, de s'éloigner sur une barque pour éviter que la foule ne le presse trop. Mais sa prétention va aussi amener la division. Les Pharisiens vont se concerter pour le perdre. Les esprits impurs eux-mêmes sont déjà là, attendant l'heure des ténèbres, l'heure de la croix.
En voulant rassembler, Jésus cristallise autour de Lui toute une division. Comment va-t-Il alors rassembler son peuple dans l'unité puisque sa venue semble n'apporter que la division ? Il va faire comme Il fait souvent. Il va pousser le paradoxe au maximum, au paroxysme. Il va pousser jusqu'à la croix. A la croix, Il va apparaître comme celui qui est abandonné de Dieu. La croix est un scandale, une folie, elle semble a-priori l'endroit le moins adéquat pour rassembler tous les peuples. C'est pourtant à la Croix que va se résoudre ce problème de la division amenée par le sauveur et du rassemblement qui est prévu. Toujours le Seigneur pousse le paradoxe au maximum. Quand Il vient sauver le monde, Il apparaît comme un petit enfant. Quand Il veut redonner le sens du sabbat, du repos pour Dieu, Il va jusqu'à passer une journée dans la tombe, dans le grand sabbat du samedi saint. Quand Il veut rassembler tous les hommes, Il se laisse ouvrir le cœur par un glaive de division. C'est ainsi qu'Il rassemble tout son peuple.
Frères et sœurs, notre eucharistie est ce lieu où nous passons de la division au rassemblement. L'eucharistie est moins le fait de se rassembler soi-même dans une tension vers Dieu que de se rassembler à plusieurs. Il ne faut pas faire le chemin inverse de Dieu qui a saisi notre division pour la rassembler dans l'unité. Il a été jusqu'à tomber dans la division des eaux de la mort pour rassembler son peuple dans l'unité. Notre eucharistie doit nous faire prendre conscience de ce rassemblement qui a été voulu, choisi par Dieu pour toute l'humanité.
AMEN