NOUVEAUTÉ DU MESSAGE

1 S 22, 1-5 et 1 S 23, 15-18 ; Mc 2, 18-28

(29 janvier 1991)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

es passages d'évangile ont ceci de commun qu'ils manifestent les premières altercations de Jésus avec les pharisiens, les premiers reproches qui portent sur des traits de la Loi, sur des observances, des pratiques, sur le jeûne, sur le sabbat. Et les réponses de Jésus ont ceci de commun qu'elles insistent sur la nouveauté de son message. C'est le sens des petites paraboles sur le drap neuf qu'on ne coud pas sur un vêtement usagé, sur le vin nouveau que l'on ne met pas dans des outres vieilles.

Cela veut dire que le renouvellement apporté par Jésus, cette nouveauté radicale qui est celle de l'Alliance nouvelle, suppose que nous renouvelions notre cœur pour recevoir ce message de Jésus. Si nous voulons à la fois recevoir le message de l'évangile et en même temps garder nos idées toutes faites, nos préjugés, toutes ces convictions que nous nous som­mes fabriquées à niveau et à échelle humaine comme les pharisiens faisaient avec la Loi, la déchirure, iné­vitablement, s'aggravera entre notre cœur et ce mes­sage de l'évangile. Il y aura discordance, il y aura une faille et donc finalement malaise et sans nous en ren­dre compte, nous nous éloignerons de l'évangile et nous serons déchirés par cette situation.

Jésus ré-interprète donc toute la Loi et Il la ré-interprète en fonction de sa présence. Du moment qu'Il est présent, qu'Il est l'Époux, le jeûne n'a plus de signification le jeûne signifiera quelque chose quand le Christ sera enlevé à ses disciples pendant le temps de l'absence, pendant le temps de sa Passion, de sa mort, de son ensevelissement et pendant ce temps de l'absence qui est le temps de l'Église où notre cœur est tourné vers l'attente impatiente de son retour. Alors, oui, on peut jeûner, non pas pour observer une loi, mais parce que dans la réalité, la vérité de notre cœur, nous manque le Bien-Aimé, parce que nous sommes avides de son retour, parce que nous avons hâte de retrouver sa présence. Alors oui le jeûne est l'expres­sion de la vérité de notre cœur.

Et de la même manière, le sabbat, l'obser­vance d'un jour de repos pour le Seigneur que nous avons transposé du samedi au dimanche, n'a de sens qu'en faveur de l'homme dit Jésus : "Le sabbat est fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat !" L'homme n'est pas fait pour la Loi. La Loi est faite pour manifester la profondeur du cœur de l'homme, pour conduire ce cœur à la vérité qui le libère. Il ne s'agit pas d'ajouter observances sur observances, chaî­nes sur chaînes, un esclavage à un autre esclavage, il s'agit de révéler le sens profond de notre vie, de notre cœur. C'est le Fils de l'Homme qui est le maître du sabbat. Le sabbat est fait pour que l'homme se repose dans la paix de Dieu, pour que l'homme puisse contempler le visage de Dieu et non pour s'en tenir à la lettre.

Tout ceci nous manifeste le renouvellement que le Christ est venu apporter et qui consiste à dé­passer la lettre des lois et des observances pour en pénétrer l'esprit, la signification. Comme les phari­siens, nous avons un peu l'habitude d'un certain nom­bre d'observances que souvent nous accomplissons sans leur donner tout à fait leur vrai sens, sans aller jusqu'au bout de leur signification. Nous avons un certain nombre d'idées toutes faites, un certain nom­bre de pratiques habituelles, un certain nombre de réactions qui viennent naturellement. Il faut que tout cela soit repensé à la lumière de l'évangile, il faut que tout ce qui nous semble aller de soi soit ré-éclairé par la présence du Christ sans quoi nous sommes sim­plement en train de faire comme tout le monde ou comme on a toujours fait, ou de faire ce que nous avons fait depuis notre naissance. Et ceci n'est pas une raison suffisante pour l'accomplir et surtout pour l'im­poser aux autres. Il faut que nous donnions sens à nos gestes, à nos actes, à nos gestes religieux, à nos habi­tudes de prière, à notre présence ici, il faut que tout cela soit sans cesse revivifié, renouvelé, car le Christ veut que tous nos gestes, toutes nos pensées, toutes nos paroles, toutes nos actions aient un sens et c'est Lui qui Lui qui donne ce sens.

Alors, ouvrons sans cesse notre cœur au mystère du Christ pour ne pas agir comme des auto­mates, mais pour que, vraiment, nous donnions une plénitude à tout ce que nous faisons, à tout ce que nous disons et a tout ce que nous pensons.

 

 

AMEN