DOUBLE VOCATION

1 S 14, 24-30 ; Mc 3, 1-12

(30 janvier 1990)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

ans la tradition biblique, la vocation de l'homme est double. Elle est d'être un souve­rain, un roi, et ceci fait écho à l'ordre du Seigneur dans la Genèse : "Soumettez la terre et gou­vernez-la !" et elle est d'être à l'image de Dieu, autre ordre de la Genèse : "Homme et femme Il les créa, à son image Il les créa !" La vocation de l'homme en ce monde est de retrouver cette royauté perdue, cette souveraineté sur le mal et sur l'univers. Et cette sou­veraineté s'articule à l'autre vocation, l'autre versant qui est d'être l'image de Dieu.

Cette double vocation se dessine tout au long de l'Ancien Testament et il n'est pas facile de conti­nuer à l'affirmer, c'est pour cela que les livres sapien­tiaux tenteront, tout en continuant à l'affirmer, de ré­pondra au problème du mal, soit avec un certain sou­pir dans la voix comme Qohélet, soit plutôt avec une interrogation sur l'immortalité comme le livre de la Sagesse, soit en tentant d'en rassembler dans tous les Proverbes ce qui pourrait, malgré tout, conduire l'homme à être fidèle à cette vocation.

Le texte de ce jour répond à la rénovation de cette double vocation. Si le Christ monte sur la mon­tagne et choisit douze apôtres pour être ses compa­gnons, c'est bien afin que quelques hommes commen­cent à être de ceux qui vont lui ressembler, ceux qui, comme Lui, vont prêcher la bonne nouvelle. Quand on prêche la bonne nouvelle, on ne peut que s'identi­fier à elle, et donc redevenir l'image première de l'homme conforme à la création, conforme au dessein de Dieu. Les compagnons sont forcément ceux qui vont retrouver dans le chemin de leur cœur et de la prédication l'image perdue de l'homme conforme à Dieu.

Et si Jésus donne aux apôtres le pouvoir de soumettre les démons, c'est afin qu'ils redeviennent souverains, rois, ainsi que l'antique tradition ou le dessein de Dieu l'avait prévu. Ce texte a simplement l'apparence d'une institution, d'une poursuite de l'acti­vité de prédication de Jésus, fils de Joseph. C'est un premier élément de lecture de ce texte. Mais il cache un autre sens, comme toujours, autre sens qui vient répondre d'une façon plus profonde à la grande ligne de l'Ancien Testament qui continue à affirmer vaille que vaille cette double vocation. Ainsi lorsque le Christ rassemble les douze sur la montagne pour faire des souverains et des rois, c'est bien pour nous dire que l'image perdue se retrouve déjà comme un pre­mier reflet dans les apôtres, pour que nous soyons, nous aussi, un peu touchés par cet éclat et conduits dans notre vie, à retrouver cette double vocation.

Retrouvons le chemin qui veut faire de nous un roi et un souverain. Il y a en nous, grâce à la pré­sence de l'Esprit, un homme capable de dominer le mal et le monde pour devenir à l'image de Dieu. Ai­guisons en nous ce désir d'être à l'image de Dieu, d'être puissant de la toute-puissance de Dieu afin que le Christ continue en nous l'œuvre qu'Il a commencée.

 

AMEN