VISION CHRÉTIENNE DE LA GÉNÉALOGIE
Gn 5, 15-24 ; Mc 4, 1-20
(2 février 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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rères et sœurs, en écoutant la lecture de la Genèse tout à l'heure, vous vous souvenez, c'est ce passage de la Généalogie. D'ailleurs, quand on dit aux gens de lire la Bible, ils répondent : jusqu'au chapitre trois, ça va, la création le péché originel, cela fait partie des choses connues, mais généralement, à partir du quatrième chapitre, les généalogies calent ! C'est tellement ennuyeux que les bonnes résolutions de la lecture de la Bible s'arrêtent là.
Il ne faudrait pas s'arrêter là, car vous allez voir que ce passage est important et très intéressant. De quoi est-il question ? Il est question de généalogie, et habituellement, les généalogies, sauf pour les fanas de faire des grands tableaux pour retrouver ses ancêtres jusqu'au seizième siècle, en général, la généalogie est un sport très ennuyeux, on y retrouve quelque quartier de noblesse de temps en temps, mais c'est quand même cher payé. Or, ici, la généalogie n'est pas tout à fait pour rien, elle a même un but théologique assez précis. Que veut-on dire ? Le rythme de l'histoire, c'est le rythme des générations. Il faut bien comprendre que c'est une vision assez différente de la nôtre. Nous aujourd'hui, lorsque nous pensons l'histoire de l'humanité, nous disons, le dix-septième siècle, le dix-neuvième, le Moyen-Age, la Renaissance, etc … Mais nous ne nous rendons pas compte que nous traitons l'histoire en gros. Or, les anciens traitaient l'histoire en détail. Pour les anciens, l'histoire, c'était être fils de quelqu'un qui lui-même était fils de quelqu'un … c'était le rythme même de la vie familiale au fil de l'enchaînement des générations qui était la marque même de l'histoire. Qu'est-ce que c'est qu'être dans l'histoire ? c'est avoir été engendré et engendrer, c'est avoir reçu la vie et donner la vie. C'est une vision de l'histoire extrêmement belle. Ce n'est pas une vision de l'histoire dans laquelle on fait des statistiques : augmentation de population, ou diminution de population à cause des guerres napoléoniennes ou à cause du froid ou de la famine. Eux, ils n'ont pas idée de cela, au contraire, ils ont même une très mauvaise idée du recensement, car lorsque David veut faire un recensement, Dieu punit le peuple à cause du fait que David a voulu dominer par les chiffres l'identité de son peuple.
Là, c'est tout le contraire, car en réalité, chaque être est personnel, chaque être rentre dans l'histoire par l'amour d'un homme et d'une femme, et chaque être quand il est dans l'histoire est chargé de transmettre l'héritage de l'humanité à la génération suivante en donnant des enfants. C'est donc une vision apparemment très primaire, presque simpliste et pourtant, c'est la vraie vision car même si les historiens (Dieu ait leur âme), ont toujours des grandes idées sur les mouvements de la culture, les grands mouvements historiques, les grands changements, cela n'empêche que ce qui reste envers et contre tout, c'est le fait que l'histoire c'est le cheminement, le passage du flambeau de l'humanité, de la vie, de l'image de Dieu et de Jésus de génération en génération. J'y pensais l'autre jour à la fin de la messe de dix heures trente lorsque le représentant de l'Ordre de Malte disait que la première chose que l'Ordre de Malte a fait à Haïti, lorsqu'il a pu remettre en piste son hôpital, c'était de faire une maternité. C'est une intuition très chrétienne. Au moment même où il y a la mort, nous, nous retenons ce tremblement de terre comme une coupure dans l'histoire de la ville de Port-au-Prince. En réalité, la vraie manière de voir les choses, c'est de voir les enfants qui naissent, immédiatement après ce séisme, et l'histoire peut continuer.
Frères et sœurs, c'est vrai, en lisant ces textes qui ne sont pas très drôles, qu'un tel a vécu jusqu'à trois cent soixante-cinq ans, et une autre, quatre cents, ans, cela n'a aucun intérêt, c'est là uniquement pour nous montrer qu'au fur et à mesure qu'on s'éloigne des origines, la force vitale est de moins en moins forte et vigoureuse. Il faudra attendre le renouveau du Christ pour nous rendre la vie éternelle à laquelle nous étions destinés. C'est une manière très pédagogique de montrer comment concevoir l'histoire du monde, une sorte d'affaissement de la vitalité et de l'image de Dieu dans le cœur de l'homme qui un jour sera régénérée. C'est intéressant, car simplement dans cette espèce de décadence de la vie, premièrement l'image de Dieu reste, et deuxièmement elle est faite pour être redynamisée, revitalisée de l'intérieur. C'est déjà toute la perspective chrétienne qui est ici évoquée.
Frères et sœurs, que nous sachions avoir un regard profond sur l'histoire. C'est vrai que si chacun d'entre nous est acteur de l'histoire c'est parce qu'il est inscrit dans cette transmission de la vie, dans ce tissu humain qui petit à petit et la création du Royaume auquel nous sommes tous appelés.
AMEN