LE JEÛNE ET LE SABBAT

2 Co 5, 14-18 ; Mc 2, 18-28

Mardi de la quatrième semaine de l'Épiphanie – C

(31 janvier 1989)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

D

ans cette page d'évangile, nous avons plu­sieurs thèmes : celui du jeûne, celui des épis arrachés et plusieurs paroles du Christ à ce propos. Tout cela va dans le même sens qui est celui d'un renouvellement : "Si le vin est nouveau, il faut que les outres soient neuves !""On ne met pas une pièce neuve sur un vieux vêtement." Jésus veut dire par là qu'Il apporte un renouvellement, une restaura­tion, une remise à neuf du cœur de l'homme. Et c'est parce que tout, dans l'évangile, doit être renouvelé que la question du jeûne comme celle du Sabbat doi­vent prendre un sens nouveau ou plus exactement être jugés à partir de leur signification la plus profonde.

Pour les pharisiens contemporains de Jésus, le sabbat était devenu une institution tellement sacrée que rien ne l'emportait sur lui et que, à plusieurs repri­ses, Jésus était obligé de s'affronter à eux car on ne lui permettait pas de guérir un malade un jour de sabbat. Jésus rappelle que le sabbat est fait pour la sanctifica­tion de Dieu et que cette sanctification de Dieu passe par la sainteté de l'homme, par la vie de l'homme, par sa résurrection et non pas seulement par l'observance légale d'un détail. Ce n'est pas en s'abstenant de faire ceci ou cela, en omettant telle œuvre dite servile que l'on glorifie Dieu mais d'abord en étant nous-mêmes rayonnants de la sainteté de Dieu. C'est pourquoi Jé­sus peut dire : "Le sabbat est fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat", les institutions, les rites, les observances, les lois sont faites pour l'épanouissement vrai, surnaturel, de sainteté de l'homme et non pas pour que l'homme soit asservi à l'observance méticu­leuse de toutes ces prescriptions. Il en va de même du jeûne. On ne jeûne pas pour se priver de nourriture, on ne jeûne pas pour observer tel ou tel jour de la semaine, on jeûne en signe de deuil. Et le deuil c'est le péché, c'est l'éloignement de Dieu, c'est le fait que l'homme se trouve seul, séparé de la vie, abandonné ou ayant l'impression de l'être. Et si Dieu vient nous sauver, si Dieu vient à notre rencontre, si Dieu vient nous prendre dans son amour, alors il n'y a plus lieu de jeûner parce qu'il n'y a plus de deuil, il n'y a plus de tristesse, il n'y a plus de péché, nous sommes sau­vés.

Par conséquent, si le Sauveur est là, près de nous, comment pourrions-nous manifester deuil et tristesse ? Et Jésus dit : "viendra un jour (celui de la Pâque où le Sauveur Lui-même entrera dans la mort, dans la souffrance, la passion et la déréliction) où ses disciples jeûneront en signe de deuil car l'Époux leur sera enlevé" pour se réjouir à nouveau et cesser de jeûner quand Il ressuscitera. Il faut donc, et c'est cela que Jésus nous demande, donner à tous nos gestes religieux leur vraie signification. Que nous ne les fassions pas seulement par routine, par habitude, par tradition, par coutume, par obligation ou simplement parce que "ça se fait comme ca", parce que tout le monde fait ainsi. Il faut donner à chacun de nos gestes leur pleine signification. C'est seulement à ce prix-là qu'ils rendent gloire à Dieu.

Et bien souvent l'habitude est telle que nous finissons par prier du bout des lèvres, peut-être même par venir communier sans penser au Seigneur que nous recevons. Il faut donc sans cesse demander à Dieu de nous renouveler, de faire de nous "des outres neuves" pour pouvoir recevoir ce "vin nouveau" sous peine d'éclater sous la force et la pression de ce vin qui fermente dans son dynamisme et sa vitalité.

Il faut que nous soyons sans cesse renouvelés, renouvelés par un sens toujours plus approfondi de nos gestes, de nos pensées, de notre vie de nos attitu­des. Que tout cela soit constamment remis en relation immédiate et étroite avec le Christ et son mystère pour que nous ne soyons pas des pantins, des auto­mates, mais que, véritablement, dans notre liberté, nous nous ouvrirons, nous nous tournions vers le Sei­gneur pour lui rendre gloire et recevoir sa grâce.

 

 

AMEN