GUÉRISON ET PARDON

He 2, 14-18 ; Mc 2, 1-13

(27 janvier 1987)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous voyons aujourd'hui qu'à propos de la guérison de ce paralytique Jésus se sert de cette guérison comme un signe visible du pouvoir qu'Il a de guérir les cœurs, et de remettre les péchés. Il est plus facile de dire "Tes péchés sont re­mis !" parce que cela peut être une parole en l'air, que de dire d'une manière efficace et avec une suite visi­ble "Lève-toi et marche !" à quelqu'un qui est para­lysé. Pourtant la guérison du cœur est un mystère et un miracle infiniment plus profond que la guérison du corps, car purifier de ses péchés le cœur d'un homme, ouvrir un cœur à l'amour est une chose bien plus pro­fonde bien plus grave, bien plus importante que d'ou­vrir simplement un corps à la santé. C'est pourquoi Jésus se sert du miracle de la guérison du corps pour amener ses auditeurs à entrer dans le mystère de la guérison du cœur, la guérison du péché.

Pourtant, à ce niveau de la révélation évangé­lique, nous ne sommes qu'au deuxième chapitre de l'évangile de saint Marc, Jésus, s'Il revendique le pouvoir divin de pardonner les péchés, ne nous dit pas encore comment Il compte pardonner les péchés, comment Il va exercer ce pouvoir divin du pardon. Dans le texte que nous venons de lire Jésus affirme simplement au paralytique : "Tes péchés sont pardon­nés !" Il revendique donc ce pouvoir qui est celui de Dieu. Mais comment va-t-il pardonner les péchés ? C'est ici que le rapprochement avec cet admirable texte de l'épître aux hébreux nous éclaire car l'épître aux hébreux médite non pas seulement sur la guérison du paralytique, non pas seulement sur es paroles de Jésus à ce paralytique, mais sur tout le mystère de l'évangile qui, pas à pas, nous a révélé comment le Christ pardonne les péchés.

Comment pardonne-t-Il les péchés ? Parce qu'en souffrant l'épreuve Il est devenu capable de venir en aide à ceux qui sont éprouvés. Le Christ ne nous a pas pardonné les péchés de l'extérieur, Il ne nous a pas pardonné les péchés comme un simple effet de sa puissance divine, par une application bien­veillante de sa sainteté, mais le Christ nous a par­donné nos péchés en prenant sur Lui notre épreuve, en prenant sur Lui notre faiblesse, notre pauvreté et notre mort. Car, l'épître aux Hébreux le dit aussi, "pour affranchir ceux qui étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort, Il a, par sa mort, réduit à l'impuissance celui qui avait la puissance de faire mourir " c'est-à-dire le diable. Le diable est celui qui a le pouvoir de la mort, de la mort corporelle et de la mort du cœur qu'est le péché. Le diable a été vaincu par le Christ, non pas par un déploiement de sa puis­sance, mais quand le Christ Lui-même est mort. Le Christ a choisi de prendre sur Lui l'épreuve de l'homme, de prendre sur Lui la souffrance de l'homme, de prendre sur Lui la mort de l'homme et le péché de l'homme, afin de pouvoir vaincre, sur son propre terrain, "celui qui avait la puissance de la mort" celui qui avait la puissance du péché c'est-à-dire le diable.

"Il s'est fait, en tout, semblable à ses frères, afin de devenir pour eux un grand-prêtre" c'est-à-dire de devenir pour eux comme un chef de file. Le Christ ne nous a pas regardés de loin, Il ne s'est pas penché sur nous "du haut des cieux", le Christ a pris notre humanité. Il a partagé avec nous la chair et le sang, Il a voulu être faible, fragile, mortel comme nous, pour pouvoir, de l'intérieur, être vainqueur de notre fai­blesse, de notre fragilité, de notre souffrance, de notre péché et de notre mort.

C'est en ceci que nous devenons ses frères. Nous devenons ses frères parce qu'Il s'est fait notre frère. Parce qu'Il a voulu prendre sur Lui tout ce qui était à nous, Il peut nous donner tout ce qui est à Lui. S'étant fait en tout semblable à nous, ayant fait de Lui-même le frère des hommes, Il fait des hommes ses frères, et par conséquent les fils de Dieu, et par conséquent les participants à la lumière, à la sainteté, à la gloire et au bonheur. C'est ainsi que le Christ a voulu nous délivrer.

Vous le voyez, ce n'est pas par une opération de puissance, ce n'est pas par une opération exté­rieure, mais c'est en venant au cœur de notre cœur, en portant son amour au plus profond de notre cœur de pierre, en voulant transformer ce que nous sommes par sa tendresse et sa douceur, en nous apprenant, par sa douceur, à être doux et humbles de cœur comme Lui, c'est en cela que le Christ nous a sauvés.

Que cette guérison du paralytique, que ces paroles de Jésus "Tes péchés te sont remis !", ces paroles que nous entendons nous aussi quand nous venons au sacrement de pénitence, ces paroles dont nous avons besoin, que ces paroles nous fassent entrer dans ce mystère de la tendresse de Jésus, d'un pardon qui ne nous est pas octroyé mais qui est déposé avec une infinie délicatesse au cœur même de notre cœur par Celui qui a voulu tout partager avec nous.

 

AMEN