LE PARALYTIQUE DESCENDU PAR LE TOIT
Gn 29, 15-30 ; Mc 2, 1-13
(31 janvier 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Capharnaüm : Fouilles - maisons anciennes
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ans cette page bien connue de la guérison du paralytique, Jésus manifeste le lien étroit qu'il y a entre la santé du corps et celle du cœur, puisque la guérison de cet homme est le signe et la manifestation extérieure de la guérison de son cœur, du pardon de ses péchés Je voudrais relever deux points qui sont particuliers à la présentation que saint Marc nous donne de ce miracle.
Le premier point c'est la foi extraordinaire de ces hommes qui viennent apporter ce paralytique aux pieds de Jésus, puisque, ne pouvant pas atteindre Jésus de façon normale en raison de la foule qui est là, ils n'hésitent pas à défaire le toit de la maison, à creuser un trou dans ce toit pour pouvoir parvenir jusqu'à Jésus. C'est d'ailleurs devant cet acte de foi si persévérant et si imaginatif que Jésus est pris d'admiration et qu'Il pardonne les péchés puis guérit le paralytique.
Le deuxième point, plus important au point de vue de notre foi, c'est que le pardon des péchés est évidemment conditionné par la foi. Mais c'est en "voyant la foi de ces hommes que Jésus dit au paralytique : "Tes péchés te sont remis !" Cela veut dire que le miracle est fait, non pas en raison de la foi de celui qui est l'objet du miracle mais de ceux qui l'ont conduit jusque-là, c'est-à-dire de ces quatre hommes qui portaient leur frère devant Jésus. Cela veut dire que la foi qui habitait leur cœur a permis, non seulement la guérison, mais encore même le pardon des péchés de celui qu'ils portaient sur son grabat vers le Seigneur Jésus. Je crois qu'il y a là quelque chose de très profond qui nous invite à méditer, une fois encore, sur l'amplitude de la communion des saints.
Nous ne sommes pas devant Dieu, devant le Seigneur Jésus, des êtres isolés et ce n'est pas "chacun pour soi et Dieu pour tous". Nous sommes chacun responsable et porteur dans le plus profond de notre vie, dans notre foi, de tous nos frères, puisque non seulement nous pouvons prier pour eux, mais encore nous pouvons croire et aimer avec assez de force dans notre cœur, pour obtenir du Seigneur pour ceux que nous aimons et pour qui nous prions, pour obtenir par cet acte de foi qui est dans notre cœur, leur salut, le salut de leur corps et celui de leur âme. La puissance de l'intercession, la puissance de cette communion des cœurs est immense. Et si nos frères ne sont pas pardonnés, si nos frères ne sont pas guéris dans leurs cœur, si nos frères ne rencontrent pas le Seigneur Jésus, c'est peut-être que nous ne savons pas les aimer suffisamment, que nous ne savons pas croire avec une suffisante intensité pour les conduire jusqu'aux pieds du Seigneur et pour, par la force de notre foi, obtenir leur guérison, obtenir le pardon de leurs péchés.
Je crois qu'il y a là quelque chose de très important dont nous devrions être constamment convaincus et qui devrait remplir tous les instants de notre vie. Nous portons, en nous, dans nos actes d'amour et de foi, le destin de tous ceux qui nous entourent, de nos proches et peut-être aussi de nos moins proches. Ce n'est pas seulement pour ceux que nous connaissons et que nous aimons que nous devons intercéder mais nous devons porter devant le Seigneur l'intention de tous ces frères inconnus, proches ou lointains qui ont besoin de notre amour, qui ont besoin de notre prière, pour rencontrer le Seigneur, pour que cet amour, cette foi, vienne en compensation, en surcroît pour ceux qui manquent d'amour ou qui manquent de foi ou de conversion dans leur cœur. La prière pour les frères est d'une très grande efficacité. Saint Augustin disait qu'au fond, nous ne devrions prier que pour les autres, laissant aux autres le soin de prier pour nous-même, car nous sommes toujours assez mauvais juges et nous sommes mal placés pour intercéder pour nous, tandis que si nous prions pour nos frères, et surtout pour ces frères que nous ne connaissons pas mais qui quelque part dans le monde ont besoin de cette prière-là, notre amour est véritablement gratuit et par conséquent il touche directement le cœur de Dieu.
Que ceci soit pour nous une raison fondamentale de prier sans cesse car il y a tant et tant de nos frères qui ont besoin de cette prière, besoin de cette foi, besoin de la gratuité de cet amour. La tâche est immense et nous ne devrions jamais laisser retomber nos bras, mais sans cesse et davantage intercéder auprès du Seigneur.
AMEN