LA ROYAUTÉ, DANGER D'IDOLÂTRIE
1 S 12, 16-25 ; Mc 3, 1-12
Lundi de la quatrième semaine de l'Épiphanie – B
(30 janvier 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Pouvoir absolu ?
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rères et sœurs, nous arrivons à la conclusion d'une partie du livre de Samuel, de ce livre qui élabore pour la première fois une sorte de conception politique de la vie d'Israël. Cela ne se termine pas très bien. En effet, Saül a été oint par Samuel contre le gré du prophète, il avait demandé à Dieu d'essayer d'éviter cette désignation, mais rien n'y avait fait ! Ce choix de Saül comme roi a été fait par Samuel qui l'a oint en cachette, c'est une onction secrète. Saül qui n'est pas tout à fait capable de diriger son peuple a quand même emporté une victoire en contraignant le peuple à venir délivrer les gens qui demandaient son secours. Les deux éléments constitutifs de l'identité royale, l'onction qui signifie le choix de Dieu et la ratification par l'acclamation populaire confirment le choix du roi.
Samuel va donc se retirer de sa fonction de guide du peuple, puisqu'il y a un roi, une structure institutionnelle. C'est un véritable traité de théologie politique, c'est une réflexion sur la façon dont naissent les institutions politiques. La royauté n'est pas tombée du ciel sur le peuple d'Israël. Samuel leur fait donc son discours d'adieu, et les israélites ne semblent pas trop entendre le message. C'est là que se situe l'épisode de ce jour, le tonnerre et la pluie sur les moissons. Or, généralement, il n'y a pas d'orage au temps de la moisson qui se situe vers le mois de mai. Ce sera donc considéré comme un châtiment, les moissons vont pourrir sur pied et il n'y aura pas de réserve de blé. Mais par bonheur, cela ne provoque pas de famine.
Le peuple craint l'orage et supplie Samuel de faire cesser la pluie, et Samuel les rassure : vous avez commis tout ce mal, et ajouté le sommet du mal, en choisissant un roi, mais cependant, ne craignez pas. La royauté sera une institution durable, mais "ne vous écartez pas du Seigneur, servez-le de tout votre cœur car ce serait suivre le vide ce qui ne sert de rien et ne peut délivrer car les idoles sont du vide".
Cette réflexion mérite qu'on s'y arrête un instant. Samuel montre que l'idolâtrie peut venir du pouvoir. Jusqu'ici le peuple vivait en appartenant à Dieu et à lui seul. Il n'écoutait que sa Parole. Il n'obéissait qu'aux injonctions des prophètes. Il ne reconnaissait que l'Arche et la relation qu'il avait avec Dieu. Samuel éclaire le problème qui a été un vrai problème dans les monarchies anciennes, c'est-à-dire qu'à certains moments, la voix du roi n'est pas la voix de Dieu. C'est une des premières grandes énigmes de la vie politique des sociétés anciennes. Le roi a beau dire et beau faire, il a beau insister sur le fait qu'il est la voix de la sagesse divine, qu'il transmet les ordres de Dieu, il a tout intérêt à leur dire cela. Mais Samuel les met en garde contre cette tentation de l'idolâtrie. Avant même les idoles en métal fondu il y a une idolâtrie possible, c'est le roi qui sera une tentation permanente de considérer ce roi comme un pouvoir auquel vous devez vous soumettre. Les israélites ont un roi, mais ils doivent garder leur liberté pour Dieu.
C'est pour cela que ce texte est si important. Il s'agit d'une vraie réflexion sur le pouvoir politique. Est-ce que ce pouvoir sous prétexte qu'il est royal, sous prétexte que le roi a reçu l'onction du Seigneur, que c'est lui qui va être le chef de guerre, est-ce que le roi doit jouir d'une obéissance de ses sujets aussi radicale que Dieu ? Non, car si on commençait cela, ce serait de l'idolâtrie.
Frères et sœurs, aujourd'hui si la politique est démystifiée, c'est sans doute parce que la tradition judéo-chrétienne l'a dit la première. Le pouvoir ne peut en aucune façon être une instance d'obéissance absolue et la liberté de l'individu estt plus grande que toutes les formes de pouvoir. Ce qui a répercuté de la façon la plus radicale cette parole de Samuel au moment où il voit que Saül devient roi, c'est quand Jésus a dit : "Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César". Dans tous ces cas-là, c'est une tradition rigoureuse, il faut une structure politique, mais ce qu'il faut bien faire, et c'est ce que le christianisme a introduit, c'est la distinction entre le pouvoir politique et le pouvoir spirituel. Nous en avons là les racines, 1050 ans avant Jésus-Christ.
AMEN