CHARITÉ N’A PAS D’HEURE
Gn 42, 29-34+36 et 43, 1-2+8 ; Mc 3, 1-12
(30 janvier 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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I |
l y a dans ce passage d’évangile de la guérison de l’homme à la main desséchée une très grande intensité, une véritable intensité dramatique, car peut-être n’en avez-vous pas eu conscience, mais, les passages d’évangile où l’on nous décrit un sentiment de Jésus sont finalement plutôt rares. Dans celui-ci, il nous est dit que Jésus promène sur ceux qui sont là, un regard de colère. Nous sommes loin d’une image de Jésus-Christ qui serait une image d’Épinal, une image saint-sulpicienne, d’un homme au regard bleu, un peu perdu dans le vague et très doux. Ici on a à faire à un homme qui est rempli de sa mission. Car il s’agit bien pour le Christ d’aller directement au but. Nous sommes au début de l’annonce du Royaume, et ce royaume s’annonce avec ses multiples guérisons. Il y a deux courants qui se dessinent. Le courant qui fait que Jésus est reconnu, Il est même reconnu et confessé par les démons : "Tu es le Fils de Dieu". Mais Il est reconnu aussi et d’abord peut-être par les hommes qui le suivent, qui viennent de tous les pays, de toutes les contrées. C’est cet universalisme qui fait que chaque homme peut se reconnaître comme étant aimé et sauvé par le Christ.
Et puis, il y a un second courant : ceux-là même qui devraient dire, reconnaître ou annoncer, les prêtres, les docteurs, celui qui vient et qui est au milieu de nous. Et c’est sur eux que Jésus promène son regard de colère. Regard de colère pour quelle raison ? Parce qu’ils travestissent la vérité. Ils l’ont mis à leur échelle, ils l’ont interprétée et arrangée selon les normes, les critères, les règles qui leur conviennent. Jésus les met au cœur même du discernement de ce qui peut être vrai : la vérité ne va pas sans le bien, comme d’ailleurs sans la beauté. Et Jésus leur dit : "Est-il une réalité qui puisse empêcher de faire du bien plutôt que du mal, de donner la vie plutôt que de tuer ?" Certes, le sabbat a été institué par Dieu, mais qu’est-ce qui est au-dessus du sabbat ? Dieu lui-même. Or, Dieu est bon, Dieu est le bien, Dieu est la vérité, et Dieu est beau. Est-il permis de faire du bien plutôt que du mal ? La réponse aurait dû être évidente : bien sûr, il vaut mieux faire du bien que du mal. Autrement dit, aucune règle, aucune loi, aucune norme ne peut aller contre le fait d’être appelé chacun personnellement à faire du bien. Il n’y a rien qui puisse nous empêcher de faire du bien. Même pas le faux prétexte de dire que telle ou telle chose, une loi de Dieu est un obstacle, parce que Dieu est le bien par lui-même. Ainsi, lorsque Jésus promène son regard de colère sur ces hommes, Il leur montre jusqu’à quel point l’esprit humain peut être torve et pervers pour détourner la loi contre le bien, en prétextant que cette loi est une loi divine. D’ailleurs, ils se réunissent avec les hérodiens pour perdre Jésus.
Cela devrait nous poser à nous-mêmes un certain nombre de questions pour notre vie spirituelle, comme pour notre vie ecclésiale. On se demande parfois, est-ce que je fais bien, est-ce que je fais mal, est-ce que je dois faire ceci ou cela ? Est-ce que la situation dans laquelle je vis, est-ce que la loi, la règle, la norme, dit, m’empêche ou fait … Qu’a-t-on besoin ? Si l’on sait que nous devons faire le bien et que comme disait saint Vincent de Paul : charité n’a pas d’heure, alors, nous avons tout le temps, toutes les règles, toutes les réponses, puisque nous savons qu’il faut faire plutôt le bien que le mal.
AMEN