LES IDÉES DE DIEU NE SONT PAS NOS IDÉES !

2 S 15, 13-23 ; Mc 3, 20-35

(27 janvier 2003)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous sommes au début de l'évangile de Marc. Faisons comme si nous n'en savions rien de Jésus et que nous apprenions et découvrions sa personnalité, le portrait qu'en fait l'évangéliste Marc. D'ailleurs, tout l'évangile est marqué par cette forme d'autorité, cette volonté qu'a Jésus de ne pas se laisser récupérer, comme si sans arrêt, Il se détachait d'une idée préconçue que les autres pouvaient avoir de Lui, de l'idée par exemple de sa famille immédiate, qui a une idée, qui a toujours une idée sur ce qu'on devrait être avec eux, et qui n'est pas forcément la vérité de ce que nous sommes. Ses frères, ses sœurs, tous ses cousins, et cette famille qui entourent Jésus le trouvent comme ayant perdu le sens, Il n'est pas comme eux, Il tranche.

Et la "violence" de Jésus qui est très flagrante dans l'évangile de Marc vient du fait qu'il n'est pas complice de nos habitudes, de nos idées, de celles surtout qui sont construites avant, comme des idées de sécurité. Il vient transformer de l'intérieur, modifier, inventer des nouveaux rapports : "Qui sont mes frères et ma mère ?" Ce sont ceux qui sont autour de Lui et qui accomplissent la volonté du Père. C'est une sorte de redistribution nouvelle. Difficile dans ce cas-là de ne pas comprendre qu'Il va susciter autour de Lui une sorte de procès qui commence, Il va Lui-même pro­voquer de quoi le rejeter.

L'évangile pour nous aujourd'hui, est dans la manière de la recevoir. Soit nous ne voyons qu'une sorte de continuité, un arrangement des choses entre les hommes, et il est quelque part aussi, une demande et une alliance entre les hommes et Dieu. Mais il n'est pas que cela. Il est aussi une volonté de vérité qui peut passer par une rupture, par une séparation, par une mise à mort de ces relations qui au fond enfermaient dans le mensonge, tous les êtres entre eux. L'évangile de cette famille qui vient chercher Jésus et qui trouve qu'il a perdu le sens, pour le ramener à "leur" raison, et non pas à "la" raison, au milieu, il y a ce passage très difficile, très délicat sur le péché contre l'Esprit. "Péché et blasphème, dit Jésus, tout sera pardonné, autant que vous en aurez proféré". Par contre, le pé­ché contre l'Esprit, Dieu ne peut rien contre lui. Ce péché est peut-être quand nous confondons Dieu et Satan, Dieu et le diviseur et que nous prenons dans ses intentions de Dieu de quoi abîmer les hommes. Quand nous prenons pas exemple ces intentions de Dieu qui sont des désirs de vérité de Dieu pour nous, comme une division entre nous. Comme s'il y avait une confusion, un amalgame que Dieu ne peut pas supporter, parce que c'est la confusion totale de le prendre pour celui qui ne veut pas le bien des hommes et qui ne veut pas leur salut. Et l'intention, et parfois, dans les gestes de Dieu, nous pouvons croire ou avoir l'illusion que Dieu nous oppose les uns aux autres.

Il faut donc discerner en Dieu l'intention di­vine, l'intention de salut qui peut passer par un certain nombre de ruptures et de révolutions de nos habitu­des. Dieu ne veut pas que nous nous laissions enfer­mer dans les idées que nous avons de nous, des autres ou de Dieu, mais Il veut que nous écoutions et le dé­couvrions dans sa lumière toujours imprévisible.

 

 

AMEN