MALADIE ET PÉCHÉ
2 Co 5, 6-10 ; Mc 2, 1-13
Lundi de la quatrième semaine de l'Épiphanie – C
(30 janvier 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
|
D |
ans le texte de ce jour, il y a une articulation importante entre la maladie et le péché. Problème délicat que Jésus semble résoudre sans vraiment le résoudre.
Jésus parle à ce malade, ce n'est pour rien dans sa maladie, comme à un enfant. "Mon enfant, tes péchés sont remis !" La relation que Jésus établit avec celui qui est malade est une relation de père à fils. Lui Dieu, Il parle à cet homme comme à un enfant. Et pourtant Il lui parle de ses péchés. A ce malade qui a fait tant d'efforts pour demander de le porter en présence de Jésus, à tel point qu'on a ouvert le toit et descendu le grabat sur lequel il gisait, il a fallu beaucoup de foi de la part de cet homme pour insister auprès de ceux qui sont vaillants pour qu'on le porte ainsi, à ce malade, Jésus parle de ses péchés. C'est un fait qu'il y a un rapport, mystérieux mais presque un abîme, entre la maladie et les péchés de tous les hommes ou le péché du début de l'humanité. Il y a un rapport net entre nos péchés de chaque jour, le péché dont nous héritons, cette fameuse faute du début du monde, dont nous nous faisons nous-mêmes un peu l'écho chaque jour et la maladie qui règne dans l'ordre de la nature.
Dans sa façon de parler, Jésus ouvre très large le spectre de sa mission. Il ne se borne pas simplement à prendre en compte le désir de l'homme, comme pour le lépreux qui lui disait : "Si tu le veux..." et à qui Jésus répondait: "Je le veux, sois guéri !" L'évangile élargit davantage pour montrer la puissance même de Dieu dans cet homme Jésus. On va passer une guérison plus large où il est question de péché, du mal. Le pauvre paralytique n'est pour rien sa paralysie, mais sa paralysie est le signe du désordre, du péché radical qui est dans le monde. "Je suis venu pour vous sauver du péché." C'est pour cela que Jésus va discuter avec les scribes qui sont un peu scrupuleux et qui essaient de comprendre qui est Jésus, ce qu'il fait. Le pouvoir que manifeste Jésus leur semble un peu trop grand, trop puissant. "Tes péchés te sont remis !" leur semble un blasphème car seul Dieu peut remettre les péchés. Jésus manifeste ainsi qu'en tant que Fils de Dieu il peut non seulement sauver de la maladie mais qu'Il sauve même de ce qu'il y a derrière la maladie, qu'il sauve du péché qui enchaîne tous les hommes du monde entier.
Comme c'est souvent le cas dans saint Marc, Jésus ne dit pas directement qu'il est le Fils de Dieu, mais Il agit en tant que tel et il étend son pouvoir à ce qui est derrière la maladie, à la communion de nos péchés qui font que le monde tourne mal. Il nous faut donc avoir réellement confiance, au sens d'une relation intime entre Jésus et nous, dans cette puissance de Dieu qui, traversant ces obstacles que nous lui présentons, ces résistances que nous lui opposons, atteint la racine même de ce qui nous fait mal, de ce qui est mal dans le monde.
Demandons lui aussi de nous apprendre à prier, à être l'enfant de Dieu qui demande vraiment le salut. Et si nous ne savons pas très bien de quoi il faut nous sauver nous-même ! Prions pour ceux qui sont malades et qui ont réellement besoin de ce salut. Il est important de ne pas s'en tenir à une prière propre et personnelle mais à l'ouvrir plus largement pour le monde entier qui réclame ce salut.
Vous avez tous en tête des gens qui vivent mal leur vie pour cause de maladie ou de désespoir. Apprenons à intercéder c'est-à-dire à parler à Dieu comme un enfant pour que cette grâce que vous demandez repose et tombe sur celui qui en a besoin. Retrouvons cette relation profondément filiale car c'est dans cette relation d'enfant que Dieu déracinera en nous la source du mal, la source de tout péché et nous convertira.
AMEN