JÉSUS GUÉRIT

Gn 16, 1-16 ; Mc 1, 29-39

(27 janvier 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

A

u moment où sévissent les grippes, les rhu­mes et les maux de gorge, les éternuements, les fièvres, c'est très sympathique de se rap­peler ce tout petit passage de saint Marc qui nous raconte la première guérison de Jésus, quand Il s'est affronté à la fièvre de la belle-mère de Pierre. C'est d'ailleurs également très sympathique de voir que la première personne pour laquelle on ait intercédé au­près de Jésus était une belle-mère. C'était la preuve qu'il y avait la paix dans les ménages.

Mais, pourquoi, dans l'évangile, insiste-t-on tellement et si régulièrement sur l'activité de Jésus comme faiseur de miracles et spécialement comme faiseur de miracles de guérison ? Je crois qu'il y a là quelque chose d'extrêmement significatif et qui devait être ressenti plus spécialement par la communauté primitive. Aujourd'hui nous aurions plutôt tendance à aborder ce dossier avec une certaine prévenance due à notre incrédulité médicale. Si déjà ceux qui connais­sent la question arrivent si mal à nous soigner, alors à une époque où la médecine se faisait essentiellement par des plantes et des procédés dont le moins qu'on puisse dire quand on lit les traités de médecine de l'époque, c'est qu'ils n'étaient pas encourageants, alors pourquoi avoir attacher une telle importance à l'acti­vité guérisseuse de Jésus ? Pourquoi avoir tellement souligné l'importance des miracles de guérison ?

Je crois que c'est simplement que la commu­nauté primitive a attaché une importance toute parti­culière à ce type de miracle parce qu'il concernait la chair de l'homme et qu'un des éléments fondamentaux de la foi des chrétiens c'était la résurrection de la chair. Par conséquent, lisant à la lumière de la Résur­rection les grands signes que Jésus avait opérés avant sa mort et sa résurrection, lorsqu'Il était parmi les hommes, on ne pouvait pas ne pas être attentif à ce type précis de miracles car il constituait le signe même de la résurrection de la chair. Il manifestait que si Jésus était venu parmi les hommes c'était pour les guérir dans leur cœur, mais les guérir tout entiers jus­que dans leur chair. Et dans une époque précisément où le miracle même de la Résurrection était contesté dans les milieux juifs, il n'est pas surprenant que les disciples aient vu dans les guérisons que Jésus avait opérées, le signe même de la seigneurie qui lui était confiée sur toute chair, sur tout être dans cette dimen­sion la plus fragile de lui-même qui est sa chair, la plus mortelle, la plus vulnérable et la plus menacée.

Par conséquent, si dans les évangiles, on parle toujours des guérisons, ce n'est pas simplement pour "augmenter le crédit" du pouvoir thaumaturgique de Jésus, de son pouvoir de faire des miracles, mais en réalité c'est pour manifester que les premiers miracles, et peut-être ceux qui paraissaient aux yeux de la communauté chrétienne comme les plus importants, étaient précisément des miracles qui avaient touché la chair même de ceux qui avaient rencontré Jésus, don­nant par là l'assurance que si Jésus avait pu guérir dans la chair, Il pouvait aussi ressusciter dans la chair. De telle sorte qu'on aura une sorte de crescendo continu entre les premiers miracles et celui qui va être le signe par excellence et le lieu de la manifestation de cette activité de salut du Christ : ce sera toujours la chair de l'homme, soit la chair de ceux qui sont devant Jésus et qui souffre, soit sa propre chair lorsqu'elle sera mise à mort.

Ainsi, c'est cela que nous devons retenir dans notre cœur lorsque nous abordons les évangiles, ce ne sont pas simplement des "collections" de petits récits posés les uns à côté des autres, comme si les évangélistes s'étaient simplement contentés de glaner un certain nombre de souvenirs des membres de la communauté chrétienne dont ils faisaient partie. Mais en réalité, il y a un souci de manifester les grandes lignes continues, les grandes ossatures du ministère de Jésus. Son ministère auprès de la chair de l'homme, qui est une chair blessée, vulnérable, capable de souffrir la souffrance et la maladie, tout cela leur paraissait très important à souligner pour bien montrer l'unité, la continuité du ministère de Jésus. Ce qu'Il avait fait pour les autres, les guérir dans leur chair, Il ne pouvait le faire que parce qu'un jour Lui-même recevrait l'Esprit Saint en plénitude qui Le ressusciterait dans sa propre chair. Ainsi les miracles de guérison sont les signes anticipateurs de la Résurrection du Christ lorsque sa chair par la puis­sance de l'Esprit, sera totalement guérie de cette ma­ladie radicale qui est la mort.

Que ce simple récit de la guérison de la belle-mère de Pierre soit pour nous l'occasion de renouveler notre confiance totale dans le Christ qui prend soin de nous, corps et âme, ce Christ qui vient nous porter dans nos souffrances, dans notre chair, dans tous les désagréments et parfois les grandes souffrances que nous traînons tout au long de notre vie, car c'est préci­sément le signe de sa puissance et de sa seigneurie pour nous : Lui essuiera un jour toute larme de nos yeux. Il nous ressuscitera dans cette chair qui, aujour­d'hui, est une chair de souffrance, mais Il nous ressus­citera pour vivre éternellement avec Lui, comme membres de son corps.

 

AMEN