QUELLE EST LA SOURCE DE LA ROYAUTÉ, DE L'ÉGLISE ?

1 S 10, 17-24

(29 janvier 2001)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

  

L'eucharistie

I

l y a une partie d'un verset dans le livre de Samuel qui serait utile à méditer, aux étudiants en Histoire ou en Droit. En effet, quand le Seigneur choisit Saül, Il dit que Saül est introuvable, on consulte le Seigneur à nouveau : "L"homme est-il venu ici ? Et le Seigneur répondit : le voilà caché parmi les bagages". Qui aurait cru un jour que le premier roi d'Israël se serait caché tout au début de son règne dans des bagages ?

       Une autre occasion de méditation est le rapport qu'on peut établir entre l'institution de la royauté et l'institution de l'Église. Ce qui est intéressant dans ce texte c'est de montrer comment dans le livre précédent, dans le livre des Juges, le Seigneur ne se manifeste à son peuple que lorsqu'il a péché, ayant péché le peuple est vaincu par ses ennemis, et ensuite, le peuple se met à crier pour que le Seigneur intervienne. Cette situation se renouvelle de la même manière tout au long de l'histoire des Juges. Et voilà qu'Israël dit : "Nous voulons un roi comme eux !" Aussi, je pense que la question de la monarchie en Israël, n'est pas d'abord la question de savoir s'il faut un roi ou non, mais bien plutôt de savoir s'il faut choisir un roi "selon le cœur de Dieu" ou bien un roi "comme eux", c'est-à-dire comme les autres peuples païens pour qui le roi avait une signification différente. Ce qui est assez beau dans cet épisode c'est de constater que Dieu dans sa grande miséricorde et sa grande patience, accède à la volonté de son peuple : Lui qui ne voulait pas qu'Israël ait un roi, accède cependant au désir de son peuple. Le peuple ressent ce manque comme un véritable manque, et il dit à Dieu : "Nous voulons un roi, comme eux !"

        Bien sûr, Dieu va accéder à la demande de son peuple, mais cela ne sera peut-être pas tout à fait ce que voulaient les fils d'Israël. En effet, on découvre dans le texte tout au début de la parole du prophète Samuel ceci: "Ainsi parle le Seigneur d'Israël : moi j'ai fait monter mon peuple d'Égypte et je l'ai délivré de l'emprise de l'Égypte, et de tous les royaumes qui les opprimaient". Avant de choisir un roi pour Israël, Dieu tient à rappeler, exactement comme dans le prologue du don de la Loi au Sinaï, où se situe la Source de la Loi, et ici, la Source de la Royauté. Il ne s'agira pas d'un roi tout-puissant au niveau de la divinité, mais il s'agira de rappeler au peuple d'Israël que si Dieu donne un roi à son peuple, il ne faut pas oublier que Celui qui est source de salut, ce n'est pas le roi guerrier, mais le Roi d'Israël qui les a fait sortir de la terre d'Égypte, et qui les a sauvés de la mort.

       Par rapport à l'institution de l'Église, il m'a paru intéressant de réfléchir précisément sur cette question d'institution. Très souvent notre vision de l'Église est axée sur la vision de l'Église institution, avec sa hiérarchie, avec ses systèmes de pouvoirs, les ministères institués et on en oublie alors qui est à la Source de l'Église. L'Église n'est pas qu'une société humaine, même si au cours du dix-neuvième siècle l'Église est souvent apparue comme société ou contre-société par rapport à la montée d'un cléricalisme ambiant, on a occulté l'aspect à la fois source du salut venant de Dieu, et l'aspect de la communion. Pourquoi la communion ? Parce que après lecture de l'évangile, on se rend compte que les pharisiens et les disciples de Jean demandent à Jésus : "Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ?" Et Jésus répond : "Il ne sied pas aux disciples de jeûner alors que l'Epoux est présent". Comme en creux, les fils d'Israël, au début voulaient une continuité, une institution sûre, quelque chose à quoi ils auraient pu se raccrocher, et en sens inverse, les disciples de Jean et les pharisiens tiennent absolument à s'accrocher à une pratique particulière qui est le jeûne en toute circonstance.

       De même que pendant la période des Juges, Jésus leur rappelle qu'il y a un moment pour tout, comme dit Qohélet, il y avait un moment où le peuple d'Israël n'avait pas besoin d'un roi guerrier, et dans la difficulté, Dieu cède à leur demande. Et maintenant pour le jeûne, Jésus rappelle que s'il est bon de jeûner en l'absence de l'Epoux, à l'inverse, il n'est pas bon de jeûner en sa Présence. Ainsi Jésus recentre le débat sur la question de la Présence : si le Christ est véritablement Epoux, il n'est pas bon de jeûner. En réfléchissant alors toujours face à cette institution ecclésiale, on se rend compte que le but de l'Église n'est pas tant de faire durer les choses, mais plutôt d'appeler tous les baptisés à former une véritable communion, qui se réalisera pleinement à l'Eucharistie où Jésus nous donne son Corps et son Sang, sa Vie, nous rappelant le Salut qu'il nous a donné par le baptême.

       AMEN