DIEU CHERCHE L'HOMME
Os 1, 2-9-2, 4 a+7-10+8-9+16-25 ; Jn 19, 25-35
Vigiles du troisième dimanche de l'Épiphanie – B
(16 janvier 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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n demandant à Osée d'épouser une prostituée, Dieu voulait faire entrer son porte-parole qu'est le prophète, ce hurleur de Dieu, dans son expérience de Dieu telle qu'Il la vit avec Israël, telle qu'Il la vit avec l'humanité qui s'est échappée de l'amour de Dieu. Et curieusement Dieu ne veut pas que l'humanité, Israël, l'Église le rejoigne dans cette intimité, mais Il décide de partir en voyage et d'aller rejoindre l'homme là même où il l'a quitté. Il ne demande pas à l'homme qu'une expérience se fasse comme au-dessus de lui-même pour que, dégagé de cette terre et de cette chair, il rencontre le Dieu qui l'aime, mais comme un pèlerin c'est Dieu qui vient vers l'homme rencontrer, dans la chair, l'homme qui s'est échappé.
La rencontre n'est pas au milieu entre Dieu et l'homme, n'est pas dans une sorte d'expérience que nous pourrions tenter, mais Il choisit de la planter là même où l'homme se croyait seul, avait décidé qu'il était seul et qu'il était sans Dieu. Mais les hommes ont compris dans un autre langage qu'on n'est jamais seul et ils ont tenté, par différents moyens, de dire que l'homme cherche toujours à embrasser l'infini, à l'étreindre, à lui laisser la place dans sa chair.
Quand nous regardons un danseur qui évolue seul sur un plateau, avec ses jambes, ses bras, son cou, son torse, on ne le voit pas comme quelqu'un qui est seul et reste seul, mais il semble, dans l'espace qu'il décrit, qu'il découpe, qu'il anime, qu'on sent une autre présence qu'il souligne, qu'il symbolise. Le génie de la danse c'est justement dans l'harmonie, dans la justesse du geste, dans la rigueur et la souplesse de ce corps qui se donne, souffre, se replie et se déplie, de souligner un partenaire invisible, plus grand que l'espace qu'il découpe, plus large, plus profond, aussi profond que le cœur de ceux qui regardent et qui communient avec lui.
Et de même le chant. Le chant est comme le découpage d'un silence. Si nous chantions tous ensemble les mêmes notes, nous ne pourrions rien entendre, mais c'est parce que ces notes jouent avec le silence qui les entoure et découpe ce silence que se dégage une harmonie qui, comme ce soir, est montée dans les cieux. Le chant appelle un dialogue. La liturgie que nous célébrons c'est comme apparemment un chant solitaire, un chant de plusieurs voix qui monte et qui attend, dans le silence, dans le découpage du silence, une voix qui ne se fait pas encore entendre mais à qui on laisse la place pour qu'un jour elle se fasse entendre.
Et de même pour tous nos événements humains qui découpent toujours cette place qui est faite à Dieu. Souvent d'ailleurs dans la souffrance ou dans le malheur la place y est plus grande, plus profonde, j'allais dire comme celle du Christ sur la croix. C'est pourquoi le Christ sur la croix que symbolise même ce corps désarticulé, ce chant à peine audible, concentre la présence de Dieu désormais offerte, en Christ, à chaque homme. Plus de chant sur les lèvres du Christ, mais du vinaigre. Plus de mouvement sur les bras du Christ mais les bras fixés sur la croix, ouverts sur l'infini du ciel qui, devant Lui, s'entrouvre, se déchire. C'est la place de Dieu. C'est pourquoi, au cœur de cette place nouvelle, de ce silence enfin habité, un homme et une femme, Marie et Jean, symbolisent le nouveau don de Dieu, les retrouvailles de Dieu avec nous.
AMEN