JE SAIS QUI TU ES
Gn 15, 7-18 ; Mc 1, 21-28
Jeudi de la troisième semaine de l'Épiphanie – C
(23 janvier 1986)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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ans cet évangile, plus encore que dans l'Ancien Testament, il est très important de ne pas se tromper d'interlocuteur. En effet, ici ce ne sont pas les hommes qui parlent, c'est simplement le Christ et les démons. "Que nous veux-Tu, Jésus de Nazareth ? Es-Tu venu pour nous perdre ? Je sais qui Tu es, le Saint de Dieu !" Et Jésus dit simplement au démon : "Tais-toi !" Dans tout ceci, pas un mot de la part du possédé, et les gens sont simplement dans l'admiration et rendent gloire à Dieu.
Mais, et c'est cela que veut nous faire comprendre saint Marc, en réalité les premières interventions de la Parole du salut qui est apportée par Jésus-Christ, pour ainsi dire, planent au-dessus de l'humanité. C'est un dialogue et un débat qui enjambe la condition humaine. C'est un débat entre le Christ, qui vient pour sauver l'homme, et de l'autre côté les puissances du Mal qui tenaient l'homme captif et qui l'empêchaient d'appartenir vraiment à son Dieu, selon le plan primitif de Dieu.
C'est ainsi que ce premier miracle de Jésus, tel que nous le rapporte saint Marc, n'est pas simplement un épisode parmi tant d'autres, mais il situe, pour ainsi dire, le cadre dans lequel se situe la mission de Jésus. Jésus n'est pas venu simplement pour être avec les hommes, mais Jésus se faisant homme, fait que l'homme est l'enjeu d'un débat, d'un dialogue entre Dieu et les forces du Mal, et Satan, et que le Christ parle d'abord à Satan pour lui dire son projet. Et de façon qui nous surprend, nous, mais qui pourtant dit bien ce qu'est le Mal et les forces du Mal, le démon qui tient l'homme, sait bien qui est en face de lui, il sait bien qui est Celui qui vient pour combattre. C'est pour cela que, dans saint Marc, et c'est sans doute le plus étonnant dans cet évangile par rapport aux autres évangiles, les premiers à confesser le Christ en ce qu'Il est vraiment, "le Saint de Dieu", ce sont précisément les démons. Car ce que saint Marc veut nous montrer, c'est que la venue de ce Christ sur la terre est en réalité le moment dans lequel se joue l'histoire de la création, de l'univers tout entier. Ou bien l'univers sera sauvé, récupéré, réinstauré dans l'authentique et véritable relation avec Dieu, ou bien cet univers continuerait alors de périr et d'être souple pouvoir et sous la coupe du Mal.
C'est ainsi que saint Marc nous fait comprendre la véritable amplitude cosmique du salut. La plupart du temps aujourd'hui, nous, croyants du vingtième siècle, nous sommes beaucoup plus sensibles à une dimension purement humaine du salut de Dieu, comme s'il s'agissait simplement d'une sorte de tête à tête entre l'homme et Dieu. Mais ce n'est pas du tout la manière dont le mystère du salut nous a été dévoilé, même si cela se passait à travers quelques "faits divers" dans la prédication d'un certain prophète de Galilée qui s'appelait Jésus. En réalité, les disciples ont su, par la foi, par la lumière de l'Esprit Saint, reconnaître que c'était le centre même de l'histoire de l'univers tout entier, de toute la création visible et invisible qui était ainsi totalement engagé dans ce grand combat qui était l'œuvre de notre salut.
Et il ne faudrait pas que nous restreignions l'œuvre du salut au simple résultat de notre propre salut, de nous l'humanité sauvée. Mais il faut, au contraire, que nous lisions tout l'évangile, à travers la perspective cosmique d'un Dieu qui reprend sa véritable Seigneurie sur l'univers tout entier. Et c'est ainsi que ce texte que nous venons d'entendre est pour ainsi dire ce qui va donner la note à tout l'évangile de Marc. Depuis le premier moment où Jésus guérit ce possédé, jusqu'au moment où le Christ apparaîtra ressuscité et sera reconnu et proclamé Seigneur, c'est un seul et même processus qui s'accomplit, c'est la manière dont, par son humanité, le Fils de Dieu reçoit la seigneurie sur tout l'univers.
AMEN