LA JOIE DE DIEU, PRÉSENT DANS NOTRE QUOTIDIEN

Is 62, 1-5 ; 1 Co 12, 4-11 ; Jn 2, 1-11
Dimanche des Noces de Cana – année C (19 janvier 2025)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

Ce jour-là, il y eut des noces. C'est le seul détail que nous ayons. Il n'y a pas eu de préparatif, on n'a pas à présenter les cartons d'invitation, on n’a pas annoncé le menu. Il y eut des noces. Vous pensez peut-être que c'est pour vous que l’on a choisi ce texte aujourd'hui, vous les fiancés. C'est un peu vrai, parce que par bonheur ce dimanche, il est toujours possible de choisir le récit de l'évangile des Noces de Cana. Ça vous donnera des idées pour les préparatifs et l’organisation du plan de tables, ce qui, comme chacun sait, est le moment le plus difficile dans la rencontre des familles, avec toutes les implications pour ne vexer personne. Dieu sait que c'est compliqué. Je vous laisse ce souci.

Il y eut donc des noces et on y réfléchit beaucoup aujourd'hui car nous sommes dans une société moderne, avec de la prévoyance et des gens qui nous accompagnent. En lisant cet évangile, j'ai pensé à vous inviter à réfléchir à une chose à laquelle vous n'aviez sûrement pas pensé. Pourquoi Jésus est-Il allé, au début de sa vie publique, à cette noce ? Avant de commencer sa vie publique, Il était à Nazareth avec ses parents en essayant de faire les choses le mieux possible. Mais là, tout à coup, Il a décidé de poser un acte public. Certes, il y avait eu le baptême. Mais c'était Jean-Baptiste, un acte religieux et ça paraissait normal. Mais là, Il décide de se manifester publiquement dans un mariage. Au fond, la joie des noces est une sorte de supplément un peu gratuit qui ne dure d'ailleurs qu’un petit moment. Aussi vaut-il mieux penser aux choses sérieuses. Mais pourquoi par exemple, Jésus n'a-t-Il pas consacré sa première manifestation par des miracles, comme guérir un aveugle ou un malade ? Non. le Fils de Dieu, car Jésus – même si certains n'y croient pas – est le Fils de Dieu, a décidé de manifester publiquement sa présence dans un événement public fondateur de la tradition juive, pour affirmer que c’était le moment qu’Il choisissait pour manifester qui Il était (« Il manifesta sa gloire »). Et Il choisit un moment de festivité. Comme vous le savez, les six jarres de pierre, ça faisait environ 700 litres. Il avait donc décidé de se manifester dans une famille très généreuse qui avait préparé les choses sérieusement. On est là devant un épisode de la vie ordinaire des communautés juives de l'époque.

Cana est à quelques kilomètres de Nazareth. Jésus est invité mais Il y a amené ses amis. Apparemment, tout se passe bien. Il entre dans une fête dans un moment de bonheur et de joie qui est généralement convenu. C’est une fête prévue pour tout le village ce qui explique pourquoi il faut tant de vin. La vraie question, c'est pourquoi Dieu Lui-même, le Fils de Dieu, qui se présente de façon ordinaire, a décidé d'entrer dans la vie sociale, humaine et publique par un geste : précis, bien typé, mais un geste de la vie fondamentale des sociétés. Se marier, c'est véritablement assurer le sens même de la vie, pour toute la vie. Pourquoi Dieu choisit-Il de se manifester, de dire qui Il est dans cet événement, l’événement le plus simple, le plus admiré dans la société humaine ? Pourquoi choisit-Il d'entrer dans la vie des hommes par le geste le plus humain possible qui consiste à accompagner des amis, une famille amie dans la joie de ce qu’elle fête, ce désir de vivre et de déployer toutes les possibilités de la vie familiale à l'intérieur d'un village ou d'une petite ville ?

C'est assez étrange, mais c'est exactement pour ça qu’on lit ce texte aujourd'hui pour vous. C’est comme si Dieu se disait, vous connaissant depuis un petit moment, mesurant le projet de votre amour, qu’il était bon de venir aux noces. C'est parce que ce temps des noces est le moment le plus humain de leur existence, c’est le geste le plus profond, le plus beau, le geste de la reconnaissance par toute la société de la présence d’un amour. Jésus se joint à cette fête d'une façon presque anonyme : on ne dit Lui pas de venir s’asseoir à la place d'honneur, ni de faire un discours de mariage comme un beau-père le jour d’un mariage. Non, Il vient et Il est là simplement. Et même, Il est tellement pris par l'ambiance conviviale qu'Il ne s’aperçoit de rien. C'est Marie qui découvre qu'il y a un problème. Lui n'a pas l'air de voir. Peut-être parle-t-Il déjà théologie avec ses disciples ? En tout cas, il n'a pas l'air de se préoccuper de ce qui arrive. C'est Marie qui Lui dit : « Ils n'ont plus de vin » et Il lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue », petite réflexion significative qui veut dire : « Moi Je vis avec eux, Je les accompagne et Je vais les accompagner jusqu'au bout ». Il y a d'ailleurs deux passages de l'évangile de saint Jean où Marie est mentionnée : le moment des noces de Cana et celui où elle est au pied de la Croix.

Jésus a voulu entrer dans la vie des hommes, non pas incognito, mais en partageant leur vie. On a du mal à se l’imaginer aujourd'hui. On veut tellement que Dieu reste là-haut et s'occupe de nous d'en haut sans trop se mêler de nos petites affaires, que l’on se dit que plus Il est loin, mieux c'est. C’est faux. Le but de Dieu ici, c'est d'entrer dans la vie quotidienne de ce couple et de leurs amis pour fêter la joie des noces. Lors de la célébration de votre mariage, vous les fiancés, Jésus va vouloir entrer dans votre vie parce que c'est le moment pour vous le plus décisif et le plus profond, parce que le fait de décider de se marier, c'est d'accepter le quotidien de la vie. Au début, tout baigne, c’est magnifique. Mais en réalité, le vrai problème est celui-ci : c'est Dieu qui choisit d'entrer et de venir fêter le moment où un jeune couple entre vraiment définitivement dans la vie quotidienne. Ce n’est plus le temps des études et des découvertes. Véritablement maintenant, on entre dans la vie quotidienne. Et Dieu a voulu entrer dans la vie toute simple de tous les jours, de ce jeune couple qui se marie.

Ensuite, Il choisit de le faire sans se faire remarquer. Les mariés ne s’aperçoivent pas qu’il n’y a plus de vin, c’est Marie qui s’en rend compte. Quand Jésus est averti, Il fait en sorte que le miracle n'apparaisse pas. Toute la discussion qui suit le moment de la découverte, se passe dans les cuisines et les sous-sols. Jésus dit : « Remplissez d'eau ces jarres », pour qu'on ne s'aperçoive de rien. C'est extraordinaire, cette délicatesse de Dieu : s’il n'y a plus de vin, le repas est fini et tout le monde rentre chez soi ! Or Jésus fait en sorte que la vie quotidienne et la fête puissent continuer comme avant. Ainsi, Il fait remplir d'eau les jarres. Personne ne sait d'où ça vient. Le maître du repas est surpris du changement, en parle au marié et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier puis le moins bon ». Mais en réalité, le sens même de cela, c'est Jésus qui intervient dans le quotidien de ce jeune couple qui va fonder son foyer, sa famille, pour que ça continue dans toute la beauté et la profondeur du projet qu'ils ont. Et Jésus passera inaperçu. À la fin, on dit simplement qu’Il manifesta sa gloire et que les disciples crurent en Lui. Jésus veut simplement que les deux jeunes découvrent une présence qui ne fera pas de bruit, qui sera toute simple. Non des exploits, non des prodiges. Ils vivront simplement parce qu'ils vont découvrir, dans le quotidien de la vie qu'ils se sont engagés à mener, la présence et la force de l'amour de Dieu.

Aujourd'hui, d'une certaine façon, c'est ce que nous fêtons et que nous voulons pour vous. Nous voulons que le quotidien dans lequel vous allez vous engager, vous amène peu à peu à découvrir que c'est le véritable lieu de la manifestation du Christ. Il est là, vous aime, vous accompagne. Il y aura des moments où des choses ne marcheront pas très bien. Mais Il est bien là, profondément. C'est pour ça que le récit des noces de Cana a une telle valeur aux yeux de la foi chrétienne. Effectivement, ce que dit notre foi chrétienne, c'est que Dieu est là et qu’on ne Le voit pas. Et parce qu'on ne Le voit pas, certains ne se gênent pas pour dire qu'Il n'existe pas. Mais d'où vient le bonheur qu’on partage ? D’où vient la joie qu'on a de se rencontrer ? Ça se passe dans les coulisses, le souterrain de la fête, dans la réalité même d’être ensemble, où on laisse s’épanouir cette présence et cet amour parce que Dieu est le seul qui soit capable de les faire resplendir au cœur même de notre vie, sans pour autant faire que notre vie soit uniquement faite de choses extraordinaires, mais simplement de la joie d'une présence que nous découvrirons, que vous découvrirez jour après jour.