L'UNITÉ DES CHRÉTIENS

Ep 4, 1-16 ; Jn 17, 11b+18-23

Mercredi de la deuxième semaine de l'Épiphanie

(18 janvier 2012)

Premier jour de prière pour l'unité

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Un seul baptême (Castelnau-Pégayrolles)

F

rères et sœurs, nous voici donc invités à prier et à méditer plus particulièrement à partir d'aujourd'hui sur ce mystère de mort qui est manifesté par des Églises, par une incapacité à témoigner devant le reste du monde de notre communion et de notre attachement unique avec le Christ, méditer à la fois sur cette blessure aussi sur cette unité à laquelle nous sommes appelés. Malheureusement l'unité est souvent une unité de discussions, de palabres autour des tables à des niveaux uniquement théologiques.

Avant d'avancer davantage dans cette méditation sur ce mystère, j'aurais voulu commencer par ce que je considère comme un beau témoignage de l'unité. Le premier témoignage de l'unité, c'est cette expérience que nous vivons et que nous avons vécu déjà deux fois, ici à Saint Jean de Malte en accueillant plus qu'un concert, mais une prière fondée sur la musique de Bach. Je dis plus qu'un concert, puisque ce n'est pas un concert, avec des protestants, des chanteurs et des musiciens, mais il a été décidé que nous n'écouterions pas Bach comme un simple concert laïque, mais qu'au contraire, nous allions remettre au cœur même de la prière liturgique, la musique de Bach. Vu le nombre de participants qui viennent à ces rencontres, je crois que c'est une très belle manifestation de l'unité. C'est aussi très beau que ce soit une église catholique qui accueille un office luthérien. C'était la première chose et j'espère de tout cœur que cette prière va continuer, car à la fois elle manifeste l'unité des chrétiens, mais aussi elle peut être une sorte de témoignage auprès de gens qui n'ont pas la foi et qui viennent quand même à ces temps de prière et de méditation.

La deuxième manifestation de l'unité, je ne fais pas dans l'originalité parce que le journal La Croix en a fait un article, ce sont les couples. On ne pense pas assez aux couples mixtes, avec un membre catholique par exemple, et l'autre membre protestant ou orthodoxe. La famille, c'est une petite Église, le couple, c'est aussi une petite Église. A travers cette communion possible entre un homme et une femme qui ont reçu le même baptême chrétien mais dans des Églises différentes, et la manifestation de la volonté de leur part et aussi de vivre de cette grâce de Dieu de vivre en communion, est en quelque sorte une prophétie de ce que l'Église devrait réussir à vivre.

Dans cette méditation sur le couple en tant que manifestation de l'œcuménisme, je crois qu'on peut faire aussi un prolongement avec l'épître aux Éphésiens que nous avons entendu tout à l'heure. Ce passage suit les trois premiers chapitres dans lesquels Paul affirme que déjà, les chrétiens sont sauvés. Il leur dit : vous n'avez plus à vous préoccuper de savoir si vous allez être sauvés, car vous êtes sauvés. Le problème, et c'est le texte de ce jour, c'est que vous ne savez pas vivre en sauvés,vous ne savez pas manifester ce salut et vous êtes déchirés les uns et les autres. En entendant ce texte, je confesse que je relisais aussi l'oraison du début de l'eucharistie, car en fait l'oraison et l'épître de saint Paul disent la même chose, mais dans une perspective différente. L'oraison du début parle de l'unité avec une perspective purement divine et théologique, vue du côté de Dieu, et l'épître, c'est ce même désir d'unité, mais vu du côté du Christ et de la grâce que Dieu fait à chaque homme de participer à cette unité en tant qu'autre Christ.

Voici cette oraison : "Dieu éternel et tout puissant, toi qui rassembles ce qui est dispersé, et qui fait l'unité de ce que tu rassembles". C'est déjà important puisqu'on reconnaît que nous sommes dispersés et que le seul qui peut nous rassembler, c'est Dieu, mais il ne suffit pas d'être rassemblés pour vivre dans l'unité, encore faut-il faire l'unité de ce qui a été rassemblé, sinon nous serions à l'image de pierres posées les unes à côté des autres sans aucun lien. Rassemblées oui, mais sans aucun lien de charité et sans recherche de la vérité, sans recherche de Dieu. L'oraison continue : "Regarde avec amour l'Église de ton Fils" et quand on a fait l'état des lieux et de ce que nous devons à Dieu, voilà ce que nous demandons à Dieu. "Nous te prions d'unir dans la totalité de la foi et par le lien de la charité tous les hommes qu'un seul baptême a consacrés". Autrement dit, ce que nous appelons dans notre prière c'est l'ouverture à la foi, la reconnaissance que nous sommes en deçà de la totalité de la foi ce qui appelle de notre part une grande humilité dans notre jugement vis-à-vis des autres Églises, et nous demandons le lien de la charité. Ce lien de la charité que nous avons retrouvé dans l'épître aux Éphésiens est cette maçonnerie, ce ciment qui va faire le lien entre les différentes pierres afin de monter l'édifice de l'Église qui est celle du Christ.

Frères et sœurs, je crois qu'à travers cette rapide réflexion pour ce premier jour de la semaine de prière œcuménique, il nous est dit deux choses particulières. D'abord comme je le disais il y a un instant, la grande humilité dans la recherche de la foi et de la théologie, l'importance d'une mutuelle découverte de théologiens venant soit du monde catholique ou du monde protestant ou orthodoxe, et aussi les liens de la charité qui nous montreront que l'œcuménisme n'est pas simplement une réflexion de théologiens en chambre, mais que cela passe par ces actes concrets entre nous. Et enfin, comme je le rappelais au début de cette homélie, l'importance qui se retrouve à travers les familles et les couples qui vivent déjà cet œcuménisme.

 

AMEN