UN JOUG LÉGER
1 Jn 5, 5-12 ; Lc 3, 15-16+21-22
Mercredi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – A
(12 janvier 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Repos et contemplation
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rères et sœurs, c'est de repos et de contemplation que je voudrais parler en ce jour. Non pas parce que nous sommes tous très fatigués et éreintés à la suite des fêtes et de toutes les maladies qui se promènent actuellement à Aix-en-Provence et ailleurs, mais parce qu'aujourd'hui, même si nous le fêtons pas directement officiellement par la liturgie, nous serons invités à faire mémoire plus particulièrement d'un homme qui s'appelle Aelred de Rievaulx.
C'est un moine du douzième siècle né en 1110, à la frontière de l'Angleterre et de l'Écosse. Son père était prêtre, et dixit le moine qui a écrit ce petit livre "à cette époque et en cette région éloignée, cela pouvait passer". Donc Aelred ou Alfred est entré à la cour du roi d'Écosse, David 1er et par la suite il est devenu moine à Rievaulx en 1134. C'est un homme qui a eu une charge extrêmement importante. Il assuré une communauté qui comptait six cent quarante religieux, dont cinq cents convers, vous imaginez bien que vous n'avez vraiment pas le temps de vous ennuyer pour faire à la fois fonctionner la communauté et les travaux nécessaires au financement de la vie quotidienne. Et pourtant, c'est un homme qui est profondément habité par la charité et le désir du repos et le désir de la douceur.
J'aurais voulu comme en contrepoint à l'évangile que nous avons entendu, lire avec vous deux textes. Dans l'évangile, il est d'abord question de tous ces hommes et femmes qui sont venus se faire baptiser pour recevoir le baptême de Jean et l'évangéliste prend soin de nous dire qu'une fois que tout le monde a été baptisé, et que Jésus lui-même a été baptisé, il y a cette révélation qui est faite à toutes ces personnes. Autrement dit, ce baptême n'est pas simplement le fait qu'il effacerait tous les péchés, mais qu'il fait entrer dans une autre dimension, dans un autre rapport avec Dieu. C'est ce fameux rapport trinitaire dont il était question plus particulièrement dimanche dernier.
Cette introduction à la vie de Dieu se fait pour ceux qui sont étrangers à la foi, sous le joug. Beaucoup de gens considèrent que les chrétiens sont des personnes qui ne vivent pas dans la liberté et que par ce fait, ils sont prisonniers de ce qu'on appelle la religion de la morale et de tout le reste. Or, voilà ce que dit Aelred de Rievaulx : "Toi qui écoute les gémissements de ceux qui sont dans les fers et qui coupe les liens des condamnés à mort, tu as brisé mes entraves. Toi qui offre ton paradis aux prostituées et aux publicains, tu m'as tourné vers toi (c'est-à-dire, tu m'as converti), moi le dernier des pécheurs. Et voici que je respire sous ton joug et que je me repose sous ton fardeau, car ton joug est suave et ton fardeau léger". En fait, ceux qui ont été baptisés ont changé de fardeau, ils sont passés du fardeau de leurs péchés à un fardeau plus suave qui est le joug de Dieu. Et ce joug que nous portons, c'est le fait de pouvoir contempler l'humanité de Dieu et sa propre divinité.
Je continue avec un deuxième texte du même auteur : "Certes, frères, c'est un grand bien, un grand bonheur de connaître Notre Seigneur Jésus-Christ selon son humanité". Qu'avons-nous fait ces derniers temps à travers la fête de Noël si ce n'est de connaître Jésus selon son humanité ? "De l'aimer, de penser à lui, comme de voir en son cœur sa naissance, sa Passion, ses plaies, sa mort, sa résurrection. Mais il a encore une plus grande joie celui qui peut dire avec l'apôtre : nous avons connu le Christ selon la chair, désormais, nous ne le connaissons plus ainsi. C'est une grande joie que de contempler Notre Seigneur couché dans la crèche, mais c'est une plus grande joie de voir comment il règne dans les cieux". C'est ce qui nous a été donné de voir lors du Baptême du Christ. "C'est une grande joie de voir comment il suce le sein de sa mère, mais c'en est encore une plus grande de voir comment il donne la vie à tous. C'est une grande joie de le voir dans les bras d'une jeune vierge, mais il est encore plus merveilleux de voir comment il gouverne le ciel et la terre".
Frères et sœurs, que ces quelques petits passages d'Aelred de Rievaulx soient pour nous l'occasion de renouveler dans notre méditation sur ce temps de la manifestation qui nous est donné de vivre à travers la liturgie. Que nous puissions découvrir à la fois la divinité de Jésus, et le fait que par notre baptême nous sommes invités à vivre sous le joug de l'amitié spirituelle les uns avec les autres, et à travers cette amitié spirituelle, à être introduits dans la Trinité.
AMEN