ETRE OUI
2 Co 1, 19-22
(14 janvier 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Corinthe : Sacerdos
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e vous ai proposé lundi dernier d'essayer de tracer un portrait de l'apôtre Paul puisque nous fêtons cette année le deuxième millénaire de sa naissance, à partir de cette lettre aux Corinthiens, la seconde que nous ayons conservé et qui fait l'objet de la lecture par fragment durant ces temps-ci. Je vous rappelais que saint Paul est à Éphèse (du côté turc aujourd'hui), et il écrit aux Corinthiens qui sont donc du côté grec de la Mer Egée. Entre les deux il y a à peine une douzaine d'heures de bateau à voile, si bien que Paul qui a fondé sa communauté il y a cinq ou six ans, en suit l'évolution avec beaucoup d'attention, et de temps en temps, se fait apporter des nouvelles par certains membres de la communauté, comme la famille de Chloé, dont il parle dans la première lettre.
Aujourd'hui, nous avons lu un tout petit fragment mais qui est assez révélateur de la manière dont Paul agit et ce qu'il pense de son tempérament. Il dit : "Jésus n'a pas été ni oui, ni non, il a été oui dans le Père". Qu'est-ce que cela veut dire ? C'est parti d'une chose très simple : comme Paul n'était pas très loin de Corinthe, il avait projeté de refaire un tour auprès de toutes les communautés qu'il avait fondé, notamment dans la région du Nord de la mer Égée, en Macédoine, à Philippes, Thessalonique, etc … et de terminer par Corinthe. Pour des raisons qu'il ne donne pas dans la lettre, il a dû renoncer à ce projet. A Corinthe, les langues ont jasé, on a dit que Paul faisait des projets, il dit qu'il vient, il ne vient pas, il va venir, il ne vient pas, il ne sait pas ce qu'il veut. Il est oui et non. C'était une expression à l'époque désignant quelqu'un d'indécis qui manque de fermeté dans ses projets, on disait qu'il est oui et non, il ne sait pas ce qu'il veut.
Paul apprend qu'on a dit cela de lui, ce n'est pas la peine de trop se soucier de ses idées, puisqu'il renonce à ses projets aussi facilement qu'il les fait ! Paul se fâche, il dit qu'il a renoncé au projet sans donner d'explication, il semble que le fait qu'il ait eu des ennuis publics dans la ville d'Éphèse et qu'il ait sans doute été emprisonné n'a pas dû améliorer les choses. Il dit : je ne suis pas oui et non, mais c'est parce que vraiment, je n'ai pas pu venir. C'est là où le trait du tempérament de saint Paul est extraordinaire, il dit : de toute façon, dans mon ministère, je ne suis pas oui et non, je suis "oui".
Pour Paul, sa vocation apostolique, sa nécessité d'aller annoncer l'évangile n'est pas objet de discussion et de tergiversation. Quand il faut y aller, il y va. Ici, il n'a pas pu y aller, mais s'il fallait vraiment se déplacer, il le ferait. Il se rend témoignage, et c'est bien son style, il dit aux Corinthiens : vous me prenez pour un imbécile, peut-être du point de vue humain, mais du point de vue de la mission que j'ai, je ne suis pas indécis. Je dis oui à un projet et si vraiment il faut le faire, si je ne suis pas empêché, je le fais. Par conséquent, cela veut déjà dire une chose : vous pouvez compter sur ma fidélité et la solidité de mes engagements.
Ce qui est intéressant, et c'est le passage que nous lisions aujourd'hui, Paul en profite pour élargir le débat : pourquoi est-il si ferme dans son apostolat ? On pourrait se dire : c'est parce qu'il a de la conscience professionnelle. Ce n'est pas du tout la raison qu'il donne. Il insiste et dit : je suis "oui" dans mon travail s'apôtre parce que Jésus-Christ lui-même n'a pas été oui et non. Quand il s'est agi de sauver le monde, le Christ a été oui au Père. Par conséquent la fidélité et l'obéissance de Paul à sa mission ne vient pas de lui, de la force de son tempérament, de l'énergie de son caractère, elle vient de la solidité de l'engagement de Jésus-Christ au service du monde pour sauver le monde.
C'est très beau parce que c'est une explication de la situation des chrétiens lorsqu'ils sont apôtres et missionnaires. On les soupçonne toujours de vouloir faire du racolage, d'imposer leurs idées, leurs vues et leurs volontés. Pour Paul, ce n'est pas qu'il veuille imposer ses idées, mais c'est qu'il considère qu'à partir du moment où il s'est mis à l'école de celui qui a été "oui" au Père toute sa vie, jusqu'à sa mort, pour sauver l'humanité, lui, Paul ne pas faire autrement. La résolution et la fermeté du propos apostolique de Paul comme du nôtre, ne tient pas au fait que nous soyons des gens têtus, comme on dit qui ont du caractère, mais cela tient au fait que servant la cause de quelqu'un qui n'a jamais reculé devant la nécessité de sauver le monde, nous-mêmes nous soyons solidaires de cette nécessité aujourd'hui de participer à sa mission et à son projet en étant ferme, en n'étant pas oui et non, mais en étant nous aussi oui au projet de Dieu sur nous, sur nos frères, et sur l'humanité tout entière.
AMEN