UNE JOURNÉE TYPE DU CHRIST

Pv 2, 10-15+20-22 ; Mc 1, 21-28

Mercredi de la deuxième semaine de l'Épiphanie- B

(16 janvier 1985)

Homélie du Frère Michel MORIN

C

 

e passage de l'évangile de Marc fait partie d'un ensemble de plusieurs épisodes que Marc a unifiés dans le cadre d'une journée. Il est situé au début de son évangile et Marc nous présente cette journée, un peu comme une journée type de la vie du Seigneur. Or c'est une journée profondément marquée du mystère que nous célébrons en ces jours, le mystère de l'Epiphanie. Tout ce que le Christ fait en cette journée est une manifestation de ce qu'Il est.

Il vient, au début du jour dans la synagogue (c'est l'évangile que je viens de lire). Et dans cette synagogue, il va manifester de deux façons, qu'Il est : d'abord par un signe visible qui est la guérison de ce fou furieux, et ensuite par l'explication de ce signe, son autorité. Ce miracle a un retentissement inattendu dans le cœur et l'intelligence de ses auditeurs, et ils sentent, ils pressentent, sans le savoir encore très clairement, que ce geste a été accompli avec une autre autorité que l'autorité de leurs scribes, de leurs pharisiens qui étaient pourtant l'autorité supérieure pour expliquer la Loi et la rendre efficace.

Puis, c'est le milieu du jour. En suivant la chronologie de Marc, Jésus quitte la synagogue de Capharnaüm et se retire dans la maison de Pierre, et là, Il va guérir sa pauvre belle-mère qui est malade, qui est fatiguée de servir. Et elle va se lever et elle se remettra à son service puisque elle-même préparera le repas du Christ et de ses premiers disciples.

Ensuite, dans l'après-midi, l'événement du matin ayant été rapidement connu, par la presse locale, tout le monde apporte ses malades, ses vieillards, ses aveugles, tous les gens handicapés sur la place publique et l'on attend le passage du Christ qui va les guérir.

Le soir, Il se retirera à l'écart, seul, pour prier dans la montagne, et le lendemain Il dira à ses premiers disciples "Allons dans d'autres villes car je dois apporter aussi là-bas la Bonne Nouvelle du Royaume."

Ainsi, dans l'espace, dans le temps de vingt-quatre heures, d'une journée, saint Marc nous présente en une sorte de raccourci le mystère de la personne du Christ de façon épiphanique. La première épiphanie c'est celle de la parole. Celle de la parole parce que le Christ guérit ce fou furieux en commandant à l'esprit impur de le quitter. Il ne s'adresse pas à l'homme, Il s'adresse à la maladie, Il s'adresse au mal. A cet esprit impur, Il dit : "Sors de cet homme !" et l'esprit impur, en poussant un grand cri, quitte cet homme et lui redonne la paix, lui redonne l'unité, lui redonne son identité véritable. Car l'autorité du Christ (et c'est cela qu'il nous faut comprendre aujourd'hui) c'est la même chose que sa vérité. Le Christ est homme et Dieu. Il n'y a en Lui aucune division, aucun mensonge, aucune prise pour le mensonge, car le mal, car l'esprit du monde car le père de ce monde, c'est le père du mensonge, comme dira le Christ, c'est le diable, c'est le principe du mal, dont l'œuvre est de diviser l'homme, d'abord contre lui-même, et ensuite contre Dieu et contre les autres. Cet esprit impur, présent dans cet homme qu'il torture, connaît quand même la vérité de Dieu, parce que Satan connaît Dieu (Il l'a vu au début, avant de le refuser), Satan sait que le Christ vient pour sauver les hommes, mais Satan ne veut pas que cette œuvre du Christ s'accomplisse et, il s'y oppose manifestement dans la violence. Cependant le Christ, par sa parole, c'est-à-dire par son autorité parce qu'il est la vérité et de Dieu et de l'homme, et qu'il est la vérité par rapport au mensonge pour le détruire, le Christ par sa parole, rend l'homme à lui-même lui redonne sa véritable identité, lui redonne sa véritable unité vis-à-vis de lui et vis-à-vis des autres, vis-à-vis de la foule, vis-à-vis de la société.

Ainsi cette autorité du Christ, c'est l'accomplissement pour nous de ce qu'il est en vérité, c'est-à-dire l'union sans faille, sans division, de la parole et de l'acte. "Le Verbe s'est fait chair !" la présence de Dieu est devenue Parole. Et lorsque cette présence de Dieu se manifeste, parce qu'elle est profondément unie, il y a immédiatement la fécondité, l'efficacité de ce qu'elle est. Or le Christ est homme parfait. Il engendre donc par sa parole un homme nouveau. Il engendre l'homme nouveau qu'Il est Lui-même, en rendant à la nature humaine blessée et divisée par le péché sa propre identité, sa première identité.

C'est pour cela d'ailleurs que les juifs sont frappés : ils parlent d'une autorité nouvelle. Cette autorité nouvelle n'est pas celle d'un homme, n'est pas celle d'un scribe plus parfait, plus pédagogue ou plus malin, cette autorité est tout simplement celle du Fils de Dieu qui engendre des fils pour Dieu de ceux qui étaient fils du mal à cause du péché.

C'est une épiphanie du Christ, c'est déjà l'épiphanie pascale, c'est déjà la manifestation de la victoire du Christ sur toute mort, sur toute division. C'est déjà le principe même du salut qui est manifesté : le Christ vient rassembler les hommes avec Lui, en les rassemblant pour eux-mêmes en tout ce qu'ils ont de divisé, en tout ce qu'ils ont d'opposé à l'intérieur même de leur propre cœur, de leur propre chair, de leur être propre.

Au cours de cette eucharistie, demandons que la visite du Seigneur, que son autorité, parce que le pain et le vin vont devenir son corps et son sang, Verbe de Dieu fait chair, Parole et acte dans la même réalité, que cette eucharistie nous rende à nous-mêmes par le pardon que le sang nous donne, la rédemption de nos péchés, afin qu'aujourd'hui nous puissions devenir un homme nouveau, non plus dans la mouvance du mal, dans la mouvance de l'esprit impur, c'est-à-dire opposé à Dieu, mais dans la nouveauté de cette autorité qui nous recrée, qui nous rend à nous-mêmes, qui nous rend aux autres parce qu'elle nous rend à Dieu Lui-même.

 

AMEN