QU'ILS SOIENT UN
Ep 4, 1-16 ; Jn 17, 11 b +18-23
Mercredi de la deuxième semaine du temps de l'Épiphanie – A
(18 janvier 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN
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A |
près ces paroles, Jésus passa la vallée du Cédron. Il faisait nuit. Un homme vint à sa rencontre, Jésus lui dit : "Qui cherches-tu ?" - "Jésus de Nazareth." - "C'est moi". Puis Jésus fut arrêté, condamné et mis à mort.
Les paroles que nous venons d'entendre, qui ne sont pas adressées aux hommes mais à Dieu, sont les dernières paroles du Christ, avant sa Passion. Or, nous avons su garder dans le cœur de l'Église, dans la foi de l'Église, beaucoup de paroles du Christ. Nous avons su nous attacher au mystère qu'Il est venu nous faire connaître, "ce mystère caché depuis des siècles et que Dieu, dans sa miséricorde, nous a révélé", ce mystère de l'unité de Dieu, Père, Fils et Esprit-Saint. Nous avons su garder les paroles du Christ dans leur fécondité, lorsque l'Église, à sa suite et pour prolonger sa parole et ses gestes, célèbre les sacrements de cette vie trinitaire. Mais nous n'avons pas su garder en vérité sa dernière parole, sa dernière demande, son dernier désir. "Qu'ils soient un comme Toi et Moi, Père nous sommes un, afin que le monde croie !" L'Église, au long de son histoire, pour de nombreuses raisons, n'a pas su garder cette dernière parole de Jésus et le monde, aujourd'hui, ne croit pas et l'Église est divisée.
Entrer dans la semaine de prière pour l'unité des chrétiens, c'est quelque chose de beaucoup plus important que de passer une semaine inscrite dans le calendrier liturgique. C'est entrer, de façon plus profonde, pleins d'espérance, peut-être aussi de douleur et en tout cas d'épreuves, c'est entrer plus profondément dans son désir, dans son dessein, dans ce qui, au moment de sa mort, lui a tenu, en fait, le plus à cœur : que les hommes, que ceux qu'Il avait choisis, que ceux qui étaient chargés de proclamer, par leur vie et leur parole, le mystère du Dieu unique et trinitaire, que ceux-ci soient profondément un. L'Église et nous-mêmes, nous n'avons pas su et nous ne savons pas encore vivre cette parole. Cette prière pour l'unité des Églises, c'est une urgence pour toute la vie, et pas uniquement de quelques jours dans l'année. Mais, parce que nous sommes des êtres distraits, la liturgie et l'Église nous rappellent la nécessité de cette prière pour l'Unité des Chrétiens, afin d'accomplir l'ultime désir du Christ, afin que le monde, notre monde croie que Jésus a été envoyé par Dieu pour le sauver.
Mais peut-être que chacun d'entre vous, vous vous demandez ce que ça peut bien vous faire, à vous, l'unité des Chrétiens et ce que vous pouvez faire, de façon plus particulière et plus personnelle. Vous n'êtes pas invités à aller prêcher chez nos frères protestants. Vous n'êtes pas invités à aller célébrer la Cène ni une liturgie orthodoxe. Mais, en tant que baptisés, nous sommes tous invités, à célébrer l'Unité du Christ et à la prolonger dans trois directions différentes que je vous soumets en demandant à chacun d'entre vous, au cours de ces jours, d'en vivre ne serait-ce qu'un seul petit pas.
La première dimension, ce sera dans votre cœur : c'est la dimension même du Christ, celle de sa prière. L'unité des chrétiens n'est pas d'abord affaire de commission internationale ou théologique. Elle n'est même pas d'abord affaire de textes sur l'unité ni peut-être, de manifestation tendant à l'unité. L'unité de l'Église, c'est d'abord le mystère même de la prière de Jésus à son Père, au moment de sa mort, au moment de célébrer sa Pâque et de manifester au monde que ce monde est sauvé. Ces jours-ci, vous prendrez, de façon plus spécifique, plus personnelle, un temps de prière, et je vous demande de relire ce chapitre dix-septième de saint Jean. Non pas d'en faire votre prière, mais d'en faire la prière du Christ, à travers votre cœur, d'en faire la prière du Christ à travers vous qui êtes aujourd'hui ses disciples : "Je prie pour eux et pour tous ceux qui croiront à cause de leur parole "!, et nous en sommes, parce que nous croyons, aujourd'hui, à cause des paroles des apôtres. Prenez, de façon plus profonde, plus intense, un temps de prière, seule, personnelle, pour entrer dans la prière de Jésus, avec ses mots, devant le Père, dans cette consécration de l'Esprit que nous avons reçu au jour de notre baptême et qui est l'ouvrier des désirs de Dieu, qui est l'artisan l'artiste de cette unité qui doit d'abord régner dans notre cœur, entre nous et le Père.
La deuxième dimension, qui sera un prolongement du cœur, c'est celle qui se déploiera dans nos mains. La prière de Jésus s'est accomplie dans son geste qui a été celui de sa Pâque et de sa mort. Il a "livré" son amour. Il a donné son Esprit. Il a manifesté au monde son unité profonde avec le Père et l'Esprit. Alors, il faut qu'à travers nos mains, nos gestes, nos paroles, notre attitude, passe cette semaine, de façon plus authentique, ce que nous aurons prié. Que cette prière de Jésus, parce que nous l'aurons faite nôtre, dans notre cœur, parce que nous aurons pris sur nous les sentiment mêmes du Christ, passe dans nos gestes d'affection, d'amitié, de douceur, de compréhension de respect, d'accueil, selon les mots mêmes que Paul nous adressait tout à l'heure.
Il n'y a pas d'unité véritable sans le geste qui accompagne, qui développe et qui annonce l'unité que nous voulons vivre avec Dieu. Car le Christ n'a pas fait que prier le Père : sa prière s'est incarnée dans sa chair, dans sa mort et dans sa résurrection. Et un geste de charité, c'est toujours une mort et une résurrection, car c'est toujours quelque chose qu'il faut donner pour que l'autre vive de la vie du Christ.
Et la troisième dimension, le troisième élément, c'est dans notre esprit, dans notre intelligence que nous essaierons de le vivre : c'est la recherche de Jésus comme la Vérité. Comme la Vérité unique, comme la Vérité qui, seule, peut réunifier notre cœur avec lui et le cœur de tous les hommes entre eux, à cause de Dieu. Ce matin, lors de la célébration des CMI, je venais de lire aux enfants quelques passages du Prologue de saint Jean : "Au commencement, le Verbe était." Et j'ai posé cette question : "Pour vous, qu'est-ce que c'est le Verbe ? Pourquoi saint Jean appelle-t-il Jésus le Verbe ?" C'est bien un mot difficile. Et une petite fille a dit : "C'est parce que, dans la phrase, le verbe c'est le mot le plus important." Je ne sais pas si les théologiens seraient d'accord avec cette définition, mais elle a plu aux enfants, et je crois que c'est vrai. Si Jésus est la Parole de Dieu, c'est parce que c'est le mot qui, dans notre vie, dans notre esprit et dans notre cœur, est le plus important. C'est ce Verbe, cette Parole de Dieu, cette Vérité, dont nous avons reçu totalement la grâce, dans la plénitude du don de Jésus cette Vérité qui doit être aussi le Verbe de notre vie, parce que Lui-même est Verbe de Dieu, Parole qui jaillit du cœur de Dieu pour tous Les hommes. Et nous avons nous-mêmes, un devoir continuel et permanent de connaître, avec notre esprit avec notre intelligence, le mystère insondable de ce verbe qui est la Vérité de Dieu. Pour que l'unité puisse s'accomplir, il ne suffit pas d'être d'accord sur le plus petit dénominateur commun de notre foi ou de notre conception du monde, il faut s'approcher de la vérité. Et cette vérité, nous avons à la recevoir dans notre cœur par la tendresse de Dieu, nous avons à la vivre dans nos gestes par la charité qui vient de Dieu et nous avons à la contempler avec notre esprit quand nous la trouvons de façon plus forte, de façon plus aiguë, de façon à ce que, vraiment, ce Jésus-Christ soit, dans la longue phrase de notre vie, le mot le plus important.
Frères et sœurs, nous aurons à cœur, chacun et dans la communauté ecclésiale, catholiques, protestants, orthodoxes, de rechercher cette prière de Jésus pour l'unité de son Église, de vivre cette charité du Christ pour l'unité de tous les hommes, de chercher cette vérité qui ne vient que de Dieu, pour que nous puissions, nous autres, être vrais, non pas de notre vérité, mais de celle de Dieu qui seul est capable de nous réunir tous dans toutes nos recherches, dans tous nos désirs. Tout à l'heure, au nom de l'assemblée, le prêtre dira cette prière que j'ai déjà évoquée au début de l'eucharistie : "Seigneur, ne regarde pas nos péchés, mais vois la foi de ton Église. Pour que ta volonté s'accomplisse, donne-lui la paix, conduis-la vers cette unité parfaite !" Que ces mots habitent notre cœur pendant ces jours, pendant les moments où, ensemble, nous prierons pour l'unité, soit dans cette église, soit dans d'autres lieux où des chrétiens cherchent à connaître le visage de Dieu, à partager son amour et à contempler sa vérité.
AMEN