DISTANCE OU PARTENARIAT ?
1 Jn 5, 1-4 ; Jn 3, 31-36
Mardi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – A
(11 janvier 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT
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n ce moment, je suis en train de travailler sur la religion des lumières, la religion de Voltaire, de Rousseau, pour saisir comment cette religion a façonné à la fois la révolution et ce qui a suivi immédiatement, et plus lointainement, notre propre relation à Dieu. Qu'est-ce que la religion de Voltaire ? D'abord, on évacue l'Incarnation, il n'y a plus Noël, il n'y a pas d'acte de foi à porter en un Dieu qui s'est fait homme. Dieu est l'infiniment distant, l'Etre suprême, on l'appelle aussi la divinité. Il est quelqu'un sur lequel on n'a aucune prise. Ses décrets sont incompréhensibles, et la seule voie pour l'homme c'est la de se résigner, de se soumettre. Toutefois la religion de Voltaire garde l'immortalité de l'âme, parce qu'il faut que les gens du peuple, tous les crédules, puissent continuer à croire, pour garantir une sorte de lien social nécessaire, pour éviter que jaillissent le crime, le vol et d'autres phénomènes. Voilà quel est, rapidement brossé, le portrait de l'Etre suprême.
On comprend que face à un tel Dieu, l'homme est en vis-à-vis, mais l'homme est infiniment bas, infiniment étranger à ce Dieu-là. Les textes que nous venons d'entendre disent l'inverse. D'abord cette profession de foi de Jean-Baptiste, celui qui ne reconnaît pas le Christ, celui qui ne saisit pas cette relation particulière du Christ avec son Père, il ne peut pas voir la vie, la colère de Dieu demeure sur lui. C'est-à-dire qu'il doit se soumettre à des jugements qu'il ne comprend pas, il doit se soumettre à un destin et peut-être aura-t-il la vie éternelle, si par sa vertu, il mène une vie à peu près convenable.
De la même manière, l'épître de saint Jean nous dit quelque chose : par la foi, comme dit Claudel, nous sommes introduits dans un système en plein fonctionnement. Par la foi, par le baptême, nous devenons d'autres christs, nous reconnaissons tout ce que Dieu nous a donné, et nous rendons à Dieu tout ce qu'Il nous a donné en nous donnant nous-même. Nous ne sommes pas placés en vis-à-vis par rapport à Dieu, mais nous sommes introduits par le baptême dans le vie divine. A ce moment-là, le malheur qui nous arrive, à ce moment-là, cette vie qui nous est donnée n'est plus la soumission à un destin aveugle, mais cette vie qui nous est donnée est participation à la vie du Fils, cette vie qui nous est donnée, est communion à sa croix, cette vie qui nous est donnée est déjà communion à la victoire.
On comprend alors cette phrase de saint Jean quand il dit : "Les commandements de Dieu ne sont pas pesants", parce qu'ils ne sont pas le fait d'une divinité qui nous surplombe, d'une divinité qui impose à la pauvre humanité un certain nombre de malheurs ou d'épreuves, mais nous comprenons que de l'intérieur, Dieu est en nous pour se rendre à Lui-même ce qu'Il nous donne, pour en quelque sorte, par notre vie, se redonner à Lui-même le don qu'il nous fait de sa vie. Nous comprenons dans la foi chrétienne, par l'Incarnation à cause de Noël, parce que le Christ a voulu prendre notre chair, que nous ne sommes plus ces étrangers à Dieu, mais que nous sommes participants par la grâce de notre baptême.
AMEN