JÉSUS PREND SUR LUI LE PÉCHÉ DE L'HUMANITÉ

2 S 13, 1-14 ; Lc 3, 15-16 + 21-22

Mardi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – B

(14 janvier 2003)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

es deux textes que nous avons lu n'ont aucun rapport l'un avec l'autre, je ne vais pas essayer artificiellement de faire une synthèse, je vous propose de parler seulement du texte de l'évangile.

Celui-ci en effet, se situe exactement dans le droit fil de la fête que nous avons célébré dimanche, la fête du baptême du Christ. Dimanche, nous avons entendu le récit qu'en donne Marc, et aux vigiles, nous avions eu celui de Jean, aujourd'hui, c'est la ver­sion de Luc qui nous est proposée. Dans cette version de saint Luc, la particularité que je voudrais retenir est cette mention que Luc est seul à nous faire, que Jésus baptisé comme la foule, se trouvait en prière, et qu'à ce moment-là le ciel s'est ouvert et que l'Esprit Saint est descendu sur Lui à la manière d'une colombe. Jésus était donc en prière. Saint Luc aime, à de nombreuses reprises dans son évangile, citer ainsi expressément cette attitude de prière de Jésus, ici au moment de son baptême, un peu plus loin, au moment de la Transfiguration, au moment de son agonie à Gethsémani. Jésus donc, en quelque sorte, se res­source dans la prière aux moments majeurs de son existence terrestre. C'est dans le face à face avec le Père que se noue la signification profonde des événe­ments que vit Jésus.

Au moment où Il vient de recevoir le bap­tême, c'est-à-dire de se mettre au nombre des pé­cheurs, puisque le baptême s'adresse aux pécheurs, pour qu'ils soient délivrés en vue du Royaume. Jésus qui est sans péché a donc pris sur Lui le péché du monde, c'est ce que saint Jean précise dans sa ver­sion : "Voici l'Agneau de Dieu qui porte le péché du monde". Jésus s'est donc revêtu de tout ce péché qui traverse l'histoire des hommes, et dont le récit d'Am­non et Tamar n'en est qu'un parmi beaucoup d'autres, Jésus a vraiment endossé le péché des hommes. Il se présente devant le Père dans cette situation d'un Dieu qui se met au nombre des pécheurs, parce qu'Il as­sume le péché qu'Il n'a pas commis, mais Il se fait l'un de ses frères pour expier leur péché. Et c'est dans cette situation qu'Il se présente devant le Père dans sa prière au moment de son baptême. Alors, le Père va lui dire : "Tu es mon Fils Bien-aimé, tu as toute ma faveur", ou selon d'autres versions : "Moi aujourd'hui je t'ai engendré", qu'il s'agisse donc de l'éternelle relation du Père avec le Fils, ou de cet amour infini qui circule entre eux, le Fils qui se fait au milieu de l'humanité pécheresse, celui qui prend sur Lui le pé­ché des hommes, le Fils est le bien-aimé du Père.

C'est pourquoi Il peut prendre sur Lui toutes ces fautes des hommes et en délivrer l'humanité, parce que l'amour du Père est en Lui et que cet amour est plus fort que toutes fautes, plus fort que tous les pé­chés et que tout le mal. Cet amour du Père pour le Fils va se traduire par l'envoi de l'Esprit, non pas que le Fils jusque-là ait été étranger à l'Esprit, car de toute éternité, c'est dans une même communion que le Père Lui et l'Esprit vivent dans cet échange infini de ten­dresse et de don. Mais l'Esprit est visiblement donné au Fils dans son humanité, pour qu'au moment même où le Fils se met en lien avec tous les hommes, prenant sur Lui leur péché, l'Esprit qui le remplit de toute éternité va se répandre sur l'humanité. Jean l'avait dit : "Il vous baptisera dans l'Esprit". Le Fils est venu pour répandre largement cet Esprit d'amour, de vie, de Résurrection, de pardon, pour le répandre sur l'humanité tout entière et ainsi pour la délivrer du mal et du péché.

Le baptême chrétien qui s'inaugure ainsi dans ce baptême de Jésus va consister à répandre cet Esprit d'amour sur l'humanité tout entière pour quelle soit enfin libérée de ce mal qu'elle ne cesse de fomenter en elle-même.

Que notre propre baptême, que le baptême de tous nos frères chrétiens, que ce baptême qui est pro­posé à l'humanité tout entière soit vraiment pour nous le don de l'Esprit, le don de la vie, le don de la sain­teté, la purification de toutes nos fautes, de tout ce mal que nous portons en nous-mêmes. Que par la prière de Jésus vienne jusqu'à nous cette délivrance, cette libération, cette sanctification qui nous permettra de rejoindre avec le Christ, le Père dans la sainteté éternelle.

 

 

AMEN