LE GRAND DÉSIR DE DIEU
2 S 12-13+17-23 ; Mc 1, 16-20
Mardi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – A
(15 janvier 2002)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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ela commence comme un film, deux bandes de mauvais garçons, comme dans West stide story, ou Roméo et Juliette, face à face, séparés par de l'eau, par un petit lac, et cela finit comme le drame de la Croix, dans cette incompréhension entre l'homme et Dieu. Cela commence comme deux bandes de mauvais garçons, deux maison, comme dirait Shakespeare, qui vont s'affronter, la maison de Saül et la maison de David. David vient d'être sacré roi, et maintenant, c'est Ishbaal, le fils de Saül qui va être lui aussi sacré roi. Les deux maisons s'affrontent, un petit texte que nous n'avons pas lu parle des deux cadets qui s'entretuent, avec en finale, un homme qui en poursuit un autre. Abner, général de l'armée de Saül, court et est poursuivi par un jeune homme de la maison de David. Ce jeune homme ne dit pas grand-chose, Asaël ne dit rien. Il est seulement caractérisé par ce verset très laconique, qui révèle tout son être et son désir : il court, il court même très vite, comme une gazelle agile, et surtout, il ne se détourne ni à droite ni à gauche, il va droit au but. C'est une sorte de fascination du désir, du désir de tuer, désir d'aboutir à ce qu'il veut, la mort de cet homme, dans une scène très rapide, très courte qui s'achève par ce coup de lance porté à cet homme qui en meurt.
Il ne s'agit pas de faire des passages trop simplistes, entre cette scène et celle de l'évangile. Ceci dit, l'auteur Marc a lui aussi une manière de représenter le désir que Dieu a pour les hommes. Dieu nous désire, à travers des scènes très courtes, comme des flèches, avec ce mot qui revient très souvent : aussitôt. Dieu fait homme, Jésus, passe son temps à courir après les hommes, à essayer de les saisir, de les prendre pour Lui pour les regarder face à face. Abner dit à Asaël : détourne-toi, occupe-toi d'une autre, ne me regarde pas face à face, sinon tu vas mourir. Et Jésus est Celui qui court après les hommes pour les regarder, leur parler et entrer en dialogue.
Je crois qu'il y a là une autre manière de revisiter cette phrase que Jésus adresse aux apôtres : "Viens, suis-Moi". Quand Il dit de suivre, on pourrait croire qu'il n'a que son dos à nous offrir, dans ce geste de suivre celui qui nous précède, et pourtant, je crois que la grande nouveauté, ce que nous propose le Christ dans cette phrase "Viens et suis-Moi", ce n'est pas de regarder son dos, de le suivre bêtement, mais au contraire, c'est de rentrer dans un dialogue, dans un face à face avec Lui. C'est là aussi tout le drame de la croix, le drame de Dieu en quête de l'homme, car bien souvent le Christ va s'opposer à un "non", à un refus poli, à un refus fondé sur la trahison, la trahison par faiblesse, la trahison par incompréhension. Et en finale, le Christ va essuyer un "non" de fureur, un non terrible, celui de la croix où Il va se laisser crucifier, où ses mains vont être transpercées de clous, où son oreille va être transpercée par ces phrases terribles de ces gens qui vont lui lancer à la figure : "Si tu es Dieu, fais un miracle, délivre-Toi, montre-nous que Tu es le Fils de Dieu". Et pour terminer par ce face à face que Jésus ne voulait pas, avec le visage grimaçant de l'homme qui contemple son Dieu accroché à cette croix, cette figure grimaçante comme dans certaines représentations d'un peintre, Munsh, où l'on voit ces hommes avec des visages torturés, des regards vides immenses, qui semblent assassiner Dieu sur la croix, plus sûrement qu'Abner l'a fait en donnant ce coup de lance à Asaël qui le poursuivait.
Frères et sœurs, que cette passion, ce désir qui habite le Christ, de poursuivre l'homme pour lui découvrir sa face, que cette passion nous habite nous aussi afin que dans l'audace nous acceptions et nous recherchions de regarder aussi la face de Dieu.
AMEN