L'ESPRIT SAINT VISIBLE ET INVISIBLE
1 S 17, 57-18; 5 ; Lc 3, 15-16+21-22
Mardi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – B
(15 janvier 1991)
Homélie du Frère Michel MORIN
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n pourrait penser que le saint Esprit avait une double vie : une vie publique et une vie privée.
Lorsque nous parcourons rapidement l'ensemble de l'histoire sainte, c'est-à-dire de la manifestation de la sainteté de Dieu dans notre histoire, de fait dans la partie essentiellement biblique, mais aujourd'hui encore nous sommes l'histoire sainte, la Bible, nous remarquons très vite que, dès l'Ancien Testament, l'Esprit était dans ce monde, l'Esprit habitait le cœur de l'homme, l'Esprit conduisait certains événements de l'intérieur. Nous le voyons même depuis le premier verset de la Genèse quand il est dit : "l'Esprit planait sur les eaux !" Mais cette expression ne comporte aucun signe visible de l'Esprit. On dit qu'Il plane mais on ne le voit pas planer. On pourrait également rappeler la grande prophétie d'Ezéchiel, de Jérémie : "Il est promis un Esprit".
Et, dans le Nouveau Testament, tout d'un coup, l'Esprit prend une forme publique. Et ceci dans deux événements qui sont d'ailleurs extrêmement proches l'un et l'autre, l'un de l'autre. C'est le baptême de Jésus où l'Esprit saint est vu sous cette forme de colombe comme dit la Bible. Il y a donc une publicité de l'Esprit. Il est remarqué par la foule et spécialement par Jean-Baptiste. Et ceci se reproduira au moment de la Pentecôte lorsque l'Esprit sera donné. Il y aura une visibilité de la présence de l'Esprit sous la forme du feu. Ceci en fidélité à la Promesse, à l'annonce de Jean-Baptiste : "Lui vous baptisera dans l'Esprit et le feu !", dans le feu de l'Esprit.
Ces deux événements sont profondément liés l'un à l'autre parce que le baptême de Jésus est le commencement de sa vie publique et la Pentecôte est le commencement de la vie publique de l'Église. Mais Jésus existait en tant que Fils de Dieu depuis toujours, et en tant que Fils de l'Homme dans la chair depuis quelques années. Et au jour de la Pentecôte, l'Église est manifestée car elle aussi existe depuis toujours. Les Pères de l'Église nous l'ont appris de façon fort savoureuse : elle existe depuis Adam et Eve, elle existe depuis la création et même elle existe avant toute fondation du monde dans le cœur même de la Trinité comme nous l'apprend l'hymne christologique de l'épître aux Éphésiens.
Il y a donc bien, de cet Esprit de Dieu, une sorte de mouvement, une mouvance qui est à la fois invisible, privée, intime, et qui à certains événements majeurs, se rend visible. Et qui se rend visible simplement pour que le sceau de sa présence soit signifié. Que l'Esprit se manifeste sous une forme de colombe ou de flamme, ceci n'ajoute rien ni à l'Esprit saint ni à toute la valeur spirituelle, ecclésiale, christologique de l'événement. Lorsque Jésus reçoit l'Esprit saint qui descend sur Lui, cela ne veut pas dire qu'Il lui manquait jusqu'à ce moment-là, mais cela signifie que cet Esprit trinitaire qui est en Lui est manifesté pour que l'on croie vraiment qu'Il est le Fils de Dieu, deuxième personne de la Trinité, vivant dans ce lien éternel d'amour avec le Père qui est justement l'Esprit.
Et c'est ainsi que va le monde, c'est ainsi que va la création, c'est ainsi que va la Rédemption, c'est ainsi que va notre vie. Il y a dans notre vie cette présence intime de l'Esprit Saint. Et notre vie de baptisé c'est tout simplement mais profondément de consentir à la vie de cet Esprit-Saint. Etre baptisé c'est poser en permanence ce consentement intérieur à la vie de l'Esprit Saint. C'est tout simplement dire oui à cette force de l'Esprit Saint. Oui parce qu'Il nous vivifie, Oui parce qu'Il nous purifie, oui parce qu'Il nous divinise. Mais ce consentement intérieur, qui a été par exemple celui qui s'est produit dans le sein de la vierge Marie, c'est un événement de la vie privée du saint Esprit lorsqu'Il l'a "couverte de son Ombre" pour que toute la force de la vie divine s'investisse dans la chair humaine et donne naissance au Christ Jésus, doit être aussi le nôtre. Nous avons à consentir en permanence, chaque jour, à cette vie de l'Esprit. Et lorsque nous consentons à cette vie de l'Esprit, comme Jésus l'a fait dans son cœur et comme Il l'a souvent exprimé dans sa prière ou dans ses paroles : "Père, que Ta volonté soit faite !" A ce moment-là, Jésus manifeste qu'Il est le Fils du Père. Et lorsque nous nous unissons à cette force de l'Esprit, lorsque nous consentons à l'Alliance spirituelle de la vie divine dans notre propre chair, nous permettons à Dieu de dire, en nous regardant : "Tu es mon fils bien-aimé ! Aujourd'hui je t'ai engendré !" Car cette parole, si elle a été dite par le Père pour le Christ, le Premier dont la chair humaine a été totalement investie par la vie divine dans la puissance de l'Esprit Saint, c'est pour que le Père puisse le dire un jour de tout homme, de tout homme baptisé, de chacun d'entre nous, à chaque instant de notre vie. Et consentir à cette force, à cette vie de l'Esprit saint en nous, c'est tout simplement permettre au Père de consentir à faire de nous ses fils :"Tu es mon fils ! Aujourd'hui je t'ai engendré dans la force de l'Esprit et donc tu es vraiment fils".
C'est cela, profondément, notre vie baptismale, ce dialogue intime, cette alliance intérieure, ce consentement entre notre être humain et le don de l'Esprit Saint. Et dans ce dialogue, nous disons à Dieu, par la force de l'Esprit, qu'Il est notre Père. Et Il nous dit, dans la force de ce même Esprit : Tu es mon Fils. Moi, aujourd'hui encore, Je t'engendre. Et ainsi, d'engendrement en engendrement, de reconnaissance de Dieu comme Père en proclamation de Dieu que nous sommes ses fils, nous allons vers Lui, nous sommes attirés vers Lui. Et plus nous vivons ce dialogue entre le Père et le fils que nous sommes, plus, à ce moment-là, le Fils s'incarne en nous et plus nous vivons à son Image et à sa ressemblance, Lui qui parle toujours de Dieu comme son Père, et Lui qui reçoit du Père cette parole : "Tu es mon Fils, aujourd'hui, Je T'ai engendré !"
Que nous ayons plaisir, joie spirituelle à vivre avec Dieu ce dialogue, dans l'intimité de notre cœur : Notre Père, mon Père, mon fils, je t'engendre aujourd'hui et que ce dialogue soit parfois visible, perceptible dans notre vie, pour que les hommes puissent découvrir, non pas peut-être Dieu directement comme Père, mais nous comme ses enfants. Et ainsi nous les aiderons à reconnaître, un jour, que Dieu est aussi leur Père.
AMEN