TANDIS QU'IL PRIAIT

Os 2, 4+7+10 ; Lc 3, 15-16+21-22

Mardi de la deuxième semaine de l'Épiphanie – B

(12 janvier 1988)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

S

ur cet événement du baptême du Christ, saint Luc apporte quelques notations particulières. Je voudrais souligner la suivante : "Quand tout le peuple eut été baptisé, au moment où Jésus, baptisé lui aussi, se trouvait en prière, le ciel s'ouvrit."

Jésus se trouvait en prière. Cette attention de saint Luc pour la prière de Jésus ne se manifeste pas seulement à ce moment du baptême, mais à diverses reprises, notamment lors de la Transfiguration ("Tan­dis qu'Il priait, son Visage devint éclatant comme le lumière",) ou avant la confession de Pierre ("Jésus s'était retiré à l'écart pour prier"). Les grands événe­ments de la vie du Christ ont lieu au cœur de la prière, c'est-à-dire non pas seulement lors d'un moment de recueillement, de dévotion, de vie spirituelle, mais au sens très fort, dans un moment de communication avec le Père. La prière de Jésus c'est un moment de ressourcement du Christ dans le face-à-face avec son Père. Son Père qu'Il ne quitte jamais en tant que Dieu, mais que, comme homme, Jésus a besoin de retrouver régulièrement. Et l'évangile nous dit aussi, à plusieurs reprises, que "la nuit, Jésus s'écartait seul dans la montagne ou dans le désert, dans la solitude, pour prier" et même qu'Il "passait toute la nuit en prière".

Jésus, donc, a besoin, au niveau de sa vie hu­maine, de manifester de façon concrète, réelle, très précise, ce face-à-face avec le Père qui est le tout de sa vie divine. Jésus a besoin de se mettre ainsi dans l'intimité du Père, pour y trouver la force, la vigueur, pour y trouver toute le plénitude d'amour qu'Il doit ensuite répandre sur ses disciples et sur la foule des hommes qui viennent vers Lui pour lui demander une parole d'enseignement ou un geste de guérison. Et au moment où Il est baptisé et où s'inaugure sa vie publi­que, c'est encore dans la prière que Jésus vient pren­dre pied ou reprendre haleine. C'est quand Jésus est en prière que le "ciel s'ouvre".

"Le ciel s'ouvre" c'est-à-dire cette communi­cation de Jésus avec son Père s'étend à l'univers, à l'humanité, à la création tout entière. "Le ciel s'ouvre" et donc se répand sur la terre. l'Esprit qui va descen­dre sur Jésus, et qui à travers Jésus sera répandu sur ses disciples et sur l'humanité tout entière, l'Esprit c'est Dieu Lui-même en personne qui vient mêler sa vie à la nôtre, vivifier notre vie par la sienne. "Le ciel s'ouvre" cela veut dire que la grâce de Dieu, la pré­sence de Dieu, la vie personnelle de Dieu, est donnée aux hommes et répandue sur la terre.

C'est donc un mouvement d'élévation de Jésus vers le Père, dans la prière, qui provoque cette ou­verture du ciel par laquelle se répand la grâce qui descend du Père sur nous. C'est comme un va-et-vient entre le Christ, qui soulève avec Lui toute l'humanité pour l'offrir au Père, et le Père qui répond à cette prière du Fils en répandant sur Lui et sur toute l'hu­manité la grâce, l'Esprit Saint.

Nous vivons de cet Esprit que le Père a ré­pandu sur Jésus et à travers Jésus sur nous. Nous vi­vons dans cette prière que Jésus adresse au Père et qu'Il adresse en notre nom, cette prière dans laquelle Il nous prend avec Lui pour nous élever jusqu'au Père. Nous vivons dans cette grâce et cette prière. C'est cela la vie chrétienne. Qu'à travers nous la grâce de Dieu se répande autour de nous, sur l'humanité, sur tous nos frères. Qu'à travers nous, à travers notre prière, tous nos frères qui nous entourent soient, eux aussi, offerts au Père, conduits jusqu'au Père, jusqu'à Dieu. A la suite du Christ et comme Lui, et en dépendance de Lui, que nous soyons des intermédiaires d'offrande et de grâce. Qu'à travers nous tous les hommes qui sont nos frères soient rejoints par Dieu et soient en marche vers Dieu.

 

AMEN