SIGNES DE RÉSURRECTION
Gn 1, 14-25 : Mt 3, 13-17
Mardi de la deuxième semaine du temps de l'Épiphanie – C
(12 janvier 2010)
Obsèques
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Saint Jean de Côle : Le Baptême du Christ
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rères et sœurs, il pouvait sembler étrange d'accompagner Gisèle en écoutant en première lecture ce récit de la création, car ce qui nous vient à l'esprit c'est que la mort est plutôt une décréation, de disparition, de dissolution. Il peut aussi sembler étrange au début de cet évangile que nous avons entendu qui raconte le baptême du Christ, évangile que nous avons aussi entendu dimanche dernier, de découvrir Jésus qui paraît. On se dit, c'est bien, Dieu paraît, les choses vont reprendre leur place, il va être manifesté dans sa puissance et sa grandeur. Et pourtant, avant de manifester sa grandeur et sa puissance, Jésus apparaît dans la faiblesse de l'homme. Jésus apparaît dans la chair de l'humanité, faible, parce que limitée, parce que soumise à la maladie, soumise à la mort. Et aussi, parce que Jésus dans le baptême qu'il reçoit apparaît comme un pécheur parmi les autres. Le péché, si cela consiste à faire des choses pas très bien, le péché est aussi plus exactement une marque de faiblesse, c'est découvrir que je ne peux pas vivre tout seul et que j'ai besoin des autres, que j'ai besoin de Dieu.
Je crois qu'il est beau, et je le vois comme un très beau signe qu'aujourd'hui nous ayons lu le baptême du Christ pour Gisèle et pour vous tous réunis dans cette église. Pourquoi ? parce qu'aujourd'hui quand des jeunes couples viennent présenter leur bébé pour un baptême, on y voit plutôt l'occasion de faire la fête, c'est très bien, on y voit l'occasion d'avoir un nouveau petit chrétien, et c'est très bien. Mais je crois que pour la génération de Gisèle, le baptême avait une signification plus aiguë, c'était de rappeler la faiblesse de la chair, tout simplement parce que à son époque, il y avait plus d'enfants qui mouraient jeunes, de maladies, et l'on sait que les parents aimaient baptiser très rapidement leur enfant.
Bien sûr, pour nous, Dieu devrait plutôt être celui qui de temps en temps vient remettre de l'ordre dans la vie, dans le monde, enlever les difficultés, alors qu'en fait, Dieu a choisi une autre voie. Jésus en acceptant de recevoir le baptême de Jean le baptiste, Jésus en acceptant de revêtir la chair de l'humanité dans toute sa faiblesse, Dieu a décidé d'être avec nous. Et c'est une grande différence. Dieu avec nous, c'est ce que nous avons célébré à Noël. Emmanuel, ce prénom très beau veut dire : Dieu avec nous. Cela veut dire qu'au cœur même de notre vie, au cœur même de notre tourment, au cœur même de tout ce que nous avons pu vivre, et vous le savez comme moi, vous qui êtes partis d'Algérie, qui êtes passés par la Corse, ensuite vous êtes venus vous installer dans le sud de la France, que de tourments, que de changements, que de choses à reprendre, à refaire, que de doutes. Et Dieu avec vous, et Dieu toujours avec Gisèle.
Bien sûr, le moment ultime de la présence de Dieu c'est le moment où la mort se fait plus pressante, et dans le cas de Gisèle, c'est la maladie. Là, nous sommes livrés à notre propre liberté, nous ne savons pas toujours comment nous réagirons face à notre propre mort, mais ce que vous m'avez dit hier, le témoignage des enfants de Gisèle, était un témoignage très simple et très beau, Gisèle dans son cœur de mère, dans son cœur d'épouse, a fait face à la maladie. Dans le secret de la maladie, dans le secret de la présence de Dieu dans sa vie, elle a fait face. Autrement dit, elle a accepté dans sa chair de vivre la maladie, non pas comme une défaite, non pas en baissant les bras, mais en combattant comme un soldat, c'est-à-dire en découvrant que si la maladie pouvait restreindre certaines de ses capacités, elle ne pouvait en aucun cas l'empêcher de continuer à aimer sa famille et ses amis. C'est cela que Gisèle vous a livré. La mort, même si elle peut nous sembler puissante, en fait a été élaguée, a été battue par le Christ mort et ressuscité, et aujourd'hui, à chaque fois que nous vivons une épreuve, c'est le Christ en toute simplicité qui nous accompagne dans notre vie et dans notre lutte.
Cette vie continue auprès de Dieu. Bien sûr, la réalité de la relation change, puisque nous ne pouvons plus la voir avec nos yeux de chair, mais ce que nous dit Gisèle, ce que nous dit la mort et la résurrection du Christ, ce que nous dit l'eucharistie que nous allons célébrer dans quelques minutes, c'est l'existence de nouveaux liens invisibles qui se créent entre la personne vivante dans le ciel et nous qui sommes vivants sur terre. Que tous ces signes baptismaux que vous recevez dans cette célébration et que l'eucharistie que nous allons vivre avec Gisèle soit pour vous source d'apaisement de paix et d'espérance.
AMEN