L'IDOLÂTRIE

1 S 7, 3-12

(16 janvier 2001)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Athènes : Animal mythique 

I

l est des choses qui nous paraissent graves à nos yeux, mais ce n'est pas certain que Dieu considère dans la même hiérarchie la gravité des choses qui peuvent nous arriver. Ce que nous considérons comme grave, c'est ce qui atteint notre santé, la santé de nos proches, notre image ou celle de nos proches, la réputation, la contrariété de nos désirs et de nos projets. Je crois que pour Dieu, non pas qu'Il soit "inhumain", mais Il est divin, Il classe dans un autre ordre, une autre hiérarchie ce qui est grave pour l'humain. Et une des choses qu'il place en tête, c'est ce que nous mettons à sa place. Pour Lui, ce mal-là est un des maux les plus graves contre lequel Il essaie de nous inviter à lutter. Ce que l'Ancien Testament appelle idolâtrie, et qui souvent chez nous, lorsque nous articulons ce mot nous y voyons un peu un combat d'arrière-garde concernant les temples antiques et les statues qui habitaient ces temples et nous ne considérons pas comme menacés par cette tentation d'idolâtrie. Et pourtant, elle est une des tentations à laquelle nous sommes le plus enclin à nous soumettre, d'autant plus que nous ne la considérons pas comme si menaçante et si présente dans notre vie. En fait, il est très difficile de maintenir Dieu à sa place sans jamais le remplacer. Pourquoi ? Parce que malgré nous, et notre attachement formulé à Dieu, par la présence que nous donnons à l'Eucharistie, aux sacrements, les réponses de Dieu se faisant tardives, ou ne venant pas, nous lui restons attachés, mais notre foi perd de son ardeur et cette perte de foi ardente nous fait placer d'autres objets qui ne sont pas mauvais en soi, mais qui prennent la place de Dieu.

       Dans le livre de Samuel, la première chose que le prophète demande au peuple d'Israël c'est d'enlever les idoles, et ensuite de se convertir. Mais avant de pouvoir se convertir, il faut d'abord voir que nous avons été aveuglés par des choses qui prenaient la place de Dieu, et auxquelles nous avons accordé une confiance déplacée. Ce peut être notre vie, nos proches, nos projets, peu importe, ces choses qui très progressivement, sans faire de bruit, prennent la place de Dieu, Celui qui seul du fait de ce qu'il est peut nous donner sa grâce. Ces choses ne nous donneront pas la grâce, nous ne cessons pas de chanter dans les psaumes que ces idoles n'ont ni yeux ni oreilles, ni bouche, qu'elles ne parlent pas et n'entendent pas et qu'elles ne peuvent rien donner.

       Frères et sœurs, nous pouvons reprendre le catalogue de ce qui a pris la place de Dieu en nous, et qui finalement obstruent le véritable chemin de confiance vers Lui, chemin qui est toujours menacé par le fait que nous ne le voyons pas et que nous ne l'entendons pas et que nous sommes désespérés par son silence et ses délais. Mais c'est cette foi qui est la seule garantie de notre relation à Lui, ne la laissons pas être dévoyée par des idoles qui auraient pris sa place et qui nous empêcheraient de le contempler avec foi.

 

       AMEN