EAU, FEU MAIS DOUCEUR DE L'ESPRIT

Is 40, 1-5 + 9-11 ; Tt 2, 11-14 et 3, 4-7 ; Lc 3, 15-16 + 21-22
Baptême du Christ – année C (9 janvier 2022)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

Frères et sœurs, un tout petit sermon aujourd'hui parce que le vrai sermon est le baptême de Charles. En effet, on a toujours pensé que le véritable enseignement dans les assemblées, enseignement vraiment plénier, riche et qui nous aide à réfléchir, ce sont les sacrements, que ce soit l'eucharistie, le baptême ou la confirmation. Je vais donc simplement évoquer pour vous ce que signifie le baptême aujourd'hui et plus spécialement pour nous le baptême de Charles.

Habituellement, on imagine que le baptême est une fête, le moment où tout le monde se retrouve en famille, où on est heureux de se retrouver pour accompagner le nouveau-né. C'est très vrai mais il faut bien avouer que dans le cas du baptême de Jésus, ce n'était pas du tout la situation. D'une part, cela se situait sans doute suite à une rupture familiale, parce que Jésus avait rompu avec sa famille de Nazareth pour aller auprès de Jean-Baptiste voir un peu ce qu'il faisait. D'autre part, parce que le contexte n'était pas drôle. Le Jourdain est un fleuve quand même assez sauvage, non par la fureur des flots du moins par le côté très sauvage de l'ambiance, le Jourdain s'écoulant à travers une véritable forêt vierge. On ne peut pas dire que cette eau soit le symbole apaisant et rassurant, c'est un fleuve dangereux, non-navigable, terrible. Ici, l'eau n'est pas nécessairement un signe de tranquillité, du bonheur de prendre un bain, d'être à la plage, etc. Il n'y a rien de tout cela.

La deuxième chose, c'est que Jean-Baptiste lui-même avait prêché son baptême : il en est l'inventeur, ce n'est pas Jésus. Jean-Baptiste avait inventé le rite du baptême en disant : « Je vous baptise parce qu'il faut vous convertir, il va y avoir une catastrophe ». Donc atmosphère totalement catastrophiste du baptême de Jean. Et Jésus a bien connu cela puisqu'Il y est allé et qu'Il a entendu la prédication de Jean. Donc ce n'est pas si positif que cela.

Dernière chose, Jean-Baptiste lui-même, quand il parle du prochain baptême qui va arriver avec Jésus, dit que la prochaine édition ne sera pas drôle puisque Jésus va baptiser dans le feu. Or chacun sait que le feu n'est pas nécessairement, parmi les quatre éléments, le plus paisible et le plus joyeux. C'est aussi le feu qui dévaste, le feu qui dévore. C'est en conformité avec la prédication de Jean-Baptiste qui disait : « Attention, c'est la catastrophe ! »

Les éléments symboliques du baptême tels qu'ils nous sont rapportés dans les évangiles ne sont pas du tout un moment de paix, de réconciliation et de tranquillité. C'est au contraire un moment dans lequel on est bouleversé par les flots du Jourdain, une eau plutôt sauvage, même si elle apporte la vie, même si cette eau porte en elle toutes les marques du vouloir vivre, mais un vouloir vivre violent. D'autre part, se prépare un baptême par le feu, c'est-à-dire un baptême de jugement, un baptême qui nous conduit au-delà de nous-mêmes vers une transcendance, vers un avenir que nous ne pouvons pas maîtriser.

Mais il y a quand même la colombe. D'accord, mais la colombe comment ? La colombe n'éteint pas le feu, ne calme pas la fureur des flots. La colombe, c'est l'Esprit Saint, c'est la présence discrète du vol d'un oiseau qui vient se poser au-dessus de la scène du baptême de Jésus. C'est assez intéressant parce que la colombe symbolise une présence de Dieu qui s'introduit dans le monde à travers le baptême de Jésus, une sorte de présence furtive, presque invisible, presque indiscernable, en tout cas qui ne maîtrise pas la situation.

Autrement dit, qu'est-ce que cela veut dire pour nous aujourd'hui ? C'est très simple. Si nous croyons que le baptême est simplement là pour tranquilliser le monde et la vie humaine, je crois que nous faisons erreur. Quand Jésus est venu au baptême, Il s'est plongé dans le monde avec toute la violence, toute la difficulté, tout le feu, tous les aléas de l'histoire. En fait, cette scène du baptême telle que Jean-Baptiste l'avait préparée, c'est une scène dans laquelle chaque homme sait qu'il est livré à une certaine violence, la violence du monde. Mais il y a la possibilité de laisser entrer la présence de l'Esprit, non pas pour tout maîtriser, non pas pour tout calmer. Depuis vingt siècles que cela dure, on ne peut pas dire que le monde se soit foncièrement amélioré. Mais c'est simplement pour dire qu'à partir du moment où le Christ est baptisé, c'est la colombe, c'est le signe même de la paix qui vient se poser au-dessus de Lui et qui nous dit : « Dans ce geste si simple de l'eau qui annonce le feu, la colombe, la présence de Dieu, l'Esprit Saint vient se poser ».

Charles, quand on va te baptiser tout à l'heure, c'est exactement ce qui va se passer. Tu vas être baptisé, c'est-à-dire que tu vas être saisi par le tourbillon du monde au fur et à mesure que tu grandiras. On ne peut pas dire que cela sera toujours très calme. Aujourd'hui, on en sait quelque chose à travers tous les bouleversements à la fois politiques, diplomatiques et surtout sanitaires. Tu es plongé là-dedans, on n'y peut rien, on y est tous. Et c'est ce jour là que tu choisis ou que tes parents ont choisi pour que tu sois baptisé. Tu entres dans ce mouvement, ce bouillonnement de la vie du monde et cet élan vers quelque chose que l'on ne sait pas exactement déterminer et que Jean appelle le feu. Mais en même temps, aujourd'hui, dans un geste tout simple, nous sommes là tous rassemblés pour prier pour que descende sur toi la douceur de l'Esprit Saint et que tu découvres ainsi la source même du salut, de la paix et de la joie de vivre en enfant de Dieu. Amen.