UN HOMME AVAIT DEUX FILS
Lc 3, 21-38
Vigiles de l'Épiphanie – C
(2 janvier 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

L'adoration des mages
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n père avait deux fils. Son premier fils jaillissait de son cœur de toute éternité, dans un immense acte d'amour, dans une immense lumière, son fils bien-aimé, son image parfaite, le resplendissement de sa gloire.
Son autre fils avait quitté la maison de son père. Il s'était éloigné. Il avait voulu vivre seul, de son héritage et il était tombé dans la déréliction et dans la mort, qui l'avait englouti, qui s'était refermée sur lui. Avant de mourir, ce second fils avait à son tour engendré des enfants, des fils et des filles et ses descendants s'éloignaient de plus en plus de la maison du Père. Et le Père ne pouvait pas se consoler de ce que son second fils et tous ses descendants étaient loin de son cœur, loin du bonheur, loin de cette intimité jaillissante, lumineuse et splendide qu'il partageait avec son fils, son unique, son bien-aimé.
C'est pourquoi, le Père a résolu d'envoyer son fils son unique, son bien-aimé pour chercher son autre fils et tous ses descendants avec lui, pour les ramener dans la maison paternelle, auprès de lui, pour leur donner l'héritage véritable, pour les rendre de nouveau participants de son amour. "Tu es mon Fils Bien-Aimé !" dit le Père à Jésus. Et la longue généalogie que nous venons d'entendre nous dit "Adam, fils de Dieu". Voilà les deux fils de Dieu. Le Fils éternel et puis Adam, celui qui s'est éloigné de la maison du Père.
Jésus, le Fils éternel du Père est venu prendre chair dans la famille des descendants d'Adam. Il est venu se faire le descendant d'Adam, un homme parmi les hommes. De cette manière, Jésus, nous venons de l'entendre dans cette page d'évangile, est doublement le Fils du Père. Il est le Fils du Père dans cet acte éternel d'amour qui jaillit du cœur de son Père. Il est aussi le fils du Père par cette longue et complexe succession de générations, de tous ces hommes pécheurs qui depuis Adam, fils de Dieu, s'étaient éloignés du Père et dans la race desquels Jésus est venu prendre chair, par la vierge Marie, l'épouse de Joseph, le descendant de David, d'Abraham et de tous ces hommes innombrables dont nous avons énuméré les noms.
Doublement fils du Père, et cet évangile nous montre comment Jésus réunit, en Lui, cette double filiation pour redonner à la race d'Adam, devenue sa propre race par Marie, pour redonner à la race d'Adam et à Adam lui-même l'amour du Père, la communion du Père. Jésus a réuni ces deux filiations pour que cette filiation, venue par Adam, qui était celle d'une chair de péché, soit restaurée à l'image de sa filiation éternelle, celle de ce jaillissement d'amour du cœur de Dieu.
Et comment Jésus s'y est-il pris ? Nous venons de l'entendre dans cette page. Quand Jésus descend dans l'eau du Jourdain, pour se mettre au nombre des pécheurs, pour prendre sur ses épaules tout le péché du monde, pour être l'Agneau qui porte tous les péchés des hommes, quand Jésus remonte du Jourdain, l'évangile nous dit : "Quand il était en prière". Et c'est dans cette prière, dans ce face à face avec le Père, dans ce ressourcement permanent de Jésus dans son éternelle filiation par rapport au Père, c'est dans cette prière que, peu à peu, Jésus retrempe cette humanité, cette nature humaine qu'il a prise, cette humanité qui peu à peu s'imprègne de prière, de la présence du Père, de l'image du Père. Oui c'est la prière de Jésus qui est, tout au long de sa vie, vous l'avez remarqué peut-être à tous les moments décisifs de sa vie l'évangile nous dit qu'Il était en prière : c'est vrai au moment de son baptême au Jourdain, c'est vrai au moment de la Transfiguration, c'est vrai au moment où Jésus appellera ses disciples, c'est vrai à Gethsémani, c'est vrai bien sûr et plus encore sur la croix. Sans cesse Jésus remet cette humanité, cette nature humaine qu'il a prise, en présence du Père, en face à face avec le Père, pour que l'image du Père modèle, à nouveau cette humanité qui s'était laissé défigurer par le péché et pour qu'ainsi, dans ce regard infini qu'il échange avec le Père, dans ce regard d'amour se fasse la réconciliation entre Dieu et l'homme, le retour de l'homme au vrai bonheur, à la vraie joie, à la présence du Père.
Ce mystère de l'Épiphanie dans lequel nous célébrons tout à la fois, l'arrivée de toutes les nations accourant vers leur Sauveur, le baptême du Christ sanctifiant à travers les eaux toutes les générations à venir, les noces de Cana où l'Église, c'est-à-dire l'humanité rachetée devient l'Epouse du Christ, cette fête de l'Épiphanie nous montre Jésus manifestant dans sa chair cette présence rayonnante de l'amour du Père qui déjà irradie de ce petit Enfant qu'adorent les mages, de cet homme encore inconnu qui se plonge dans le Jourdain, de ce prédicateur qui commence à faire parler de lui qui fait son premier miracle à Cana. Oui, déjà, la lumière du Père irradie à partir de sa chair et déjà en Lui, la réconciliation de l'homme et de Dieu est opérée. Et déjà, en Lui, le fils qui s'était éloigné revient auprès du Père, ramené par le Fils éternel, le Fils Bien-Aimé qui est venu chercher son frère, Adam, en se faisant de sa race, en se mettant dans sa chair, dans sa condition mortelle, pour le restaurer.
Frères et sœurs, que ce mystère de l'Épiphanie nous remplisse de joie, car Jésus est venu pour que nous devenions ses frères afin que, comme Lui, nous devenions fils de Dieu.
AMEN