ÂNESSES ET MOUTONS

1 S 9, 18-22+26 et 10-1 ; Lc 3, 15-16 et 21-22

(14 janvier 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Un troupeau bien gardé

F

rères et sœurs, le récit de l'institution royale de Saül n'est pas sans humour. C'est de l'humour dramatique, car l'histoire de Saül se terminera très mal. Il y a eu une allusion dans la lecture : Saül arrive à Gibéa, il rencontre Samuel au milieu de la porte, car il faut imaginer que les portes étaient fortifiées par deux tours, quand on rencontrait quelqu'un on était au milieu de porte et c'était généralement l'endroit où l'on rendait la justice. Les anciens prenaient place sur une sorte de banquette et chacun comparaissait et le fait que ce soit devant la porte assurait la publicité du jugement. Le jour où la justice se fera dans le palais royal, cela deviendra plus délicat et parfois plus orienté.

Saül rencontre donc Samuel, on le devine mais c'est un peu crypté dans le récit, Samuel fait tout pour que la consécration de Saül ne soit pas publique. Pourquoi ? parce que Samuel est contre la royauté. Saül est le fils d'un notable, on l'accueille, on fait sans doute un repas sacrificiel, mais le prophète ne dévoile pas la raison de sa présence à Gibéa. Le lendemain matin, à l'insu de tout le monde, Samuel lui verse la fiole d'huile sur la tête, signe de la consécration royale. C'est très clair, Samuel a reçu l'ordre de Dieu de consacrer Saül, mais il n'en pense pas moins et il restera très réservé vis-à-vis du premier roi d'Israël.

Il y a un trait d'humour qui laisse voir que Saül n'est pas apte à la fonction royale. Au moment où il s'en va, Samuel dit à Saül : tu retrouveras tes ânesses ! Pourquoi ? Parce que le début du récit rapportait le fait que Saül était parti à la recherche des ânesses de son père qu'il n'avait pas su garder. Dans un milieu pastoral, où l'on sait très bien ce que c'est qu'être berger, l'antinomie entre Saül et David est flagrante. Saül garde des ânesses, il les perd, David au contraire garde des moutons et les garde bien. Là, tout est dit. Saül est un roi qui n'est même pas capable de garder des ânesses, mais puisque c'est le peuple qui a réclamé un roi, qu'il se débrouille avec ce roi qui n'est même pas capable de garder des ânesses. C'est à peu près ce que pense Samuel dans cette histoire, on connaît les capacités royales de Saül, on verra bien ce qui arrivera.

Cela fait partie de ces petits traits dans tous les sens du terme, à la fois au sens de détail mais aussi au sens de flèche, que l'on rencontre parfois dans les récits bibliques. Cela peut paraître un détail sans importance, mais le trait d'humour est assez cinglant. Remarquez que les deux onctions sont parallèles. Quand Samuel à la fin de sa vie se rend à Bethléem chez Jessé, le seul qui garde les troupeaux, c'est le plus jeune, c'est David et lui, il les garde bien. On gardera toujours au sujet de la dynastie davidique qu'il était un vrai pasteur. Je crois que c'est un petit trait qui mérite d'être noté. L'aventure de Saül manifeste clairement le fait qu'il est incapable de gérer une situation. C'est là qu'on touche du doigt toute l'antinomie entre les deux figures. Saül c'est le roi malheureux et aussi incapable, puisqu'il a été élu en se basant sur sa prestance, alors que David lui, parce qu'il est capable de bien garder son troupeau, il sera véritablement le roi selon le cœur de Dieu.

 

AMEN