L'HUMILITÉ DE DIEU

1 Jn 5, 5-12 ; Lc 3, 15-16+21-22

Samedi de la première semaine de l'Épiphanie – A

(12 janvier 2002)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous venons de chanter ce mystère caché depuis les siècles qui est maintenant révélé. Quel est ce mystère qui a été ainsi caché depuis des siècles ? Quel est ce mystère qui a été caché même avant qu'il n'y ait des étoiles, même avant qu'il n'y ait quoique ce soit sur terre ? Ce mystère caché c'est celui de l'humilité de Dieu, l'humilité en Dieu. Ce mystère caché, c'est l'humilité du Fils qui malgré l'égalité de nature, malgré qu'il soit également Dieu comme son Père, reste comme caché dans les plis du Père, dans le sein du Père pour se révéler. Mystère de cette humilité que saint Luc traduit dans son évangile, c'est comme la trame de tout ce que nous lisons au moment de Noël, mystère d'une naissance cachée dans une grotte, mystère d'une naissance, alors qu'il n'y a plus de place dans l'hôtellerie. Mystère aujourd'hui de son baptême, alors qu'il est avec tout le peuple, un homme ordinaire, parmi des hommes ordinaires. L'évangile se complaît à présenter d'emblée l'image d'un Dieu humble, traduction dans le temps de cette éternité de ce Fils qui éternellement était caché dans les plis du Père et qui s'est révélé. Mais il y a des personnes aussi qui traduisent cette humilité : la Vierge Marie. Chaque soir, au Magnificat, nous disons : "Il a penché les yeux, Il s'est penché, Il s'est tourné vers son humble servante". Les mystères de l'humilité du Baptiste : "Je ne suis pas digne de dénouer la lanière de ses sandales".-"Je ne suis pas digne que Tu demeures sous mon toit", dit le centurion ailleurs. Mystère de l'humilité du Baptiste, mais il est comme battu en humilité parce que si on dénoue les sandales, c'est pour avoir les pieds lavés par l'esclave, par le serviteur, et on le sait, Jésus lavera les pieds de ses disciples. Cette phrase de l'Abbé Huvelin ce prêtre du dix-neuvième siècle, qui a beaucoup marqué Charles de Foucauld : "Jésus a si bien pris la dernière place que personne ne pourra la lui ravir".

Deux personnes la Vierge Marie, le Baptiste, qui traduisent aussi cette humilité de Dieu. Mais ils la traduisent de manière très juste, non pas comme le faux humble qui va chercher à descendre tout seul. Vous connaissez la différence entre l'orgueilleux et le faux humble, l'orgueilleux il cherche à monter tout seul et le faux humble, il cherche à descendre tout seul, et aucun ne rencontre Dieu. Car si l'orgueilleux cherche à monter tout seul, il va passer à côté du mystère autant que le faux humble en voulant descendre tout seul.

Je crois que l'humilité, par exemple contrairement à la recherche de la vérité, qui suppose de notre part un effort, qui suppose d'ouvrir les bons ouvrages, qui suppose de se mettre à l'écoute des bons auteurs. Si la recherche de la vérité demande de façon expresse notre coopération, si même grandir dans l'amour suppose que nous posions des actes de charité, je crois que l'humilité elle, ne s'acquiert pas ainsi, même si c'est Dieu qui nous donne d'aimer nos frères, même si c'est Dieu qui met en nous ce goût de la vérité, mais l'humilité, elle se reçoit. D'avoir placé ainsi ces deux personnages nous prouve que l'humilité est profondément une attitude qui vient de Dieu, et au moment de Noël, au moment de l'Epiphanie, ils nous montrent précisément que l'humilité est quelque chose qui vient de Dieu, parce que Dieu, d'une certaine manière depuis toujours, le vit déjà. Et c'est parce qu'Il vit déjà de ce mystère de l'humilité, qui consiste non pas à se déprécier, non pas à s'enfouir sous terre, mais au contraire à recevoir cet amour suffisamment humble pour reconnaître en l'autre son frère, c'est précisément parce que cette humilité est vécue en Dieu, que nous pouvons nous aussi la recevoir.

Supplions Dieu pour qu'il mette en nous ce sentiment d'humilité. Supplions Dieu pour que nous puissions voir dans chacun de nos frères et de nos soeurs, un égal.

 

 

AMEN