VOIR LES CIEUX S'OUVRIR
2 Co 3, 2-6 ; Mt 3, 13-17
Samedi de la première semaine de l'Épiphanie – C
(14 janvier 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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I |
l est certain qu'il s'agit là d'une expérience propre à Jésus car l'évangéliste a eu bien soin de préciser que c'est Jésus qui voit les cieux s'ouvrir. Or pour que Matthieu ait pu la rapporter, il est certain aussi que Jésus en a parlé. Il s'agit là d'une expérience intérieure, filiale d'ailleurs, de Jésus. Est-ce qu'Il découvre alors sa véritable mission ou la savait-il d'avance ? Peu importe.
Avant de rentrer dans cette fête du baptême du Christ que nous célébrerons demain, j'aime descendre avec cet homme dans cette eau, en essayant, avant ce baptême, de voir ce qu'il est, quelle intégrité le recouvre, l'enveloppe, j'allais dire quelle chasteté. Si j'emploie le mot chasteté dans le sens de celui qui s'est préservé afin d'être brûlé par un seul feu, le feu de Dieu, c'est cela la chasteté. Saint François d'Assise appelait la cendre "ma sœur très chaste" car elle n'accepte de se faire brûler que par le feu, comme lui-même, François n'acceptait de ne se laisser brûler que par Dieu. D'ailleurs, quelle que soit notre vocation, nous sommes tous appelés à cette chasteté qui est de nous préserver pour n'être brûlés que par le feu de Dieu et par aucun autre feu.
Quelle belle chasteté que cet homme qui descend dans l'eau comme dans une intégrité, une unité fondamentale. Il rentre tout entier, rien n'est laissé dehors, rien n'a été abîmé par la vie qui a précédé. Il est pur et cette pureté, c'est celle d'une humanité totalement chaste et donnée à Dieu, en attente de Dieu.
Puis, il est pauvre aussi. Personne ne sait qui Il est. Il faudra qu'Il passe encore par la tentation et le désert avant même que des disciples le suivent. Il est vraiment pauvre cet homme de Nazareth qui n'a sur Lui rien qu'un manteau qu'Il enlève d'ailleurs pour descendre dans l'eau, pour descendre très bas, dans les enfers. Sa pauvreté n'est pas suffisante. Il ira plus loin encore, se dépouillant davantage, pour prendre sur Lui d'autres fardeaux, d'autres pauvretés qui sont les nôtres.
Il est chaste, Il est pauvre, Il est obéissant aussi, car c'est avec cette voix impérieuse mais si douce qui descend comme une colombe à travers les cieux qui se sont ouverts, qu'Il commence sa vie, sa vie de mission, sa vie parmi les hommes ? en prophétisant que le Royaume est là, car Il en a fait l'expérience Lui-même. Dans ces cieux, qui se déchirent, qu'est-ce qu'Il a vu ? Il a vu que le Royaume était si proche de Lui qu'Il était Lui-même ce Royaume. Et il voudrait l'annoncer à tous les hommes afin que par cette même obéissance, cette même chasteté, cette même pauvreté ils puissent découvrir que dans chaque cœur d'homme la proximité du Royaume est la même que dans son cœur à Lui.
C'est cela la fête du baptême que nous célébrons demain. Nous aussi, nous avons été plongés dans l'eau du baptême. Chastes, nous l'étions, intègres dans notre commencement. Pauvres nous l'étions aussi car totalement dépendants par rapport à ceux qui nous aimaient et nous entouraient. Obéissants, nous l'étions aussi. Aujourd'hui, où nous avons sans arrêt à faire ce chemin du commencement, ne nous culpabilisons pas, ne nous éternisons pas sur ce que nous avons pu abîmer en nous-mêmes, mais essayons de revivre, comme une chose nouvelle et neuve et possible maintenant, une attente réelle de Dieu, n'être brûlé que par Lui (notre chasteté), être si amoureux de Dieu que nous soyons dépendants de Lui (notre pauvreté) et enfin la plus belle peut-être des trois ou la fusion des trois comme la couronne, être totalement obéissants à sa volonté.
AMEN