LA MISSION VIENT DE DIEU

1 Jn 5, 5-12 ; Jn 3, 22-30, et 4, 1-3

Samedi de la première semaine de l'Épiphanie – C

(9 janvier 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Avdat : Baptistère des premiers siècles

 

F

rères et sœurs, A travers cet évangile compliqué nous retrouvons une question qui a dû se poser au tout début du ministère de Jésus qui est de savoir pourquoi Jésus lui-même avait repris le même rite que le baptême de Jean. En effet, pour beaucoup de juifs, la purification est très importante, et c'est pour cela que les juifs ont une discussion au sujet de la purification, car en effet, Jean avait réussi à instaurer un rite assez nouveau, puisque c'était lui qui baptisait et ce n'était pas simplement une ablution comme quand on se trempe dans une piscine. Il avait donc imposé un rite qui était le fait qu'un homme pouvait baptiser un autre homme, le plonger dans l'eau, lui donner à ce moment-là une grâce, un don de Dieu que la personne n'aurait pas pu obtenir par elle-même. Jean avait instauré ce baptême où l'on est baptisé par un autre, par quelqu'un qui a comme une sorte d'autorité spéciale pour le faire, car on ne s'auto baptise pas.

La discussion s'est posée et évidemment, Jean paraissait déjà une figure très imposante et marquante dans le judaïsme contemporain, et on peut imaginer que lorsque Jésus lui-même commence sa mission, qu'il reprend le baptême de Jean, même s'il le fait pratiquer par ses disciples, en réalité, on peut le soupçonner de plagia. On peut se dire qu'il n'invente rien, c'est déjà arrivé que dans l'Église des gens reprennent des idées des autres et les exploitent d'une manière ou d'une autre. Donc aux yeux de la population de l'époque, le début du ministère de Jésus a pu paraître complètement dans l'ombre des initiatives de Jean.

On ne va pas demander d'explications à Jésus, parce que cela pourrait être embarrassant, mais on va les demander à Jean. On lui dit simplement : as-tu remarqué, il y a quelqu'un qui te succède, qui prend ta place et qui prétend faire la même chose que toi ? A ce moment-là la réaction de Jean est extrêmement profonde et belle, il dit : toute mission repose sur l'initiative gratuite de celui qui la donne. Jean situe en même temps son ministère et celui de Jésus. Pratiquement il explique que si Jésus reprend le même geste ce n'est pas parce qu'il copie, c'est parce que sa mission est aussi fondée que la sienne. Jean sait très bien que ce n'est pas de lui-même qu'il a pris l'initiative de ce baptême, et ce qu'il répond aux gens qui viennent lui demander des explications, c'est que Jésus n'a pas pu prendre une initiative comme cela de lui-même ou simplement pour des raisons humaines. Par conséquent, Jean n'explique pas tout, il n'est pas sûr que Jean ait compris complètement quelle était l'orientation du ministère de Jésus puisque de sa prison, il lui enverra des messagers pour savoir exactement dans quelle direction il part et s'il est véritablement le Messie. Mais l'attitude de Jean paraît très claire, il dit que de toute façon, s'il y a des interventions, que ce soit la sienne, ou celle de Jésus, ces interventions-là viennent de Dieu.

C'est pour cela que Jean est passé par la suite comme le témoin par excellence. Vous comprenez bien que dans les premières décennies du christianisme, où il y avait encore des disciples de Jean, il y a dû y avoir pas mal de discussions et celle rapportée dans l'évangile actuellement est aussi une discussion qui n'est pas tout à fait contemporaine et qui a pu avoir des suites et durer pendant un certain temps entre des disciples de Jean et les disciples de Jésus. Ce qui fait la grandeur de Jean, c'est qu'il a reconnu que la mission que Jésus entreprenait avait son originalité et sa grâce propre. Par conséquent, on ne pouvait pas réduire ce que faisait Jésus à la copie de ce que Jean avait fait. Cela n'était pas si facile pour Jean d'accepter une position pareille, il pouvait, un peu comme le maître qui se sent dépassé par son élève, éprouver quelque sentiment de jalousie ou de ressentiment. Mais là, ce que Jean a fait, ce qu'il a dit ce jour-là c'est vraiment que la grandeur et la profondeur de la mission de Jésus, personne ne pouvait la juger parce qu'elle venait de Dieu.

 

AMEN