DIEU NOUS A AIMÉS LE PREMIER
1 Jn 4, 7-11 ; Jn 3, 22-43
Samedi de la première semaine de l'Épiphanie – B
(9 janvier 1982)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Aimer et se savoir aimés
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n ceci consiste l'amour de Dieu, c'est que Dieu nous a aimés le premier." Ce texte de l'épître de Jean entendu tout à l'heure est peut-être l'illustration de l'attitude de Jean-Baptiste ou, en tout cas, le résumé de son témoignage. En effet, il me semble qu'il y a dans notre culture et dans notre sensibilité moderne, une sorte d'erreur fondamentale qui consiste à comprendre l'amour, uniquement sur la base d'une sorte d'égalitarisme et de réciprocité absolue. Je pense que c'est une erreur, car le secret même de l'amour c'est qu'il est toujours antérieur à tout ce qui, en nous, peut être réponse. Même à l'intérieur de la vie d'un couple, dans laquelle pourtant on peut imaginer que, l'un comme l'autre, sont aussi responsables aussi mûrs et aussi adultes l'un que l'autre pour s'aimer, je crois qu'il ne peut y avoir de véritable amour que si, l'un comme l'autre, a compris que son propre amour était précédé par celui de l'autre. C'est-à-dire qu'il n'y a qu'une manière de répondre et de vivre vraiment l'amour, que ce soit l'amour humain ou que ce soit cet amour divin que nous appelons la grâce, surtout, encore plus cet amour divin que nous appelons la grâce, c'est de le vivre d'abord comme réponse. Parce qu'à ce moment-là seulement, il peut y avoir cet émerveillement devant le fait qu'on est aimé alors qu'en réalité on ne le mérite pas.
C'est ce qui est arrivé à Jean-Baptiste. Jean-Baptiste, curieusement, est envoyé avant le Christ. D'une certaine manière, du point de vue du temps, il y a une sorte d'antériorité de la prédication de Jean par rapport à celle de Jésus. Dans la mesure où Jean-Baptiste est celui qui annonce la venue du Royaume, on peut imaginer, à une sorte de vue purement humaine, chronologique, que ce saint Jean-Baptiste qui d'abord aime dans son cœur le Seigneur et le Royaume qui vient. En réalité, tout le témoignage de Jean-Baptiste est l'inverse. Qu'il dise : "Je ne suis pas le Christ", ou : "Il faut que Lui grandisse et que moi je diminue", ou encore : "L'ami de l'Époux se réjouit à la voix de l'Époux", dans tous ces cas-là, ce que Jean veut souligner, c'est que sa mission n'a de sens que parce qu'il était déjà aimé depuis sa naissance par Celui-là même pour lequel il voulait manifester son amour en annonçant sa venue. Je crois que c'est très important. C'est pourquoi lorsque Jean-Baptiste voit ses disciples partir, le quitter et rejoindre le Christ, il n'en a ni amertume ni désespoir. Simplement, il est heureux que maintenant ses disciples aient découvert, eux aussi, cette antécédence de l'amour de Dieu et qu'ils aient ultimement compris la mission du Baptiste.
Il faut que, nous aussi, nous vivions le mystère de notre propre amour, de notre amour de chrétiens sur la terre, comme un mystère de préparation. Ce n'est pas nous qui avons aimé les premiers. Ce n'est pas nous qui faisons aimer Dieu. Mais la seule chose dont nous pouvons témoigner c'est de cette antécédence absolue du caractère de l'amour de Dieu sur nous et sur le monde. Et notre prédication ne doit pas être d'abord que nous aimons le monde, mais que le monde est, sans qu'il le sache et depuis toujours, aimé par Dieu. Nous n'avons pas à donner je ne sais quel témoignage de philanthropie universelle et égalitaire. Nous avons d'abord à donner le témoignage d'un amour qui est un amour absolu et transcendant de Dieu pour le monde. Après, nous pourrons aimer, mais pas avant.
AMEN