DIEU EST TOUT AMOUR 

1 Jn 4, 18-21 ; Jn 3, 22-30 et 4, 1-3

(8 janvier 2005)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Elne : Jean l'évangéliste

C

 

ar la crainte implique un châtiment". Dans cette première épître de saint Jean, dans le passage que nous avons écouté, saint Jean dit que l'amour bannit la crainte, et il rappelle à ses interlocuteurs une chose essentielle. Le rapport avec Dieu est un rapport qui a entièrement changé. Même dans le judaïsme, il y a encore des traces de cette idée que nous devons quelque chose à Dieu, ou encore, que Dieu pour nous sauver doit payer quelque chose pour nous racheter. L'idée est une idée de justice. Il n'est pas pensable que Dieu soit injuste. Donc, il faut que ce que vit l'humanité soit réglée selon les règles et les normes de la justice. Vous faites du mal, cela a des conséquences, il faut payer ce mal. Autrement dit, le rapport avec Dieu est un rapport où face à 'injustice humaine, il y a au moins la garantie que Dieu est juste, Lui. Donc, si Dieu est juste, on attend tout de lui, la rétribution pour ce qui est bien, comme éventuellement le châtiment pour ce que nous aurions fait de mal.

Lorsque saint Jean ne met pas d'abord la justice en avant comme attribut de Dieu, mais dit : "Nous croyons et confessons un Dieu d'amour", parce que amour et Dieu, c'est équivalent, et équivalemment le même être et Dieu "est" amour ; il renverse la proposition du rapport entre l'homme et Dieu. En effet, dans ces cas-là, il peut dire que l'homme est rempli de l'amour de Dieu, parce que Dieu a aimé le premier. Ce qui intéresse Dieu dans notre humanité et dans notre monde, c'est de pouvoir aimer cette humanité et ce monde. J'aimerais presque dire que Dieu se contrefiche du reste, il veut nous aimer. Et cet amour va si loin qu'il en devient le point exact de vérification et de critère de l'amour pour lui comme pour ceux qui vivent ensemble : qui dit aimer Dieu est pas son frère est un menteur, il n'aime pas Dieu.

Vous le voyez, est balayé ce que saint Paul pourra dire à propos du baptême, toutes les différences, tous les obstacles, toutes les barrières selon le principe de nos justices humaines, il n'y a plus ni grecs, ni juifs, il n'y a plus ni homme ni femmes, ni esclaves, ni maîtres. Il n'y a pas les inférieurs et les supérieurs, les rétributions, les châtiments, les rançons, les paiements, etc … il n'y a en somme plus que l'Esprit, c'est-à-dire l'amour de Dieu répandu dans nos cœurs.

Ainsi donc, l'amour bannit la crainte. Je pense que le christianisme n'en est pas encore arrivé à son ultime révolution, tant que le christianisme et les chrétiens en particulier n'ont pas compris de quel amour ils sont aimés. Il nous faut encore pour nous-mêmes, évacuer l'idée d'un Dieu qui nous paierait en fonction des actes bons ou mauvais que nous avons accomplis. Il nous faut sortir de notre cœur que nous allons recevoir un châtiment de Dieu parce que nous aurions fait telle ou telle chose. Il nous faut sortir de notre vie que Dieu va nous faire justice. Dieu va nous faire amour, et pas justice !

 

AMEN