LE BON DISCIPLE
1 Jn 5, 1-4 ; Jn 3, 22-30 et 4, 1-3
Jeudi de la première semaine de l'Épiphanie – B
(9 janvier 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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'ennemi n'arrive pas du côté que l'on croit. Dans l'évangile, on a l'impression que les ennemis de Jésus se résument au démon, aux pharisiens, aux romains, aux sadducéens, que sais-je encore. Comme si dans cette aventure qui est l'annonce de la Parole de Dieu par le Fils de Dieu sur cette terre, en Galilée et en Judée, comme si cette aventure nous donnait très exactement les bons et les méchants, et que chacun avait une petite étiquette.
Je crois que les ennemis de Jésus sont ceux qui sont le plus proche de Lui, les ennemis d'un maître sont toujours ses plus proches disciples. On le voit très bien pour le Christ avec ses disciples, et on le voit ici encore avec Jean-Baptiste. Le plus dangereux, c'est le disciple indigné, le disciple qui vient se plaindre auprès du maître, le disciple qui vient raconter : maître, un tel a fait ceci, tel autre a fait cela, mais si je te le dis c'est pour ton bien, c'est pour préserver ce que tu es, ton message. D'ailleurs, quand on trahit, on trahit toujours parce qu'on fait du bien, quand on envoie une lettre anonyme, c'est toujours "un ami qui vous veut du bien". Là encore, nous avons le cas de l'indigné, qui se présente comme le disciple de Jean-Baptiste, et qui paradoxalement développe exactement l'inverse de ce que devrait être un disciple. Il est possessif. Quelle est sa relation avec son maître? C'est une relation de possessivité, il vient dire à son maître ce que son maître devrait faire. Il est d'une stabilité imperturbable, il sait ce qui est bon, il sait ce qui est mauvais, et là encore, il vient auprès du maître dénoncer, pour que le message reste dans sa pureté originelle.
C'est vrai que formellement, c'est une dénonciation, mais sur le fond, le disciple qui agit comme cela, a le désir d'avoir une place privilégiée auprès du maître : vois-tu, maître, je suis celui qui fait ce que les autres ne font pas, je suis ton disciple préféré.
La deuxième partie de l'évangile est très intéressante, parce qu'à cette stabilité, cette indignation, à cette relation de possessivité du disciple, Jean-Baptiste un peu comme une anguille, va complètement s'échapper, il va refuser d'entrer dans le jeu de son disciple. Il va lui rappeler, ce que je vous ai rappelé tout à l'heure au début de cette eucharistie, cette phrase fondamentale : "Qui a l'épouse est l'époux, mais l'ami de l'époux qui se tient là et l'entend est ravi de joie à la voix de l'époux. Telle est ma joie, et elle est complète, il faut que lui grandisse et que moi je diminue". Jean-Baptiste est celui qui comprend que pour s'élever, il ne s'agit pas nécessairement d'abaisser les autres. Je crois que le problème du disciple, c'est qu'il sait très bien qu'il ne peut pas s'élever tout seul. Dans ce cas-là, la tentation est de rabaisser encore plus les autres. Un petit peu comme, d'une manière imaginaire, comme dans ces situations où quelqu'un sait qu'il est perdu, qu'il ne peut pas s'en sortir, et il ne veut pas se perdre tout seul, il cherche à entraîner les autres avec lui. L'image que je vous propose est assez facile et aventureuse, c'est le méchant qui est au bord du précipice et qui sachant que sa dernière heure est venue et qu'il ne s'en sortira pas, alors il fait tout pour attirer l'autre qui est au bout de sa main. Je sais que je vais périr, mais je ne périrai pas tout seul. Je sais que je suis médiocre et qu'au fond de moi je ne peux pas m'élever tout seul, et m'arrangerai pour que les autres ne s'élèvent pas. Jean-Baptiste est celui qui démonte ce mécanisme : non, je refuse d'être comme cela, je suis l'ami de l'époux.
Et Jésus, comment réagit-Il ? Il s'en va. Il quitte la Judée et part en Galilée … La suite, c'est l'épisode de la samaritaine.
Cela nous dit quelque chose de très intéressant à propos de notre vie spirituelle et sur la manière dont nous envisageons notre relation avec Dieu. C'est vrai que nous pouvons pécher par ce côté d'être ce bon disciple auprès du bon maître, sachant toujours ce qui est bon pour soi et pour les autres, et surtout pour Dieu, sachant peut-être aussi très facilement dénoncer les autres, pour cacher ce que nous ne sommes pas capables de faire de nous-mêmes. Le bon disciple est celui qui dit : oui, je ne suis pas capable de faire cela de moi-même. Ou encore cette admirable phrase que dit Jean-Baptiste : "Un homme ne peut rien recevoir si cela ne lui a pas été donné du ciel". C'est de là que vient la bonté et la grâce, et pas de nos dénonciations.
Je crois que cela nous dit aussi quelque chose du mystère de Dieu, de sa présence ou de sa non-présence dans notre vie. Jean-Baptiste a très bien répondu, il a eu vingt sur vingt à son examen, et Jésus le quitte. Absence de Dieu dans cette Judée qui la quitte et qui part en Galilée. Cela peut aussi nous dire quelque chose sur l'absence de Dieu dans notre vie, ce n'est jamais une punition, mais peut-être Dieu découvre-t-il que le trésor qu'Il nous a confié est bien gardé, que l'époux doit annoncer la bonne nouvelle.
Frères et sœurs, c'est vrai que nous sommes en train de fêter une multiplicité de naissances depuis Noël, continuons de fêter cette naissance que dans notre cœur naisse véritablement l'ami de l'époux.
AMEN