L'ESPRIT NOUS DIVINISE

1 S 3, 1-10+19-21+4,1 a. ; Jn 3, 31-36

Jeudi de la première semaine de l'Épiphanie – C

(11 janvier 2001)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

D

ans ce passage de l'évangile de saint Jean que nous connaissons mal parce qu'on le lit rarement, qui parle des rapports entre le Père et le Fils, se résumant dans cette phrase : "Le Père aime le Fils et lui a tout remis dans sa main", je vou­drais relever simplement une incise. Jean-Baptiste à qui ces paroles ont attribuées puisqu'elles font suite à celles que nous lisions hier, dit que Jésus prononce les paroles de Dieu, car "Il lui donne l'Esprit sans me­sure". A vrai dire, cette petite incise peut se traduire de deux manières car le grec est un peu ambigu, cela peut se traduire que "le Père Dieu, donne au Christ l'Esprit sans mesure, Il "lui" donne l'Esprit sans me­sure, ou bien cela peut aussi se traduire comme si le Christ "nous" donne l'Esprit sans mesure. Il donne, sans le mot "lui" qui n'est pas explicite en grec, Il donne "l'Esprit sans mesure".

De toute manière, ces deux traductions sont complémentaires, et elles ont l'intérêt majeur de nous manifester les rapports du Fils non seulement avec le Père, mais aussi avec l'Esprit Saint. D'une part, le Père donne au Fils l'Esprit sans mesure, Il le lui donne de toute éternité au sein de l'amour trinitaire, mais ici, il s'agit plus particulièrement du don que le Père fait de l'Esprit à Jésus dans son humanité, dans sa vie humaine, terrestre. Don de l'Esprit par le Père qui s'est manifesté de façon éclatante au moment du baptême du Christ au Jourdain, quand les cieux se sont ouverts au-dessus de Jésus, la voix du Père a retenti, "Tu es mon Fils", et l'Esprit est descendu et a reposé sur Jé­sus à la manière d'une colombe.

L'humanité de Jésus est donc remplie en plé­nitude par l'Esprit Saint, et c'est pourquoi nous pou­vons à bon droit, adopter aussi la deuxième traduction parce que Jésus dans son humanité, donc dans sa vie parmi nous, est rempli de l'Esprit, Il déborde en quel­que sorte de cette présence de l'Esprit, Il le répand sur nous, Il nous le donne sans limites. C'est très impor­tant que nous comprenions que c'est là une des mis­sions, un des rôles majeurs du Christ dans son Incar­nation, de nous donner l'Esprit. Qu'est-ce en effet que l'Esprit, sinon Dieu qui ne se contente pas de nous créer, comme Il le fait en tant que Père, ou de nous sauver comme Il le fait en tant que Fils, incarné et mourant sur la croix, mais l'Esprit vient habiter en nous, faire sa demeure en nous, et c'est cela le rôle spécifique de la troisième personne de la Trinité, de l'Esprit Saint. L'Esprit Saint, c'est Dieu qui prend place au cœur de notre vie, qui la remplit de sa pré­sence, et qui ainsi transfigure les moindres détails de notre vie, les ensemençant en quelque sorte, par la vie divine, par la présence divine, par la plénitude de Dieu. Jésus est venu pour nous donner l'Esprit, non pas seulement pour nous pardonner nos péchés, non pas seulement pour s'offrir en sacrifice pour nous, mais par là, nous transformer totalement, nous divini­ser, disent les Pères de l'Église à la suite de saint Pierre dans sa deuxième épître. Nous diviniser, c'est-à-dire véritablement, transformer notre vie dans ce qu'elle a de plus quotidien, de plus ordinaire, de plus humain, transformer notre vie par la contagion de la vie divine. L'Esprit Saint, c'est Dieu qui habite en nous et qui par cette présence au cœur de nous-mêmes peu à peu transforme tout ce que nous sommes, tout ce que nous faisons, tout ce que nous vivons, tout ce que nous pensons et aimons, en vie divine, en amour divin, en présence et en connaissance de Dieu. Jésus est venu pour accomplir le dessein du Père, c'est-à-dire pour faire que nous ne soyons pas seulement des créatures, que nous ne soyons pas seulement ces êtres limités que nous expérimentons chaque jour, mais pour que nous soyons appelés au partage de la vie divine, au partage de la connaissance et de l'amour divin, et du bonheur éternel de Dieu.

Si Dieu nous a créés et s'il a envoyé son Fils pour achever cette création, et pour restaurer ce que nous avions abîmé par notre péché, c'est pour que nous entrions dans l'intimité même de Dieu, pour que l'Esprit habitant en nous et petit à petit nous transfor­mant nous puissions entrer dans la vie même du Père du Fils et de l'Esprit.

C'est ce que le baptême inaugure en nous, c'est ce que Jésus accomplit chaque jour en nous, c'est ce qui se réalisera en plénitude quand nous serons arrivés au terme de notre vie. Que nous soyons ou­verts à cette présence de l'Esprit à cette œuvre de l'Esprit à cette transformation de nous-mêmes.

 

 

AMEN